Vue du "Mont royal" (sur Montréal)

Sophia, Jean-Claude et les crottes de chien

31 août, Montréal. Dernier jour d’août.

 

La soirée d’hier a été riche en discussions, comme pour contredire tout ce que j’ai pu penser ou écrire avant. Le cinéma en plein air – finalement sous un chapiteau – étant plein, nous n’avons pas pu aller voir “Dédé” (le film parlait de la descente aux enfers de ce chanteur québécois du groupe Les colocs très connus au Canada), et nous sommes allés boire une pinte de rousse au bar d’en face, qui annonçait pour 22h un concert de Tim Harrison. Nous sommes repartis les yeux brillants, alors que la jeune serveuse venait nous demander 10 dollars pour y assister, déjà assez appauvris par la bière. À quelques pas de là, un homme chantait, sa guitare à la main. Nous nous sommes arrêtés. Il avait quelque chose de beau et de généreux. Nous lui avons donné quelques pièces. Et comme s’il lisait dans les pensées, il a chanté Haleluja de jeu Buckley. Et nous avons remis des pièces, comme si nous cherchions à éterniser un instant en le monnayant. Ce genre d’instant qui fait toucher à une forme d’éternité où l’on porte en soi beaucoup d’amour à partager, tant d’émotion, tant de silence dans l’heure qui ne tourne plus. Merci à cet homme au visage doux, triste peut-être, pauvre surtout, qui chantait et jouait si juste, qui nous a chantés, pour nous français, sa chanson préférée de Moustaki, mais surtout, la musique qui me transporte le plus, qui me donne le plus de temps, qui donne du temps en créant de la musique, celle de Jeff Buckley.De retour à l’auberge, nous avons discuté avec Jean-Claude, employé dans un hôpital, résident permanent canadien originaire d’Angers, et Sophia, employée dans un chantier, qui a laissé son emploi pour trois mois entre le Canada et les États-Unis. Jean-Claude dort à l’auberge depuis deux mois, en attendant d’être payé par les hôpitaux français. Il vit au jour le jour. Il doit avoir entre trente-cinq et quarante ans, a un regard et une expression un peu fous, décalés. Il déteste la France parce qu’il y a des crottes de chien partout. Une fois, il a même contacté la police. À Montréal, il existe la brigade animalière, qui contrôle les crottes de chien, et cela le ravit. La France est « dégueulasse », nous a-t-il confié. Sophia m’a surtout parlé de son séjour, et du sentiment de liberté que lui procure l’éloignement de la France. Elle est bavarde.

 

Je suis en train d’écrire au Starbuck Cofee, où nous avons pris un chocolat chaud, après avoir acheté de délicieux pains au chocolat et croissants dans une boulangerie. Je suis en plein soleil, face  la vitre, et je commence à dégouliner. Troisième jour à Montréal. Loïc apparaît de l’autre côté de la vitre : il revient rasé.