Dîner (ou dinette ?) à Hoi An

Le Vietnam au bord de la piscine

9 mai, Deuxième jour à Hoi An.

 

Nous avons laissé derrière nous le Cambodge rapidement visité, Phnom Penh qui ne nous a pas autant inspirés que le site d’Angkor, ne nous laissant le temps de manger des nouilles qu’entre deux sollicitations de mendiants qui, après que vous leur ayez proposé de manger ce qu’il reste dans votre assiette, parce qu’ils vous miment la faim, déclinent l’offre en riant — ont-ils vraiment faim ? Phnom Penh est ce que l’on appelle une grande ville. Polluée, bruyante, bien moins souriante que le reste du pays. N’empêche, il y a une belle collection d’art khmer au musée national, un waterfront plutôt plaisant (ici, le Mékong est bleu !), et un service de visa pour le Vietnam efficace, puisque nous obtenons le nôtre en un jour (quarante dollars tout de même). Nous entrons au Vietnam par Ho Chi Minh (Saigon), qui nous surprend immédiatement de façon positive : grands boulevards, avenues chics, beaux espaces verts. La ville semble dynamique. Heureux de sortir de l’enfer de notre bus — la conduite est la pire jamais expérimentée (non, personne ne roule comme ça en Amérique du Sud, c’est ici qu’ils sont fous, ne cessant pas une minute de klaxonner, manquant en permanence de se percuter les uns les autres), nous trouvons tout de suite à nous loger. Douze dollars, troisième étage, chambre propre, climatisée, spacieuse. La nuit et le jour nous font découvrir les différents aspects de la ville. La nuit, les prostituées qui attendent, lascives, au bar. Les dealers, déguisés en conducteurs de motodop, qui ne cessent de vous racoler. Les rues plus sombres… Les touristes qui boivent des bières et mangent des pizzas. Le jour, les étudiants dans les parcs, le footing du matin, les vendeurs de fruits, le marché où les rouleaux de printemps sont un véritable délice. Je n’énumère pas tout, mais Ho Chi Minh est une vraie entrée dans le Vietnam moderne, distingué et sale — tout dépend du côté que vous choisissez de regarder. L’architecture Française est partout (bien plus qu’au Cambodge, il me semble), et surtout sur les façades des bâtiments qui donnent de l’allure à la ville : la poste, le palais de l’indépendance, la cathédrale Notre Dame, l’opéra… Autour des parcs, une accumulation d’immeubles étroits, miteux ou refaits a neuf, comme des tiges élevées vers le ciel, à côté des buildings vitrés. Ho Chi Minh est séduisante, mais elle reste pour nous antipathique. Nous obtenons nos billets de train pour Danang à force de persévérance, mais l’hostilité de certains Vietnamiens nous fait vraiment perdre du temps. Partis à la recherche de ces billets à dix heures, ce n’est qu’à seize heures que nous pouvons enfin nous diriger vers la gare, ayant fait des allées et venues dans toute la ville. D’abord, il est difficile de se faire comprendre, les Vietnamiens ne parlant pas bien anglais. Ensuite, peu sont ceux qui font l’effort de chercher à vous comprendre : ils s’en foutent. Heureusement, il suffit de deux âmes bienveillantes pour trouver son chemin (et ils appartiennent généralement à la nouvelle génération). Le train part à 19 heures Nous sommes dans un compartiment de 4 personnes, nos couchettes au-dessus de deux vietnamiennes qui vont nous rendre la nuit difficile. Nous dormons déjà lorsqu’elles décident d’allumer la lumière du plafond pour manger (elles ont des lumières de chevet, et le plafond est littéralement au-dessus de NOS têtes). Se mettent à parler, et ne cessent leur papotage aigu et fort (et nous avons des boules quies) que très tard. Plus tard encore, elles téléphonent. Au lever du soleil, le coq chante : c’est la sonnerie du téléphone portable… Je passe. Nous arrivons à midi trente à Da Nang. Cherchons à prendre le bus pour Hoi An, et marchons quelques kilomètres en plein cagnard… inutilement puisque toutes les personnes à qui nous nous adressons indiquent la mauvaise direction, sauf la dernière, une serveuse de hamburger adorable. Nous faisons marche arrière, un bus s’arrête. Il va à Hoi An. Veut nous faire payer le double du prix parce qu’il fait demi-tour au rond-point qui est plus loin… Nous redescendons. Traversons la rue. Un autre bus jaune passe (n° 1). Nous montons. La fille veut nous faire payer plus du double. Nous nous apprêtons à redescendre. Elle nous fait payer le prix normal (10 000 VND).

 

Nous arrivons, épuisés, à Hoi An (je ne parle pas de nouveau de la conduite du chauffeur). Marchons jusqu’à l’entrée du centre-ville où se succède une quantité faramineuse d’hôtels… plutôt luxueux. Nous trouvons à nous loger dans une jolie chambre à 15 dollars (négociés), avec une baignoire qui me fait immédiatement dire Oui ! dans un bel immeuble style colonial, agrémenté d’une piscine, où le petit-déjeuner est énorme et délicieux… C’est ici que nous expérimentons le Vietnam, au bord de la piscine.

 

Finir sur cette phrase me paraissait séduisant, mais il faut quand même parler un peu de la ville de Hoi An, et aussi de l’étrange caractère des Vietnamiens, qui par exemple vous disent : vous me brisez le cœur si vous ne prenez pas ma chambre ! Ou : achetez-moi une bouteille d’eau, s’il vous pillait faite le pour moi… Il y a aussi des gens normaux, et comme à notre hôtel, des jeunes vraiment sympathiques. Mais faites deux pas à Hoi An, et vous serez sollicités toutes les secondes, comme au marché de Saigon, on vous attrapera peut-être le bras en essayant de vous retenir… êtes-vous certains de ne pas vouloir vous faire limer les ongles ? Mis à part ça, la ville est vraiment plaisante, très belle, très animée, et la nuit surtout, envoûtante, lorsque s’allument les lampions multicolores des marches et des ruelles, et que vous regardent le tigre, le poisson et le dragon posés sur l’eau… Vous aurez besoin d’une photo pour vous imaginer ça.

 

Loïc participe à un jeu (on lui offre gratuitement) consistant à devoir briser un pot de terre placé en hauteur, à l’aveugle, pour gagner un lampion ou une pochette brodée… Tant pis (oui ça veut dire qu’il a perdu). Quant à moi, je me fais photographier à côté d’une star de la chanson vietnamienne… Bien sûr, je ne le sais qu’après avoir parlé avec ce jeune homme charmant qui nous souhaite un très bon séjour au Vietnam — et qui semble le souhaiter sincèrement. Nous commençons dès maintenant.