Poste de frontière entre l'Inde et le Népal, vers 4h du matin

La frontière indo-népalaise aux chandelles

22 juin, Katmandou.

 

La frontière entre l’Inde et le Népal, à Sunauli, est l’une des plus charmantes que nous ayons croisée sur notre chemin. Vers 4 heures du matin, nous avons débarqué, après 22 heures de bus, d’arrêts en tout genre et de gémissements multiples dus à la coriacité de la banquette et de la conduite, dans ce petit village (peut-être une ville), dans une station de bus éclairée à la lueur de la lune montante, au milieu d’un champ. Un petit chemin (attention aux tuk-tuk qui se sont levés de bonne heure pour vous arnaquer : « c’est dans l’autre sens ! c’est dans l’autre sens ! » : heureusement que nous ne les avons pas écoutés et suivi notre instinct qui, je l’avoue sans pudeur, n’a fait qu’améliorer notre sens de l’orientation et des logiques citadines depuis que nous voyageons) conduit à la rue principale, en passant entre des maisons où, à quatre heures, les hommes pissent contre les murs (apparemment, les besoins se réveillent à la même heure chez les hommes). Au bout du petit sentier, la rue, et en face, le poste indien de sortie du territoire. Nous avions aperçu un blanc dans un autre bus avant de descendre à la station « Wouaaaa ! Ambre ! Regarde, vite ! Un blanc ! » : nous l’avons retrouvé au stand des tamponnages, qui venait de réveiller les deux fonctionnaires. Les deux hommes étaient en train de ranger leur moustiquaire, installée sur la longue table, lit la nuit, bureau de l’immigration le jour… Le blanc s’est avéré être un lituanien fortement barbu et fort sympathique au nom difficile à retenir : Aigars (ça, c’est Loïc qui vient de me le dire). Il m’a rassurée : lui non plus n’a pas aimé l’Inde : « too dirty », dans la façon de penser des gens comme dans l’apparence des villes et le saccage des paysages. Les tamponneurs, mal réveillés, ont quand même été agréables — juste un peu lents. L’électricité ayant été coupée, nous avons dû écrire à la lumière de la bougie, et l’homme, plutôt grand, lunettes précisément posées sur le nez, couvrant en partie son visage brun ridé, ample jupe blanche jaunie, a dû tamponner et signer au signal de la flamme déstabilisée par le vent. En passant du côté népalais, le gardien a voulu nous prendre en photo (oui j’avoue que nous avons douté : va-t-il partir avec l’appareil ? nous demander 10 roupies ?), et nous avons accepté (de prendre le risque) : merci, Monsieur le militaire, vous faisiez partie des gentils ! Car de l’autre côté, les méchants nous attendaient… En attendant, nous étions bien passés au Népal, sans que personne ne nous retienne, car nous n’avions pas nos visas, vu que nous avions raté le poste d’immigration népalaise. Après avoir profité quelques secondes de ce sentiment d’illégalité et d’aventure, un homme nous a dirigés vers le poste, sans doute le plus mignon que j’ai vu : une maisonnette rose derrière un petit portail blanc, un jardinet avec des bancs, des toilettes qui puent et un puits. Nous avons rempli les papiers sous la treille, en compagnie des moustiques. Pour un visa de 15 jours, 25 dollars (nous avons bien fait de rester bloqués en Inde à cause du train), contre 40 dollars pour un visa de 30 jours. Juste une photo à donner, et deux papiers à remplir. À 6 heures, un bus partait pour Katmandu. C’est là que nos premiers méchants Népalais ont tenté l’arnaque. J’ai joué la fille qui arrive à la frontière sans argent et qui ne peut pas manger si on lui prend tout : je ne vous dirais pas que ça marche, mais à force de les saouler les prix baissent quand même considérablement. En sortant, ils nous ont dit : vous devez attendre une demi-heure, vous voulez déjeuner ? » « Ben non je viens de vous dire qu’à cause de vous nous n’avions plus d’argent pour manger » Loïc m’a remerciée : de toute façon après 22 heures dans les transports il n’avait pas faim… Le bus pour Katmandou était évidemment pourri, mais les Népalais sont, à premier abord, gentils (sauf épisode précédent), et en tout cas, mille fois plus doux que les Indiens. Sur la route, les paysages sont très beaux, la nature très verte. Nous arrivons en période de mousson. Ce matin la pluie a encore fait son apparition alors que nous goûtions à notre premier repas népalais (après les momos tibétains, en-cas d’hier soir), le « trekker breakfast ». Nous n’irons pas marcher, mais nous avons les vitamines pour ! Chères mangues, vous me manquerez tellement…