hôtel/synagogue à Haerbin

Trois Japonais, un Israélien, deux Chinois

29 juillet, Haerbin.

 

Trois Japonais, un Israélien, deux Chinois : voilà notre tirage au sort pour le dortoir de ce soir. Dans la chambre d’à côté dorment quatre Polonais. Il y a aussi deux Indiens. Les auberges de jeunesse sont de véritables lieux de rencontres internationales. Nous sommes arrivés à Haerbin vers 16 : 30, après 17 : 00 de train qui nous ont éloignés de Beijing et de la folie inexplicable qui nous a pris après l’obtention d’un visa russe et la journée passée à attendre le train : le démon du shopping. Je me retrouve avec une paire de chaussures talons aiguilles et deux robes de soirée dans le sac. Loïc n’a qu’une écharpe de plus à transporter. Avec les chapeaux chinois, les poteries et autres souvenirs amassés ici et là, notre sac-à-dos-maison ressemble de plus en plus à un coffre de grenier. C’est ça de s’ennuyer dans un « mall » si bien fait que vous avez envie de consommer, de rester, de regarder Astro Boy en chinois, sans son et en Bluetooth derrière la vitrine de magasin. N’empêche, les images sont sacrément jolies. Le train, comme d’habitude, un enfer. L’enfer de la position inconfortable, l’envie de pipi insoulageable, de la tête du voisin comme un métronome, de la fumée de cigarette au goût de l’interdit, l’entassement. Les nerfs en boule à l’arrivée à Haerbin. L’attente pour demander des billets pour Suifenhe. Pas de place, on connaît la chanson. Quelqu’un nous aide. Le bus pour Vladivostok coûte 500 yuans. On tire à pile ou face. Comme d’habitude, on choisit le chemin contraire à celui indiqué par la pièce. On reste à Haerbin. On se ruinera pour le bus. Tant pis. Nous marchons… beaucoup plus que prévu, une jeune femme nous indique le bon chemin avec un grand sourire. Un peu plus tôt, devant le casino désaffecté où se trouvait une vente de téléviseurs bradés et des hommes jouant dehors, comme l’image décalée d’un ancêtre mis à la porte (ancêtre du jeu mis à la mode, stylisée, puis parallèlement sauvegardé et déchu), un jeune cuisinier nous aide également avec son meilleur chinois (le mime), concluant « bye bye » d’un sourire étonnamment heureux et enfantin. Je vous assure, leurs yeux rajeunissent quand on demande de l’aide. Les chambres de l’hôtel/synagogue étant toutes prises, nous dormons en dortoir. Nous faisons la rencontre de Thierry, 20 ans, Chinois étudiant en japonais, qui nous fait visiter la ville de nuit, et surtout, découvrir un restaurant où les plats sont à six yuans, le coca à un yuan, et surtout, où nous mangeons la meilleure cuisine chinoise depuis notre arrivée en Chine ! Les serveuses, bien que rustres, paraissent honorées de notre présence, et me dévisagent comme si je leur paraissais un ingrédient parfait pour leurs plats. La ville est vraiment sympathique. Animée : danseurs, joueurs de saxo au balcon, boutiques éclairées (je remarque les poupées russes, superbement travaillées). Loïc et Thierry parlent cinéma. Je me prends quelques épaules et observe des bateaux illuminés comme des femmes trop maquillées. Même de nuit, on peut voir que l’eau du fleuve est sale. Jerry ne sait pas comment changer son pays. Il voudrait pouvoir choisir ses dirigeants. Il pense qu’il est trop dangereux de se soulever. On le tuerait. Il ne sait pas comment ils vont s’y prendre. Son rêve, c’est d’aller en France. La France, c’est romantique. Il veut étudier le français là-bas. Il dit que pour nous, c’est facile de venir en Chine, mais que pour lui, c’est une autre histoire. Il pense que les T-shirts de sport sont moins chers en France. Mais que les habits en général sont moins chers en Chine. Il est du genre à demander  : « c’est quoi ton animal préféré ? », mais il s’en tient à un « c’est quoi ton acteur préféré ? ». Il a la personnalité de beaucoup de chinois : il est adorable, serviable, collant. Il manque un peu de maturité. Il appelle tout le monde « mon ami » : « mon ami israélien » « mes amis japonais » (ceux avec qui il vient d’échanger deux mots, dans le dortoir)… « Mes amis français. » Je l’aime bien. Il est à l’image de cette Chine généreuse (celle du peuple), curieuse, qui ne cherche pas, qui ne cherche jamais les ennuis. J’aimerais remplacer la racaille française par cette jeunesse chinoise. [Graines de fleurs de lotus mangées le 28 juillet 2010. Pas de goût particulier].