Coucher de soleil et cabane de secouriste à Los Angeles

Luxe, calme et volupté

1er octobre, Carpinteria.

 

Visite rapide de Santa Barbara, campement pour la nuit à Carpinteria, sous les petits arbres marqués par le vent, à quelques pas de l’océan. Les ratons laveurs, une fois de plus, nous ont rendu visite. Plus étonnant, cet après-midi, les dauphins qui sont passés et repassés à quelques mètres de moi, les pieds plantés dans le rivage. Belle journée californienne : soleil, baignade (et quelques baffes allégrement distribuées par les vagues), rock et route, feu de camp et grillades. Tout va pour le mieux.

 

Le campus de Isla Vista donne envie de faire des études, les bananiers sont immenses, les palmiers sont hauts et tordus, leurs palmes, perchées dans le ciel qui tient la promesse d’un coucher de soleil coloré, magnifique, les villas sont fleuries et riches, et il y a, demain, le festival de l’avocat.

 

2 octobre, Los Angeles.

 

Le meilleur mot que l’on puisse trouver pour décrire la végétation qui habille les jardins de villas rivalisant d’originalité, d’architectures élaborées, de décrire cette végétation qui habite la côte californienne, de Santa Barbara à Los Angeles, est : luxuriante. Cette partie de la côte à quelque chose de familier : un air tropézien. Un mélange de luxe, de brillance, et la simplicité de l’océan, que personne n’atteint, que rien ne touche ni ne défigure, que seul l’œil peut repeindre pour lui-même. Nous avons profité de ses vagues avant de repartir pour Los Angeles où nous avions rendez-vous avec Geoffrey, Hélène, Guillaume et Jackie. Coucher de soleil captivant sur Venice Beach. Une pastille rouge venue fondre dans l’océan, avec une rapidité impressionnante.

 

3 octobre, Los Angeles.

 

Journée repos : plage, paddle, bronzage, vagues violentes. Les garçons jouent au foot pendant que les filles s’endorment les cheveux dans le sable… Une pizza, et nous quittons nos amis ; nous repartons pour la forêt, qui nous manque déjà. Los Angeles nous plaît beaucoup, c’est une ville gigantesque prise entre le relief et l’océan. Une ville gigantesque qui offre l’opportunité de pouvoir faire du sport gratuitement, qui propose, il me semble, une qualité de vie attrayante. À ne pas parcourir à pied, bien sûr. Ses autoroutes sont horripilantes ; j’y ai plus peur que dans n’importe quel manège à sensation forte. Elle contient (et ses routes à six voies en font partie) en elle-même un mythe moderne qui se lit directement dans son paysage. Il suffit de prendre Mulloland drive pour sentir son immensité, surplomber ses richesses, imprimer ses reliefs dans nos esprits étroits, de parcourir cette route sinueuse, de nuit, alors que la pleine lune devient de plus en plus intense, pour voir combien l’homme est ambitieux, et pour reconnaître le lieu du tournage par excellence, le lieu d’un fard authentique. Melrose place, Beverly Hills, Hollywood… Qui dit Hollywood dit mythe, dit créativité, fixité, et mouvement. Nous retournerons voir LA de plus près dans quelques jours.

 

Nous avons roulé toute la nuit, dormi dans la voiture, sous la lumière infatigable de la lune. Paysages rocheux déserts, présences animales non identifiées.

 

4 octobre, Frazier Park.

 

Nous nous sommes trompés de route, et retrouvons le désert au lieu de la forêt. Nous prenons une route très étroite qui sillonne les montagnes à cactus. Nous arrivons finalement à bon port après avoir plusieurs fois demandé notre direction. Notre arrêt bref dans le food store d’un village minuscule en haut d’une montagne gigantesque peuplée de séquoias, de pins, sapins, nous apprend que l’Allemagne est « overcrowed » et « too cold ». La vendeuse est une Allemande venue s’installer aux États-Unis il y a très longtemps. Elle a suivi son premier mari. Elle adore travailler, rêve d’habiter en Oregon. Elle adore l’esprit simple des Californiens, son état préféré est le Massachusetts. Elle possède une maison à Ventura, pour la ville et la mer, et une autre maison dans le parc national, pour la solitude et la montagne. Elle pensait que nous étions allemands à cause de nos vêtements pratiques et kakis, de notre style randonneur. Elle nous souhaite bon voyage, et nous conseille un paquet de marshmallows moins cher. Elle dit « mmm » lorsqu’elle voit dans mon panier d’achats deux snickers. Nous arrivons au trail des cents géants vers midi. Il fait très froid. Nous entamons notre marche parmi les majestueux séquoias, indestructibles, marqués par le feu qui ne les atteint toujours qu’en surface, alors que la neige se met à tomber. Elle est fine, dure, mais suffit à nous ôter l’envie de camper. Nous roulons, encore et encore, traversant des villages désuets. Nous finissons par retourner au désert et à Bakersfield, pour la troisième fois. Nous y retrouvons ses champs de pétrole et ses paysages agricoles. Vers dix-neuf heures, nous nous arrêtons au Best Rest Inn de Frazier Park. Nous mangeons au Jack in the Box, de l’autre côté de la route. Nous faisons la connaissance d’un camionneur qui vient dormir là trois fois par semaine (on comprend pourquoi : piscine, jacuzzi, chambres aux apparences de suites, copieux petit-déjeuner avec gaufres à faire soi-même, quarante-sept dollars). Il a deux fils. L’un fait des études de médecine, l’autre joue dans le groupe John Butler Trio. Lui est ingénieur, mais gagne beaucoup mieux sa vie en tant que conducteur de camions. Quelque chose comme cent mille dollars par an. Sa femme voyage assez souvent avec lui. Il habite en Arizona, selon lui, le meilleur état, celui où l’on peut skier, se baigner, où il y a tout à proximité.

 

5 octobre, Anaheim.

 

16  : 00. Nous nous retrouvons un peu par hasard à Disneyland. Un agent de la sécurité nous offre des pins’ s, et un autocollant Mickey : bienvenue au pays de la magie !

 

21 h 00. Nous sommes dans un motel en face du parc. Tout à l’heure, nous savourions un bain chaud dans le jacuzzi tandis qu’un feu d’artifice retentissait dans le parc d’attractions. Que de luxe pour les routards que nous sommes (soi-disant).

 

6 octobre, San Diego.

 

Je suis face au porte-avions touristique de San Diego et de sa sculpture représentant la photo de Doisneau, où un marin embrasse langoureusement sa fidèle (?) à New York… Drôle de mélange que porte très bien la ville-frontière. Le moins qu’on puisse dire est qu’il fait bon vivre, le long des plages immenses peuplées de surfeurs, des lotissements bordés de bananiers, dans les rues spacieuses et propres de San Diego. Je suis sur la pelouse où tout le monde ramasse les crottes de son chien, après un repas assez mauvais, comme les États-Unis en offrent tant. Trop de sauce, trop de cannelle… toujours trop.

 

Nous sommes partis ce matin de l’aire d’autoroute où nous avons dormi, tordus, faisant un concours de buée avec les voitures environnantes : il est des aires où vous pouvez dormir dans votre véhicule. Le parking était plein. Nous avons vu que nous approchions de San Diego lorsqu’un panneau jaune en forme de losange nous a prévenus : « attention, traversée de surfeurs » (un surfeur est dessiné en train de traverser avec sa planche). Un peu plus loin, un surfeur était en train de traverser. Après Disneyland, où « dreams become true », San Diego, où les panneaux deviennent réalité. Disneyland California propose des attractions géniales comme des manèges pourris. Grosse déception au Space mountain, super sensation au Hollywood hôtel, retombée en enfance avec fantasyland. Je déconseille le tour du monde (« It’s a small world »), qui ne donne pas envie de voyager…

 

7 et 8 octobre, Oceanside/Calimesa.

 

Ces deux journées se sont transformées en longues heures de route à la recherche d’un endroit où dormir. Le port d’Oceanside et ses phoques hurleurs nous ont accueillis la nuit du sept, le huit, c’est un motel à Calimesa, pris entre un « Burger King », un « Mc Do », un « Subway » et un « Pizza and subs » qui nous a abrités.

 

La route de San Diego à Los Angeles est superbe, mais inaccessible pour qui ne veut pas vider son portefeuille. Tous les parkings sont payants, les plages, moyennant quinze dollars, nous permettent d’observer l’océan et ses surfeurs. Les campings, sans même avoir d’eau chaude, demandent entre quarante et soixante dollars. La côte sud fait penser à Cannes. Oceanside est bien faite, riche. Les jeunes y font des feux de camp le soir pendant que les pêcheurs bavardent sur le long ponton de bois, en attendant un frétillement nocturne. D’autres révisent au bord de l’eau. D’autres encore font du sport. Tout est éclairé. En cherchant un camping naturel, nous avons été pris dans un bouchon énorme. Désespérés, nous avons pris une sortie qui nous a conduits dans un lieu étrange, uniquement résidentiel, extrêmement bourgeois, fait de maisons clonées perchées dans les montagnes pelées, désertiques. Un désert riche sur la route de Riverside. Nous avons fait nos courses dans un magasin « 99 cts », où tout est à 99 cts (et on comprend pourquoi…). Les gens y étaient assez bizarres, beaucoup de clochards aux abords, et un hélicoptère qui tournait au-dessus du parking avec un spot ultra puissant. J’ai déjà parlé de la sensation permanente d’être pris dans un film aux États-Unis ?