Monsieur Singh et sa femme le jour de leur mariage (carte postale)

Monsieur Singh

14 juin, Jaipur.

 

Toujours à Jaipur. Ça parle anglais partout autour de nous. Ambiance occidentale dans ce restaurant à l’exotisme indien. Un peu de folklore pour nous distraire, et des épices pour le palais, différents. Monsieur Singh, le propriétaire, vient d’arriver, avec ses invités. Deux tables sont rapprochées avec empressement par les serveurs — notre commande risque de passer après. Nous avons rencontré monsieur Singh et son turban sikh blanc hier soir, alors que nous mangions dans notre recoin sombre et romantique du toit. Il a immédiatement reconnu notre Français et nous a dit avoir été de nombreuses fois en France. Il connaît le Sud, nous dit combien nous sommes chanceux de vivre là. Il a tout d’un homme charismatique et, étrangement, de le rencontrer provoque quelques poussées de fierté : « nous avons vu Monsieur Singh ». Le fait est que son hôtel, admirablement géré, est comme peuplé de messages, d’images subliminales qui renvoient à son autorité… divine. En arrivant à l’hôtel, on vous donne des cartes postales, photos de son mariage, sa photo est affichée à la réception avec un « award », les couloirs sont infestés de peintures qui rappellent sa femme, de portraits qui lui ressemblent, d’objets magnifiques qui soulignent la richesse de leur patrimoine personnel. On loge bien « chez eux ». Nous venons de terminer nos plats. Monsieur Singh et ses invités n’en sont encore qu’à l’entrée, mais je remarque déjà combien les femmes manquent d’élégance, les hommes, de manières. Même à ce stade de richesse, c’est encore « l’Inde ». Les petits gâteaux achetés cet après-midi en face de la première pâtisserie où les hommes, constamment en train de se toucher la bite à travers leur braguette constamment ouverte ont vraiment fini de me répugner, les petits gâteaux, donc, achetés à la pâtisserie propre, nous attendent dans la chambre. Nous commandons une bière, pour couronner le tout. On a trouvé une façon d’apprécier l’Inde, secouée, au-dehors, par tant d’hommes dégoulinants de testostérone.