Vue de Nice au décollage

Jour 1

6 août 2009. Nice / New York.

 

Jusque-là, rien de nouveau dans le fait de voyager en avion (que nous prenons pour la première fois) : un bébé pleure si fort que j’ai du mal à écrire ; l’avion est plutôt étroit ; les gens parlent anglais. Je suis fascinée à la pensée de notre décollage. Je me sens à la fois heureuse et déjà si loin de tout ce qui compte le plus pour moi : la petite famille, papa, maman, le chien, les chats… Mais les bras de Loïc continuent d’être pour moi les ailes d’un avion, alors je suis prête : décollons !
Le commandant de bord parle en anglais, et je ne comprends rien. L’hôtesse de l’air n’est pas comme dans Natacha. Le hublot est petit, mais la vue est déjà belle : mer et palmiers (nous sommes à Nice). Je mange le « petit Lu » que papa m’a glissé dans la poche. Nous avançons.

Ça y est : nous avons décollé. Pleins d’émotions, mais sans peur. C’est magnifique, incroyable. Un vrai bonheur. Nous sommes au-dessus des nuages, et je comprends mieux l’expression. Tout ce relief, cette eau, l’ombre des nuages sur eux… C’est sûr, le monde vaut la peine d’être parcouru, et l’avion, d’être pris.
J’ai la sensation paradoxale de vivre complètement et de m’effacer tout à fait, voler donne l’impression de rêver, lui donne, même, tout son sens, une forme qui ne peut être que vécue — voyager dans sa tête perd du sens, de la puissance.
Nous arrivons à Londres. Vol très calme, sandwich très bon. Bientôt, l’atterrissage…

 

15 : 20. Nous sommes à bord du Boeing 747, beaucoup plus impressionnant, moins convivial. Couvertures, coussins, caches yeux, écouteurs et magazines nous attendent sur les fauteuils. Il y a toute sorte de gens autour de nous, beaucoup d’ethnies qui me rappellent que cette fois-ci, nous nous envolons pour New York.
18 : 03. Quelque part au-dessus de l’océan Atlantique.
Au menu, « beaf and potatoes », sucreries, English tea… Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’avion ne me coupe pas l’appétit. J’écoute Nick Fleetwood Blues Band, nous allons à 876 kilomètres-heure, il reste 5h12 de vol, et la température extérieure est de -44°. Je suis heureuse. Les hôtesses sont très maquillées, très comédiennes. Loïc est sage. Je pense à mes parents. Je pense au petit Rudy. J’aime beaucoup le nouveau stylo avec lequel j’écris. La traversée infinie des nuages donne la sensation d’être au paradis. La musique est rassurante, vivante, elle fait danser mon corps tout compressé. C’est étrange de ne pas pouvoir dire ni où je suis ni quelle heure il est. Et pourtant je ne me suis jamais sentie aussi peu perdue.

 

6.30 p.m., heure locale : arrivée New York. ATM. Retrait 50 USD (= 37 €). 1,25 $ de commission. Airtrain. Coucher de soleil. Métro : chauffeur fou. Seuls blancs. Un couple d’indien. Toujours des blacks partout pour nous aider. On se trompe d’une gare, devons marcher plus — chaque mètre plus difficile à parcourir. Arrivée à Chelsea. Sueur, fatigue. Cybercafé. 3 $ la demi-heure. Discussion avec deux gars de Nouvelle-Zélande. Douche. Chambre microscopique. Achat bouteille d’eau en face culotte. Règles douloureuses. 11.50 p.m. : dodo.