Seattle

Liz

3 septembre, Toronto.

 

Ce matin, réveil tardif, petit-déjeuner copieux, traversée du pont pour aller voir comment vont les chutes du côté américain. Plus d’une heure de retard pour le bus qui nous a conduits à Toronto, une heure de bouchon et pas de places à côté. Nous nous trouvons maintenant chez Elizabeth, retraitée (elle travaillait dans un service d’aide aux personnes en difficultés par le biais de la cuisine, si j’ai bien compris), que Loïc a contactée par le « couchsurfing ». Elle vit en colocation avec une belle jeune fille, géologue, végétarienne. Il y a aussi un chat, absolument poilu et magnifique, si doux… Il y a avec nous un autre « couchsurfer », Sacha, israélien, antipathique. Je quitte la plume pour le coussin.

 

4 septembre

 

De retour chez Liz, où Sacha le taciturne dort déjà, je caresse le chat et le chien (nouvel hôte) avant de prendre une douche méritée. Nous avons baladé dans Toronto et découvert une ville à facettes. Contrairement à ce que nous avons pu entendre sur Toronto, souvent décrite comme hostile et sale, je la trouve agréable et modeste. Les buildings sont finalement peu nombreux, et les rues basses en brique dominent -ainsi que le large “littoral” du lac Ontario. Vastes plages, de la verdure, un port non surcharge, vastes rues, et surtout, de très beaux quartiers cosmopolites. à chaque quartier son marché, qui fait très envie. Comme partout, il y a beaucoup de pauvreté (peut-être ce que certains entendent par “saleté”). Il y a aussi des lieux sombres, et des quartiers d’affaires qui paraissent presque inutiles tant ils reflètent quelque chose d’inhumain (qui vivrait dans ces blocs noirs et blancs, espacés par du béton, donnant vue sur des parcs de grues, des ponts, des paysages en constructions ?) Nous avons laissé le soleil se coucher sur le lac, et avons écouté jouer Planet Gombo. Nous avons eu la chance de goûter à la cuisine du chanteur, au « gombo », du riz avec des crevettes et une sauce épicée, nous avons eu de la chance, car c’est le genre de moment à partager avec ceux que l’on aime, ou avec n’importe qui, un moment de bonheur.

 

Je parle beaucoup de « bonheur » depuis le début de notre voyage. J’écris beaucoup de, disons « niaiseries », mais je pense que le voyage ressemble à une nécessité d’aller vers la simplicité — qui transforme parfois cette simplicité, inscrite, en simplification. Je suis d’ailleurs heureuse de me rendre compte, après avoir cru cela impossible, que le bonheur peut être écrit (même si cela est mal fait, que l’on n’écrit pas seulement dans la tristesse, mais dans la joie aussi).

 

Liz a deux sœurs, dont l’une continue à travailler dans la ferme de ses parents, près de Toronto. Elle a une fille (qui tient un magasin de vélo près de Toronto également) et un fils (qui vit à Vancouver). Elle aime lire et bavarder, elle a une sorte de livre d’or de toutes les personnes ayant dormi chez elle — et cela fait beaucoup, une collection humaine.

 

5 septembre, Toronto.

 

Journée plage, ballade et discussions avec Liz, départ pour Vancouver à vingt-deux heures à Union Station. Salade Mc Do, coca et quelques frites chaudes sur le sol (brillant) de la gare.