"Frontière" entre l'Oregon et la Californie

Une banane en Californie

16 septembre, Redcrest.

 

Avec quelques centaines de miles à notre compteur (peut-être trois cent cinquante), nous sommes arrivés très fatigués au camping de « the avenue of the Giants ». Je dois me répéter encore, mais le fait de passer sur les détails me fait dire que la route était très belle, malgré la pluie qui nous a poussés jusqu’en Californie. Nous sommes arrivés en Californie à 16 h 35, déçus de ne voir aucun panneau l’annonçant, et à la place, une blonde devant une sorte de hangar maisonnette qui nous a fait ouvrir la vitre et demandé : « Do you have some fruits ? », question à laquelle nous avons répondu, après courte réflexion : « Yes, some bananas. » « Oh, bananas, it’s OK. »

 

Bien sûr entre Harbor (Oregon) et Crescent city (Californie), le paysage n’a pas changé. Le long de la 101 se trouvent de nombreux ateliers de sculpture (ateliers, marchés, galeries ?) devant lesquels s’accumulent, d’un côté, les bois flottants, les troncs énormes, tous ramassés le long de l’océan, le long des plages habitées par les cimes tombées, et de l’autre côté, les bois transformés, sculptés, taillés, ou simplement, polis. Des ours, des visages indiens, des sirènes, des totems, des aigles, des formes inventées ou connues sortent de l’imaginaire du bois. Les villes que nous traversons ressemblent plutôt à d’immenses centres commerciaux, pour ne pas dire des zones industrielles. Les résidences longent les plages, superbes, et rendent parfois l’accès (même visuel) à l’océan très difficile. Mais il semble y avoir, ici, le long de cette côte immense, de la place pour tous, humains ou animaux.

 

L’automne commence à arriver vraiment, le temps est brumeux, pluvieux, et les feuilles, rousses. Je ne sais pas quand nous allons pouvoir camper, mais j’espère que la Californie, avec ses palmiers, va nous offrir plus de soleil. L’océan, dans tous les cas, sous la brume épaisse ou dans l’éblouissement du soleil, me laisse rêveuse.

 

17 septembre, Bodega Bay

 

Nous devenons décidément des professionnels en matière de feu de camp. Du petit — que dis-je microscopique — village où nous étions ce matin, nous sommes partis sur la route des vins (sans le savoir, mais nous nous en sommes bien rendu compte), avant de nous arrêter à Santa Rosa, où, vers 16 h 34 (je surveillais l’heure étant donné que le compte à rebours de la place de parking se terminait à 16 h 40) j’ai appris, grâce à la connexion Internet de la bibliothèque, que mon neveu était né. Le petit Jean, le fils de ma grande sœur Annette, est né le 17 septembre à l’hôpital d’Aurillac. Je n’en sais pas plus (sauf que la sage-femme s’appelait comme moi, Ambre) — mais c’est déjà trop d’émotion. Je suis heureuse et à la fois si loin. De l’autre côté de l’océan, ma sœur a mis au monde un enfant qui est, il me semble, un peu, tout petit peu aussi, le mien. Un enfant de ce monde que je parcours, et qui est si beau.

 

Le feu s’éteint progressivement. Un feu de bois d’eucalyptus, que nous avons trouvé sur le chemin (l’odeur est fantastique, peut-être nocive). Notre tente est plantée dans le sable, contre les plantes grasses, sous un arbre touffu sculpté par le vent, exposée au bruit des rouleaux qui s’écrasent sur le sable, et celui des phoques, que je ne suis pas sûre d’arriver à discerner dans la nuit.