James Bond Island (Kao Ping Kan Island)

Le garçon de bus

5 avril, Bangkok.

 

10 : 04. Gare de Bangkok. Bus ultra dur, couvertures râpeuses, bébés pleureurs et voix fortes ont fait de ma nuit un petit désastre. Nous avons pris le bus à vingt heures, après avoir passé la journée sur les eaux turquoise de Phan nga. Déception devant l’île de James Bond qui est en vérité très petite, et au pied de laquelle un groupe d’Irlandais se baigne en gueulant et en buvant de la bière. Charmant. Partout, tout le monde essaye de se faire prendre une photo comme s’ils étaient seuls au monde, au milieu de la foule cuite par le soleil thaïlandais. Tragique. Nous prenons le canoë pour nous rendre dans des cavités inaccessibles en bateau. Les lieux sont beaux, mais difficiles à apprécier.

 

Le bus arrive à destination ce matin vers huit heures. Plusieurs personnes nous aident à trouver le bus n° 507, qui va à la gare des trains. À première vue, Bangkok est assez propre, immense, sympathique. Les gens ne sourient pas, mais sont serviables. Il y a de jolies filles très apprêtées. Personne ne parle. Nous sommes tous esquichés et un jeune homme se met à nous parler en anglais, pour connaître le nom de Loïc, le pays d’où nous venons, pour dire qu’il me trouve très belle. L’assistante du chauffeur le tape dans le dos, et lui dit, sévèrement, quelque chose à l’oreille. Il semble avoir envie de pleurer — je me demande s’il n’est pas dérangé, sans pouvoir reconnaître lequel des deux est le plus étrange. Il tente de nous parler à nouveau, et elle le force à se taire. Il boude, et je ne saurais percevoir si, dans ces yeux, c’est la haine de toute une culture qui passe, si c’est de la tristesse face à un pays au dialogue fermé et poli, si c’est de la folie. Il cherche notre regard et nous évitons le sien, ne sachant plus quelle attitude adopter. Cherche-t-elle à nous protéger de quelque chose ? Un peu plus loin, elle le force à descendre du bus. Il ne nous regarde plus et ferme définitivement son visage. Elle nous annonce la gare des trains, avec l’air sérieux qu’elle ne quitte probablement jamais. Nous attendons le train de quatorze heures trente.