Stop à Grand Sault

Une highway entre les USA et le Canada

22 août, Woodstock.

Nous voilà dans une drôle de chambre, fatigués, mais heureux, comme chaque soir depuis que nous avons quitté la France. C’est la chambre de l’auberge de jeunesse de Woodstock, que l’on partage avec Rodald, un homme à l’accent canadien très prononcé, professeur de mathématiques pendant trente-cinq ans, père de deux filles et fils d’une famille de seize enfants, ce qui, nous a-t-il confié, lui a fait prendre conscience de deux choses : le partage et le pardon. Deux valeurs humaines que porte très bien ce drôle de personnage qui rit à tout bout de champ et qui s’occupe à présent de la maintenance de l’office du tourisme de l’aire d’autoroute entre Houlton et Woodstock. C’est ici que nous l’avons rencontré, après quelques bonnes heures de marche intense sur la route et sur la highway.

Cela fait une étrange sensation de prendre l’autoroute à pieds. La sensation, d’abord, que tout va très lentement. Nous avons passé la douane ce matin, après avoir suivi les instructions d’un vendeur de machines à laver et, enfin tombés nez à nez avec la frontière, avons repris espoir après avoir marché sur une route déserte, complètement inhabitée… sauf quelques chevaux et nains de jardin.

« You guys are crazy » : c’est ce que nous a dit le flic à la douane. Oui, sûrement un peu. Nous avons fait du stop, mais personne ne s’est arrêté. J’ai interpellé des gens pour monter avec eux sur l’aire en question, et ils m’ont regardée comme si j’étais un monstre.

Voilà Rodald qui entre en riant. Loïc est parti faire du thé, et ne le voyant pas revenir, je pense qu’il est en train de bavarder dans la cuisine avec le gars aux yeux et au nez rouges qui trouve que je ressemble à Nigela Lawson.

Woodstock est une petite ville, environ trois mille habitants qui revendiquent son statut de «New-Brunswick first town». C’est vrai que pour une ville frontière, ça à l’air plutôt mignon.