Yangshuo

Ni hao

9 juillet, Guangzhou

 

Il est 11 h 35, nous prenons un bus rose en partance pour Canton (Guangzhou). Sièges confortables, annonces en chinois qui nous valent la perte d’une bouteille d’eau presque vide et d’un sachet en plastique « city super » dans le mauvais bus… L’immigration est on ne peut plus banale. Il y a notre premier cafard chinois, mais il a l’air gentil. Personne ne nous embête ni ne vérifie les bagages. Ils demandent simplement à Loïc son passeport (histoire que la caméra les filme quand même en train de faire quelque chose). Voilà, nous sommes en Chine. C’est ce que je me répète quand le bus reprend sa route et que je regarde les paysages défiler (des gratte-ciel dont le gris pâlit avec la distance, des étendues vertes, des temples à étages perchés au sommet des collines) tandis que la dame assise à notre droite se met à chanter avec conviction. Elle a les mains sur le front, les yeux fermés, et elle chante… comme si ce n’était pas fou de chanter dans un bus, comme ça, des graves aux aiguës, la voix abîmée et en chinois en plus. Le bus se transforme bientôt en standard téléphonique, et j’ai une révélation : on n’est pas en Chine pour dormir.

 

Alors je me réveille et je pense à tout ce qu’il nous reste à découvrir ici sur les lois du renversement et de la gravité.

 

Et je m’endors. Arrivés à Guangzhou, nous marchons jusqu’à la station de bus, que nous trouvons grâce à ce nouveau sens de l’orientation dont j’ai déjà parlé ailleurs. On se sent des super-héros de l’orientation. Pour fêter ça, nous mangeons au Mc Do après avoir été accompagnés par deux « mecs, des vrais » (du genre qui se gratte en regardant un match et en attendant la bière) dans l’ascenseur. Ils nous demandent d’où on vient et si on vient ici pour faire le plein d’affaires pas chères. Ils ont l’accent slave, avec des « Gll RR » quoi…

 

À 20 h 30, le bus part pour Guilin. Un jeune Chinois vient discuter avec nous, bien qu’il peine à parler anglais. Il est vraiment très gentil, et nous donne son numéro si nous avons besoin d’aide. Il nous dit que comme ça, maintenant on connaît quelqu’un à Guangzhou. Il est à la fac de sport. Il me rappelle tous les Chinois avec qui je vivais mon quotidien à la cité universitaire d’Aix. Intelligents. Les filles sont toutes (presque toutes) en minijupe et talons-gratte-ciel. Joli à regarder.

 

À 5 heures du matin, nous arrivons à Guilin, où nous rencontrons un jeune sénégalais qui voyage pour affaire. Il achète les pompes 5 yuans, et il les revend… Je remarque ses chaussures, et je me dis : « tiens, c’est des Adidas, pas comme le tee-shirt du jeune garçon, un “Abidas”. ». Je souris.

 

À 7 heures, le bus part pour Yangshuo. Les paysages nous rappellent la baie d’Halong… sans eau. C’est beau, serein. 300 000 habitants… c’est ce qu’on peut appeler un village en Chine. En France, c’est presque une capitale.

 

13 juillet, Guilin.

 

La Chine a de quoi ravir les amoureux de la nature ! C’est le pays le plus harmonieux que nous ayons visité. Plus riche que l’Argentine, plus beau que la Thaïlande, dans sa sauvegarde discrète de l’authenticité et son penchant pour l’ordre de la modernité. Il y a beaucoup de raisons de s’attacher à la Chine, qui à premier abord peut paraître trop immense pour être chaleureuse. Par exemple, le lieu que nous avons arpenté aujourd’hui : Long Vien. Eau émeraude, rizière, et partout, plantation de thé en terrasse comme l’œuvre humaine la plus ingénieusement artistique. L’homme et la nature travaillent ensemble… Et peut-être y a-t-il aussi un peu de Dieu dans tout ça. Une population accueillante. Pas de touristes… En fait si, dans la bulle étonnante qu’est la jolie cité de Ping yan. On se croyait perdu jusqu’à ce qu’on tombe sur cette oasis touristique perchée au-dessus des rizières en cascade… Tout à coup, nous entendons du bruit, des rires, levons les yeux et apercevons une terrasse avec cinquante appareils photo penchés au-dessus des montagnes. Des gens se font porter par des locaux — qui seront définitivement bossus. Il y a des vendeurs, des hôtels, des restaurants. Pourtant, le lieu reste préservé. Juste avant, nous traversions un village de bout du monde où les gens nous aidaient à trouver notre chemin. Village de rêves asiatiques. Toits de tuiles brunes, maisons de bois, toutes identiques, toutes différentes. Une vieille dame regarde la vie passer dans un salon immense et sans meuble, penché sur la montagne. Elle est de dos, je vois son visage serein dans le miroir qui occupe tout un pan de mur. C’est bizarre… Cette pièce a des airs de salle de danse. Une maman, jeune, vêtements modernes, étend le linge. Son gamin l’appelle avec insistance, joyeux. Un homme, l’air sévère, monte les marches de pierre grise avec ses deux ânes, chargés. Il ne nous salue pas. Au croisement d’une route, un vieil homme usé par une vie de travail, s’arrête à l’ombre d’un arbre pour se soulager du poids des herbes fauchées qu’il transporte de part et d’autre de ses épaules osseuses. Il nous salue avec sincérité. La vie ici, dans ce magnifique village en terrasse, en cascade, la vie perchée, semble paisible, et dure… Douce, et tuante. À l’entrée dans le « territoire payant », un homme et ses deux petits garçons gardent les portes. Le petit garçon à la cicatrice au bord de la lèvre et très curieux. Nous lui montrons la France et la Chine sur la carte. Dérouté, il remonte sur son vélo. Sur le (douloureux) chemin du retour (partis à 7 : 30 de Ghislain, marché de 10 : 00 à 17 : 30, arrivée à 19 : 30), deux Tchèques ont entamé la discussion. Dynamiques, enjoués. J’ai envie de visiter l’Europe de l’Est.