Guadalajara et ses coccinelles mexicaines

Sous les tropiques

16 octobre, Chihuahua.

 

Nous en sommes sûrs à présent, les deux cartes mémoires (et les traces visuelles du commencement de notre voyage), où qu’elles aient été, ont disparu de notre horizon.

 

17 octobre, Mazatlan.

 

Nous mangeons des burritos au jambon/fromage, et prenons le bus pour Mazatlán. Le trajet est interminable. Au lieu d’arriver à neuf heures, nous arrivons à treize heures. À dix heures, nous passons le tropique du cancer. Nous sommes en altitude, la végétation est dense, un cheval se balade au bord de la route, non loin de baraques en bois humides.

 

18 octobre, Mazatlan.

 

Le changement radical, des États-Unis au Mexique, se poursuit : l’eau du Pacifique, loin d’être glacée, est très chaude. Difficile de trouver de quoi échapper à la chaleur mexicaine. Nous avons fait déboucher les toilettes et remplacer le frigo de notre chambre miteuse, mais rien n’y fait : elle ne vaut pas son prix. Loïc a fait la connaissance, dans les vagues, d’un certain David, d’origine italienne, dont les parents sont venus vivre à Puebla. Il lui parle du Mexique et lui vante la grandeur des plages des Caraïbes. Mazatlán n’est pas le paradis tropical dont nous rêvions. L’océan ne fait que scintiller devant une corniche pauvre, où quelques buildings exposent leurs parures aux touristes (et quelques buildings seulement). L’odeur de poisson est trop présente, les vendeurs de babioles aux dents d’or aussi. Tout à l’heure, après avoir rendu la chambre, et sachant qu’il nous restait huit heures à patienter au soleil, nous nous sommes installés dans une petite voiturette en bronze, sculpture du front de mer, marquant l’histoire de la création dans les années cinquante d’un véhicule écologique par Don Miguel Ramirez Urquio. Au moins étions-nous, dans cette « pulmonia », modèle très proche des voiturettes de golf, à l’ombre, si ce n’est à l’abri des touristes. Un car passe, vitres teintées, et des flashs tentent de percer la fenêtre pour nous atteindre (atteindre l’image de la voiturette en bronze, signe de leur passage à Mazatlán). Ils auront photographié leur image dans la vitre, et peut-être, en fond, une « pulmonia » dorée sur un socle, avec deux passagers : à l’avant, une blanche en train de dessiner ; à l’arrière, un blanc en train d’écrire, et dans le coffre, deux énormes sacs de voyage. Vers quinze heures, de plus en plus de touristes (à pieds) nous délogent de notre ombrelle pour prendre des photos. C’est ainsi que nous nous retrouvons à passer les six dernières heures d’attente sur un trottoir ombragé.

 

Je commence à penser qu’il faut aimer le Mexique non pour ses villes, mais pour ce qui les entoure. Vous y rencontrez, en toute liberté, des animaux qui ne se préoccupent pas de la circulation, laissant au chauffeur le soin d’utiliser son frein avec frénésie. Vous y trouvez des paysages vierges où se nichent différentes habitations du divin, des petites cabanes faites pour accueillir la foi, ornées de fleurs et de statuettes. Vous y voyez des maisons de bois entre quatre cocotiers qui utilisent directement l’eau boueuse de la source, vous y regardez la lune, dans le ciel mexicain, qui n’est pas la même, plus la même qu’aux États-Unis : son croissant est en bas au lieu d’être de côté, son blanc tranche avec plus d’insistance dans le noir.

 

19 octobre

 

Plus nous avançons vers le sud, moins les paysages sont impressionnants, et plus les villes sont belles et accueillantes.