Singapour by night

Rio/São Paulo /Santiago/Auckland/ Sydney/SINGAPOUR

16 mars, 13 h 25. Aéroport de Rio.

 

Nous avons rendu nos draps, quitté l’hostel, marché jusqu’à la plage de Copacabana où nous avons attendu le bus. Pour la première fois depuis quatre jours, presque cinq, nous avons vu Rio sous une pluie fine, ses plages vidées. Arrivés à l’aéroport, après avoir discuté avec un porteno qui voulait notre aide pour envoyer un message à sa femme en Français (pour la récupérer ?), nous avons rencontré notre premier obstacle : l’Australie nous refuse l’entrée sur son territoire. Ouf, l’affaire se règle en quelques coups de fil. Nous embarquons. Les gardes de sécurité semblent plutôt laxistes. Je regarde les (jolies) hôtesses de l’aéroport. Je voudrais être hôtesse. Qui vivra verra. Alors l’avion, t’as pas intérêt à t’écraser.

 

En voyageant, on pense qu’il est important, intéressant, de revenir avec des jugements sur les lieux parcourus, d’émettre tel ou tel avis sur chaque pays. C’est un jeu auquel on se prête volontiers, mais en voyageant, on réalise surtout à quel point notre vie est précieuse. Je suis dans l’avion, au-dessus des nuages, le soleil disparait comme chaque soir derrière l’arc de cercle que dessine la terre. On ne se sent jamais plus vivant que lorsqu’on pourrait tomber de dix mille mètres de haut. Chaque vol est l’occasion de penser au voyage que je suis en train de faire. Sept mois que nous parcourons l’Amérique. À essayer de former une pensée synthétique et complète sur ce continent, je me rends compte que la seule idée qui me vient à l’esprit, antijournalistique, est au contraire la plus simple et la plus personnelle qui soit. L’idée que le voyage rapproche de soi-même, que la beauté comme les choses horribles nous invitent à être heureux. Je parle du « nous » qui vit comme nous vivons, je ne peux pas parler d’un nous universel, d’un nous malheureux, de l’autre que je ne connais pas. Le monde invite à la tolérance. Voyager c’est accepter. On accepte de marcher devant le borgne, le lépreux, de discuter avec le milliardaire, son chauffeur, avec un animal, une araignée. On vit ensemble, et si on le fait, c’est pour être heureux — et ne pas l’être seul.

 

18 mars, Singapour.

 

Nous voilà enfin à Singapour, dans l’aéroport sans doute le plus propre le plus grand le plus brillant et le mieux organisé du monde. Nous sommes en train d’y passer la nuit, mais je n’arrive guère à dormir… Il faut dire que durant nos cinq vols nous n’avons cessé de changer d’heure… je suis donc un peu déboussolée. Loïc dort sagement à côté de moi, alors qu’une réunion d’hôtesses de l’air roses a lieu à quelques centimètres de nous… La réunion se passe en anglais, mais les hôtesses entre elles parlent un dialecte singapourien. Il y en a une qui n’est guère attentive et préfère se maquiller devant sa petite glace portable pendant que Madame la Chef donne les instructions du jour. Ici, tout commence donc à quatre heures du matin.

 

Nous sommes arrivés à Singapour hier soir à 22 heures Notre escale à Santiago nous a permis de constater les dégâts du séisme, et surtout d’éviter la douane… Cette fois-ci, nous n’aurons pas de tampon du Chili ! Notre escale a Auckland ne nous a permis que d’apprécier l’automatisation des toilettes, la netteté générale, avant notre étape de neuf heures à Sydney où cette fois-ci nous avons pu réellement nous dégourdir les jambes (doublées de volume pour mon cas) et de visiter l’une des plus belles villes. Une halte agréable, qui nous a permis de voir l’exposition de la Bibliothèque de Sydney qui fête ses cent ans, de flâner dans la tranquillité du petit matin sur les quais de l’opéra, dans les jardins de la ville, dans le centre financier, dans les églises, le quartier des bars…

 

Sydney serait-elle la ville parfaite, animée et paisible, peuplée d’écoliers en tenue adorable faisant leurs exercices dans le parc, d’étudiants, d’hommes et de femmes d’affaires tirés aux quatre épingles, située entre les montagnes bleues et la plage, architecturalement aussi riche que New York, sans pour autant perdre sa taille humaine Elle est à mon goût un peu surfaite, dans certains aspects un peu trop sévères (j’ai la sensation que pour que les choses fonctionnent aussi bien, on ne doit pas pouvoir y faire tout ce qu’on veut — en voudrais-je définitivement à l’homme qui m’a interdit de prendre des photos dans la bibliothèque et m’a fait tout effacer ? ou au sikh de sécurité de l’aéroport qui m’a fait vider mon sac pour y rencontrer mon petit ciseau à ongles d’enfance rose, pour finalement rire de son inoffensivité ?), et surtout, mon mot préféré : trop chère ! Un petit exemple : pour nous rendre en métro de l’aéroport au centre qui est à vingt minutes, nous avons payé cinquante dollars australiens pour deux…

 

L’aéroport commence à se réveiller, nous allons le quitter vers dix heures pour nous rendre au centre de Singapour, et partir à la recherche d’un lit.

 

22 : 00. J’ai dormi toute la journée. La chambre est super, nous sommes seuls dans l’immeuble, en face de l’hostel qui est de l’autre côté de la rue. Nous sommes sortis pour manger. Très bon, pas cher, épicé, bien reçus.

 

19 mars, Singapour.

 

Singapour est ce que l’on appelle une ville « high teck ». Elle manque parfois de charme et de clins d’œil au passé (peut-être est-il douloureux ?), mais elle donne envie de rester : Singapour est reposante. Nous prenons le métro, direction centre. Une machine demande de sélectionner notre destination sur l’écran tactile reproduisant le plan des lignes. On introduit billets et pièces. La machine donne une carte. On passe, le métro arrive. Dans le wagon, un plan des lignes indique au moyen de lumières l’endroit où nous nous trouvons et vers où nous nous dirigeons. Une voix indique, en anglais, la marche à suivre selon l’arrêt auquel on descend. À la station, on retourne la carte à la machine qui nous rend alors le déposit d’un dollar. On sort, et on ne s’inquiète pas s’il pleut : on peut quasiment explorer toute la ville en passant de centres commerciaux en centres commerciaux. Il y a, partout, des boutiques, des ATM, des restaurants. Les shoppings mall rivalisent d’inventivité en matière d’architecture, et leurs boutiques sont luxueuses. Quant aux toilettes, il y en a à chaque coin de rue. Elles sont, comme chaque chose à Singapour, sous l’empire du design (et de la femme de ménage).

 

20 mars, Singapour.

 

Nous visitons ce qui semble être l’essence de la ville, les shoppings, montons au cinquantième étage d’un immeuble en construction, au cinquième de celui de Bouddha, traversons les quartiers aux immeubles bas, où les persiennes s’accrochent aux fenêtres devant les gratte-ciel vitrés. Nous longeons la rivière, observons soucoupe et coupole se découper dans le ciel gris, dansons un peu sur les airs disco d’un groupe de jeunes musiciens qui jouent sur l’esplanade, écoutons celui, plus jazzy, qui anime le hall du théâtre. Nous allons voir Alice in Wonderlands au cinéma, en 3D. Je m’endors pendant la séance. La nuit tombe, et la ville s’éclaire à la perfection. La ville donne envie de faire nuit blanche. On s’y sent en parfaite sécurité. Mais moi, comme toujours, je suis trop fatiguée.