Vue sur Hong Kong

I love HK

5 juillet, Hong-Kong.

7 : 00. Le réveil, qui doit sonner, ne sonne pas.

9 : 30. L’horloge naturelle de notre corps sonne enfin. La tête dans les vap », nous courrons jusqu’au ferry. Nous devrions déjà être en train de faire nos visas.

10 : 30. Nous sommes sur l’île, nous cherchons le bâtiment.

11 : 00. Nous reconnaissons la queue d’une section visa.

11 : 30. Je commence à connaître tous les visages de la queue, qui n’en finit pas de grandir. Les bureaux ferment à midi.

11 : 54. Nous rentrons, soulagés.

12 : 00 : « vous avez oublié de remplir la case statut. Employée ? Étudiante ? » « Rien » c’est toujours difficile à expliquer.

13 : 00. Nous faisons la connaissance de Shen, sud africain, plutôt rigolo. Une femme (au bout de sept ans de vie commune), un enfant (Victoria, le prénom de la grand-mère grecque de sa femme, belge) et un autre en route (arrivée prévue dans sept mois). Prévoit un voyage en Europe dans un mois, pour aller de la France… à la Grèce. Supporte l’Espagne pour la finale. Loge dans le Novotel au coin de la rue. Cher et pas top. Il préfère quand on l’envoie en Chine. En a marre du shopping. Veut faire les musées. Rit tout le temps ; vraiment sympa pour faire passer le temps… car il passe !

13 : 45. Je suis frigorifiée. La clim me rappelle l’hiver et je frissonne.

14 : 15. numéro 263… c’est nous ! Victoire !

14 : 16. La guichetière (œil sévère) inspecte. Nous lui montrons tous nos (faux) documents (réservations d’hôtels et de transports). Je croise les doigts.

14 : 20. Elle nous donne un petit papier bleu. Rendez-vous jeudi. Merci.

00 : 15. Chambre 1298. J’adore Hong-Kong ! Voilà, c’est dit. Je comprends enfin ce que veulent dire les quatrièmes de couverture : « Jean-Pierre machinchouette est tombé amoureux de l’Inde quand il avait huit ans, alors que… ». Je suis tombée amoureuse de Hong-Kong dès le premier regard. Cette ville est cosmopolite, harmonieuse, équilibrée entre la nature et l’ultra modernité, les plages et les rangées d’immeubles disciplinés, elle déborde d’énergie, d’espace, elle respire… et moi aussi ! Il n’y a pas un lieu où il soit désagréable de marcher, il y a une skyline époustouflante, une piscine immense en plein centre, des parcs pleins d’animaux, des bouis-bouis bons marché, des terrasses et des cafés, des gens respectueux, des employés efficaces, des magasins luxueux et des magasins qui ne manquent de RIEN, il y a tout… même les indications au sol pour vous dire de quel côté vous devez regarder avant de traverser. Loïc dit que c’est un coup à se faire lobotomiser et à se retrouver dans un corps d’automate réglé, que si un jour ils écrivent : « sautez dans le port », les gens le feront. Moi je trouve cette ville parfaite, tellement bien organisée qu’on ne peut pas s’y perdre, et assez gigantesque pour que l’on puisse continuer d’y rêver. Après tout, c’est aussi une île… Et une île, c’est bien fait pour rêver. Ici, tout semble avoir été minutieusement étudié. Et même si on nous indique de quel côté tourner la tête… les gens ne sont pas prêts d’y arrêter de penser. Hong-Kong a un cerveau.

 

7 juillet, Hong-Kong.

 

J’ai trouvé au musée au musée d’art de Hong-Kong ce que je cherchais. Des œuvres ressourçantes. Une histoire de sources, d’inspiration, d’eaux. D’eau et d’encre, de nature, de fils de continuité. Même pas besoin de rupture pour créer quelque chose de neuf, qui ne se sépare pas d’une pensée ancienne. Parler de, avec la nature, avec son corps. Quand je regarde les couples se tenir la main, se caresser le dos, l’épaule, je vois un peuple heureux, qui respecte peut-être sans le savoir l’appel à la longévité et au bonheur avant tout pensé comme le mariage et l’amour depuis Confucius. Ce peuple ne semble pas avoir de comptes à rendre avec ses origines. Il semble juste continuer à faire fructifier de très vieilles racines. L’art hongkongais est comme je l’espérais : à la hauteur de celui que je connais pour avoir fréquenté les musées parisiens, et différent. L’art moderne, ou contemporain n’est donc pas le même dans le monde entier. Je suis rassurée.

 

J’ai découvert un nouvel aspect de Hong-Kong en sortant de l’harmonie du quartier portuaire. Hong-Kong a plusieurs visages. Je n’en étais pas sûre. Mais notre logement me donnait déjà une petite idée des contrastes possibles. Trente Hong-Kong dollars pour une chambre de cinq mètres carrés, dont un mètre carré consacré aux w.-c.-douche. Une propreté irréprochable à l’intérieur, un extérieur délabré. La ville m’a envoyé tellement de paillettes aux yeux. Hier soir, en rentrant par le ferry de Cantau, par exemple. De nuit, les lumières, les couleurs, les mouvements de l’écume me rapprochant de la démesure de ses étagements. Élégante, appelant à la consommation. Nous venions de quitter l’île peu habitée, paradis du promeneur, aux plages superbes, au Bouddha géant qui aurait tout aussi bien pu être installé à Disneyland (mais qui n’en est pas moins beau, surtout sous la brume), et aux immeubles bien moins reluisants. Peu importe, à la nuit tombée, les lumières font de n’importe quel HLM un horizon étoilé. Et c’est beau. J’aime y croire.