Musée de Saint-Pétersbourg

Winnie l’ourson est russe

9 : 55. Nous sommes à l’hostel Friends, central, accueillant. Il y a là une bande de Français complètement abrutis qui me coupent la langue. Alors j’écris, et je suis obligée de le faire en Français, mais laissons plutôt la parole au Français  : « Vous trouvez que c’est trop tôt pour se lever ? » (Il est 10 heures). « Ben oui, un peu ». « Bon, on n’est pas mariés, alors on pourrait visiter séparément hein ». « Ah, y a plus de lait » « il est trop chou ! » (Un dessin animé passe, un Russe leur parle en anglais pour leur expliquer que c’est un dessin animé qui date d’avant Wini l’ourson — ah non il est allemand en fait —, enfin ce qui est sûr c’est qu’il leur parle parce qu’il ne sait pas à quel point ils sont cons). « Eh, mais c’est dégueulasse cette poubelle-là au petit-déjeuner, ils sont vraiment crades » (le lieu est nickel) « La tête de con qu’il a le mec » (je suppose qu’elle parle de l’homme qui tape à l’ordi juste en face), « y a rien dans les supermarchés  : on a failli pas trouver de lait, tu te rends compte ! » « tu t’es lavé toi avant de partir ? » « Oui » « ah non moi je t’ai pas vu tu t’es pas vraiment lavé » « et voilà maintenant tu n’es pas prêt » (ils sont mariés, ils donnent une image déprimante du mariage jeune).

 

Nous avons marché pour arriver jusqu’à l’hostel et Saint-Pétersbourg nous a déjà montré, malgré la pluie, un visage grandiose, bien qu’un peu décrépi.

 

19 : 30. Notre ballade dans Saint-Pétersbourg confirme ma première impression ; elle confirme surtout la vision de Daniel, celle d’un monde au bord de l’effondrement, dont les contours n’en sont pas moins sublimes. Les fondations sont-elles assez solides ? Les images si carrées du communisme contrastent avec celles de la dissolution, celles des colonnes et des architectures robustes avec une sorte de sol flasque. Je me rends compte que je n’arrive pas décrire la spécificité de Saint-Pétersbourg, pas autrement que par « il y a quelque chose qui cloche ». Sont-ce les conducteurs qui se la jouent James Bond ultime version, les 4X4 aux vitres teintées, les femmes trop provocantes, est-ce la peinture négligée, les noirs si peu présents et employés aux tâches les plus basses, la ruelle sombre derrière la façade vert noire de monde ? Il y a trop de parures et d’évidences violentes à Saint-Pétersbourg. Mais inévitablement, on craque : c’est chic, harmonieux, paisible : russe.

 

12 août, Saint-Pétersbourg.

 

19 : 21. Notre séjour à Saint-Pétersbourg touche à sa fin, et nous n’avons pas visité beaucoup, seulement arpenté un peu et surtout, discuté avec les « pensionnaires » de l’hôtel. Mathias, le blond, juste assez vieux pour être sexy, avec un tatouage sur le mollet ; Winnie, allemand, lui aussi, probablement la quarantaine, bavard et souriant, Jimmy, l’Australien à l’allure imposante, plein d’histoires et de voyage, à l’anglais rapide et mâché, et Suzanne, l’Américaine. Suzanne a peut-être cinquante ans, mais son regard est jeune, ses ridules, lumineuses, sa voix, agréable. Elle rit souvent et a beaucoup à raconter. Nous finissons par apprendre qu’elle est « housekeeper » chez des riches Américains avec qui elle entretient d’excellentes relations. Ce travail lui permet de partir autour du monde quand elle veut, tout en gagnant beaucoup d’argent, de la générosité des familles heureuses d’avoir quelqu’un pour s’occuper de leurs maison, enfants, etc. Winnie ne cesse de me parler, et je n’arrive pas à écrire… et nous devons partir. Aujourd’hui, visite de l’Hermitage, gigantesque, plaisant et ennuyeux : toujours les mêmes œuvres (je m’attendais à voir plus de « Russie » ici). Des pièces somptueuses, et d’autres, décrépies… le contraste russe dans toute sa grandeur.