Haylee sur un toit de Quito

Hayle à Quito

28 novembre, Quito.

 

22 : 30. Enfin arrivés à Quito ! Le voyage en avion est vraiment enchanteur, mais les passages multiples à la douane et le jeu de la pêche aux canards avec son sac l’est moins. Observer les étoiles depuis la lucarne, les éclairs comme des explosions lumineuses, des explosions nuageuses au-dessous de nous, la ligne bleutée séparant le cosmos de la brume terrestre. Tout ça me pose dans un rêve absolu. Deux heures après l’atterrissage, je suis encore plongée dedans. Et je n’arrive toujours pas à m’assoupir dans l’avion. Je regarde… regarde… pour voir apparaître quelque chose. L’arrivée de nuit à Quito est magique. Les lumières de la ville jouent à cache-cache avec le brouillard. Les feux de l’avion tentent de percer le brouillard. Nous arrivons avec une heure de retard, prenons un taxi. Le chauffeur ne parle pas, la ville paraît plus belle vue d’en haut. J’ai lu un bel article dans le National Geographic sur les « Hazda ». Les photos de Martin Shoeller ont un grain trop précis. J’ai du mal à soutenir le regard de ces portraits. Les visages de ces hommes et de ces femmes sont presque trop marqués pour être relus encore par nos yeux, traversés à nouveau, rayés d’un seul regard. Le texte de Michael Finkel sonne juste. Il est touchant. Me plaisent les moments où il raconte qu’il montre une photo de son chat, et que l’un des hommes de la tribu lui demande : « ça a quel goût ? », où il parle de sa rencontre avec un singe lors d’une chasse, où il pointe sans l’expliciter le fossé culturel immense entre deux cultures… Que doit-on rapprocher ?

 

29 novembre, Quito.

 

Mon chien est mort. Il pleut, dedans, dehors.

 

 

Nous avons visité Quito aujourd’hui, avant que la pluie se mette à tomber. Levés à huit heures, nous sommes allés déjeuner sur le toit. Nous y avons rencontré Haylee, une jeune fille enjouée originaire de Norfolk island. Elle repart jeudi, après avoir passé six semaines aux Galápagos, en tant que volontaire. Elle est web designer, mais préférerait étudier les animaux marins… Elle a 26 ans, les yeux très clairs, la peau fine, les cheveux châtains. Elle aime parler cuisine. Elle est excitée de connaître enfin la vérité sur les Français : ils mangent des cuisses de grenouille et des escargots ? ! Elle rit. Elle nous dit que nous avons la réputation d’être un peu froids, pas très drôles. Que nous avons un accent sexy. Elle dit ne pas trop aimer les Américains. Je cuisine des pâtes avec de la crème et des champignons. Le père d’Haylee est un « chef », il possède une boulangerie. Elle vit à Perth, chez son « boyfriend », Mitch, avec la mère et les deux sœurs de celui-ci. Elle dessine des vaches, qu’elle fait parler. Elle aime la cuisine créative, celle qui, explosive, laisse la cuisine dans un état de saleté remarquable. Elle n’aime pas la cuisine fade et propre de sa belle-mère, sans imagination. Nous échangeons, dans nos paroles, des recettes à l’infini.