"Taxi" sur le volcan Papaya

De la lave touristique

20 novembre, Semuc Champey.

 

Le Guatemala est un véritable paradis naturel. Il suffit de passer une journée dans l’un de ses minibus au pare-brisé pour avoir une idée de ses richesses. La végétation croise la roche et l’eau, la population projette sur le vert dominant les couleurs les plus vives. Il suffit aussi d’une journée dans ces minibus surmenés pour attraper des hémorroïdes, ainsi qu’un incurable mal de dos. Inutile de dire que les chauffeurs conduisent comme dans des jeux vidéos (pourquoi les jeux de voitures ne proposent jamais un minibus au Guatemala, mais toujours une Golf GT en pleine ville ?), et que les routes bitumées sont bien plus chaotiques encore que celles, de terre, qui dominent. C’est un peu dommage de voyager de jour, mais cela permet quand même d’ouvrir les yeux sur un pays (au sens premier). Nous avons profité d’un arrêt pour manger une glace, et nous décharger des deux pouffiasses qui réclamaient « un vrai bus ». Je me demande ce qu’elles font au Guatemala. Une d’entre elles dit qu’elle est photographe, qu’elle vient régulièrement, tous les six mois, bosser ici — je savais bien que la photo cachait les gens derrière une plaque de lumière, qu’elle les embellissait derrière son apparence, que la planète était pleine de faux journalistes qui ont oublié qu’ils ne sont pas des touristes promis au luxe. La seconde est sa fille, plutôt robuste, d’ailleurs.

 

Les voyageurs que nous rencontrons à présent sont d’un autre type. J’ai vraiment la sensation qu’ils ne sont là, professionnels ou pas, que pour prendre des photos. Une chasse dont les locaux sont les gibiers. Je prends moi-même beaucoup moins de photos que je pensais en prendre. Et les choses, même si je les oublie, ne m’apparaissent que plus vraies. Sans cadres, informelles, sans corps ; des idées.

 

Nous nous sommes arrêtés dans la première auberge de jeunesse. Pas terrible d’ailleurs. J’ai fait une crise de mélancolie, mon truc de fille compliquée, et on a raté l’inauguration du bar avec cocktail à 5 quetzals. Ce matin, je me suis réveillée de meilleure humeur, et nous avons trouvé un logement ensoleillé à la Casa amarilla. À quatorze heures, nous sommes montés à bord du minibus pour le volcan Pacaya. Deux heures plus tard, nous étions aux portes du site, bien plus fréquenté et défiguré que je ne le pensais. Nous avons commencé notre ascension, très progressive, vers le volcan, dans une forêt neutre. La vue sur les nuages de fumée et les autres reliefs est prenante. On aperçoit aussi la station verte où les vapeurs de la lave sont transformées en électricité pour les villes de Salvador et de Mexico (seulement 1 % de l’énergie revient à la ville de Guatemala city…) Arrivés aux pieds du volcan, la montée se fait plus difficile, dans de la lave sèche coupante. Certains se découragent et montent à dos de « taxi » (des mules). Tout ça pour voir quelques grains de lave rouge s’égrener sur un flanc de volcan… Mais la vue est superbe, et le soleil se couche dans les nuages. La nuit rend le petit crachat rouge plus saisissant. Il y a, dans l’air, comme des restes de feux d’artifice, fumées rouges dans le noir. De l’autre côté, Guatemala city étale ses lumières. Peut-être ne la verra-t-on jamais que de loin… Demain, départ pour San Marcotte de la Laguna.

 

22 novembre, San Marcos/San Pedro/Antigua.

 

21 h. Encore une nouvelle « phase » dans notre voyage. Je sens un grand vide et pas grand-chose pour le remplir (sauf quelques cocktails). Nous piétinons depuis quelques jours à la recherche d’un inconnu. Nous n’avançons plus. Peut-être est-ce parce que nous prenons l’avion dans une semaine, et que cela nous oblige à tourner autour d’une seule zone, autour d’un pot. Le Guatemala continue d’attraper mon regard au passage d’un chien galeux, si caractéristique de ses paysages, à celui d’une femme aux cheveux longs et noirs à la robe colorée, à celui d’un homme tirant un arbre tenu par un linge sur le haut de son crâne, à celui des marches et des étalages de bords de route où cerfs et moutons végétaux signalent que la « navidad » approche, à celui de la bière Gallo qui semble contrôler (et qui contrôle) tout le territoire, sans oublier les reliefs, les volcans, les champs de maïs.