Le vieil homme qui nous conduit en lancha vers le "mirador"

Le vieil homme et les poils

9 novembre, 23 h.

 

Le Guatemala nous a immédiatement séduits. D’abord, pas d’arnaque sur le change de la part du chauffeur, ensuite, une longue route de terre au milieu de paysages vierges superbes, de zones rurales joliment construites, dans une ambiance unique. Le chauffeur s’arrête régulièrement pour recevoir des liasses, en donner, récupérer des objets, en donner, prendre des poules, en donner, faire monter des gens le long des chemins, de la famille guatémaltèque à l’ouvrier avec sa machette en passant par des femmes hyper apprêtées diffusant allègrement leur parfum à la vanille. Il y a beaucoup de choses à voir sur cette route, beaucoup de vie à observer qui nous est inconnue. Des villages où les chiots jouent pendant que les cochons se courent après, que les dindons font les paons, et que le troupeau de vaches à bosses marche sur la route comme il remonterait le courant. On sent que la population travaille avec l’environnement, et qu’un accord a été passé entre eux (un accord à sacrifices). Nous traversons la zone zapatiste (des panneaux nous avertissent), jusqu’à Bethel, où se trouve le poste-frontière. Nous réglons 40 quetzals à l’officier qui nous lance un large sourire corrompu : « Bienvenidos a Guatemala ». Nous repartons avec nos tampons et roulons encore 4 heures avant d’arriver à Santa Elena. Santa Elena nous paralyse : qu’allons-nous faire dans cet endroit terriblement laid, sale et hostile, où il n’y a pas un blanc, et de nouveau des peaux brunes qui cherchent les dineros dans notre regard ? La paralysie cesse lorsqu’on finit par nous expliquer que Flores, la petite ville touristique, est de l’autre côté du pont. Le pont nous fait passer de l’enfer au paradis — de la réalité de la ville guatémaltèque au rêve de l’îlot touristique. Nous prenons une chambre d’hôtel pourrie, et partons visiter la ville. Nous croisons Élodie, Mickael et David qui se baignent. Heureux de retrouver des visages sympathiques sur notre route, nous décidons de les suivre un peu partout. Un vieil homme propose de nous conduire au « mirador » avec sa lancha. Le vieil homme au chapeau raconte des histoires, il dit des poèmes — ce qui ravit Élodie. Nous croisons un groupe de touristes guatémaltèques contents de savoir que nous sommes français, et non américains, car « son muy bonitos los franceses ». Le vieillard malin (qui demande 25 quetzals pour chaque histoire supplémentaire — qu’évidemment nous ne lui donnons pas) nous reconduit à Flores. Je ne retiens de lui que cette phrase : « el pelo es el ojo de la mujer ». Ça tombe bien pour moi.

 

Nous allons manger dans une cantina de l’autre côté du pont, pour 15 quetzals chacun. Trois générations, comme le remarque David, travaillent à notre repas. Le jus de tamarin est très bon. Les bananes avec fromage, crème et haricots en bouillie aussi. Au-dessus de nous, le mur propage le discours de Jehova. Nous retournons à Flores, boire un cocktail (le meilleur de ma vie) dans l’auberge Los Amigos où dorment nos compagnons de route. Le lieu est génialissime. Discussions multiples autour d’un cocktail fruité : Levinas, les Arabes, les expériences sexuelles en voyage (de David), et surtout, un plan possible : un trek de 6 jours avec guide, mule, nourriture, pour 120 dollars par personne. Après coups de fils et rencontres hasardeuses, rendez-vous fixé à 21 h 55 sur la place de l’île.