Gisela et Edgardo à La Serena, en attendant le passage du Dakar

Gisela et Edgardo sous les étoiles

11 janvier, Vicuna.

 

Le soleil caresse mon dos. Bientôt, il le frappera. Je suis à la grande table en face de Gisela et Edgardo, deux Chiliens adorables rencontrés dans le camping. Loïc est parti en quête d’un petit-déjeuner avec le vélo d’Edgardo.

 

Nous sommes allés visiter la belle région des vins avec le couple. Les vignes, la lumière et la chaleur du soleil, les places ombragées, les petits vieux sur les bancs, m’ont fait revoir la Provence. La vie paraît si tranquille, entourée de vignes… Mais on devine aussi tout le travail que ces champs de grappes demandent, quand on voit la façon dont les cultures s’étendent malgré les pentes. Par souci d’économie, nous dit Edgardo, les agriculteurs achètent les terrains les moins chers, qui sont aussi les plus fous. Sur les versants abrupts, hommes et femmes doivent vendanger au risque de tomber. La récolte du raisin dépend du type de raisin. Cela se passe durant l’été, de janvier à février. Le raisin du vin de table se reconnaît à sa grosseur, celui du Pisco à sa petite taille, celui du vin de garde à sa taille moyenne. Edgardo a travaillé dans une fabrique de vin. Aujourd’hui, il travaille dans une fabrique d’acide sulfurique : il gagne plus. Gisela travaille dans différents endroits, dont un spa, où elle s’occupe de la relaxation par les massages, et à domicile par le biais d’un groupe de personnes cherchant à aider les gens, à comprendre leurs préoccupations, soigner leurs maux, par la psychologie. Ils vivent entre Valparaiso et Santiago. Ils sont ensemble depuis quatre ans, se sont mariés le sept mars. Elle a trente-cinq ans, je le suppose un peu plus vieux. Ils n’ont pas d’enfant. Il est bavard, elle est souriante. Il fait beaucoup de vélo, a déjà traversé le Chili du nord au sud. Ils sont contents du président actuel. Mais il ne peut pas être réélu ce dimanche. Les présidents n’ont droit qu’à un mandat. Je commence à m’inquiéter parce que Loïc ne revient pas.

 

À vingt et une heures trente, nous allons observer les étoiles, dans un observatoire tout récemment installé par un Allemand. Jupiter, la lune entourée de trois autres lunes, Orion et sa nébuleuse, Syrius et beaucoup d’autres dont je ne me souviens pas les noms. Le jeune guide, Hugo, lui, les connaît tous. Il montre un engouement pour son travail extraordinaire. Les télescopes sont de beaux objets, mais pas à la hauteur de leur promesse. Je trouve qu’il déréalise ce que nous pouvons voir à l’œil nu. Qu’ils rendent moins forte la sensation de voir, en regardant dans une lunette géante dirigée vers le sol. On voit plus, mais l’impression de l’univers est moins forte, moins grande. C’est vrai qu’ici, au centre du Chili, les étoiles sont très présentes, le temps étant particulièrement clair.

 

13 janvier, Valparaiso.

 

Le passage par les w.-c. ne ment pas : le plateau de fruit de mer manquait de fraicheur. À midi nous nous sommes essayés au restaurant avec vue sur le port, c’était simple, cher et loin d’être ce que j’attendais, mais pas mauvais. Les restaurants, à Valparaiso, sont peu à être tentants. Valparaiso est vraiment une belle ville, au sens où elle respire un air nouveau (bien que pollué), où elle aspire à devenir une ville européenne… tout en gardant sa propre identité. Les ascenseurs qui conduisent au sommet des collines, ou petites falaises, sentent bon l’authentique (ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas essentiellement des manèges à touristes). Il y a une rue où des portraits de famille sont vissés à des bouts de mur détruit. Il y est écrit qu’ici des gens sont morts et que justice n’a toujours pas été faite, que le patrimoine de l’humanité a été perdu. Ces revendications nous sont étrangères, mais la désolation de cette rue aux bâtiments épars, aux peintures fanées, pleines d’ordures, s’adresse à nous de manière évidente. Valparaiso a une histoire qui se respire à chaque coin de rue.