Lanchas pour traverser le fleuve et rejoindre le Guatemala, Frontera Corozal

Frontera corozal

8 novembre, Frontera corozal.

 

19 : 36. Le passage d’une frontière a toujours quelque chose d’excitant… et d’effrayant. Demain, à l’aube, le Guatemala, et je me sens inquiète. Nous avons tenté l’option « se débrouiller seul ». Nous n’arrivons pas à obtenir les tarifs normaux. Nous avons payé cent pesos pour le bus entre Palenque et Frontera Corozal au lieu de soixante-dix, et gagné une dispute avec la vendeuse velue. Je commence à me demander s’il existe, au Mexique touristique, de véritables « gens », et à qui revient la faute. Je ne doute pas que ce soit celle des touristes qui étendent partout leur rumeur dorée, mais je crois aussi que l’esprit des Mexicains se tord très facilement. Il doit être fait de bois mou. Je trouve le Mexique richement paré de culture et d’églises, mais tout ce qui brille à l’air d’avoir pris l’eau (est-ce la saison des pluies qui me fait dire ça ?) ou d’avoir perdu son âme sous quelques tas de terre. Je suis déçue de ne pas avoir trouvé ici plus que des images furtives de vies désintéressées, de nature superbe, d’architecture historique. Les ruines ne sont pas des ruines pour rien, et il en reste peu qui font honneur au passé.

 

9 novembre, Tecnica.

 

Youpi ! Nous y sommes ! Il est 7 : 40, nous avons arnaqué le lanchero (celui qui conduit la lancha — la barque) de 10 centimes de pesos, et nous apprêtons à prendre le… disons…, véhicule pour Flores. C’est un Toyota déglingué que le chauffeur (et toute sa famille) a réussi à faire démarrer dans une pente menant tout droit au fleuve — nous avons bien cru que notre chargement allait prendre un bain avec la camionnette. Il y a des poules et des chiens râpeux partout, de la terre et des arbres, ça sent bon l’authentique, et ils n’ont pas l’air méchant. Le trajet en bus va certainement être encore une autre aventure, mais pour l’instant, nous avons passé une bonne nuit dans notre tente au milieu des hurlements de la jungle, mangé des cookies et observé pour trois minutes (temps de la traversée) le levé de brume sur le fleuve, dans les lanchas qui ne manquent pas de charme. Les dindons s’approchent, les oiseaux chantent, les singes se sont tus. Le moteur ronronne, un peu comme un chat malade, très vieux. Et moi je continue de perdre une quantité hallucinante de sang. Dur dur d’être une femme, surtout quand on voyage. Il est huit heures : en route pour le Guatemala !