Les pieds dans le Pacifique, Vancouver Island

Le baiser du Pacifique

11 septembre, Vancouver island.

 

C’est la première fois depuis le début de notre voyage que je me sens aussi libre, aussi inspirée (par le fait de vivre), devant la beauté de la côte pacifique. Nous avons décidé, sur les conseils de la dame asiatique de l’office du tourisme de Vancouver, de prendre le large pour l’île de Vancouver, d’aborder à Nanaimo, et de louer une voiture pour Tofino. L’agence fermait à 17 h 30. Nous sommes arrivés à 17 h 10, un peu par miracle au bon endroit. Et nous sommes repartis avec une Toyota Matrix pour une ballade inoubliable dans le centre de cette île aux multiples visages. Nous avons roulé de 18 heures à 22 heures de Nanaimo à Tofino, après avoir fait quelques gourmandes provisions, traversant des forêts immenses, longeant le pacifique, les rivières, les lacs. Nous avons échoué, un peu épuisés par l’air marin, à l’entrée du Rim Pacific National Park. Nous avons dormi quelques heures dans la voiture, et avons profité de notre position privilégiée de « seuls au monde » pour partir à la découverte de ces lieux peuplés (ce sont les affiches qui le disent, pas moi) de loups, de couguars et d’ours. À présent il est 9 heures, nous observons depuis notre rocher les surfeurs qui viennent affronter les vagues. C’est magnifique.

 

16 : 00 : Nous venons de terminer la plus grande lessive de tous les temps.

Flash-back :

9 : 30 : Nous terminons notre petit-déjeuner sur le rocher en compagnie des mouettes.

10 : 00 : Nous arpentons avec émerveillement les sentiers de la forêt humide de Long Beach.

14 : 30 : de retour de ces marches multiples où, malgré les avertissements, nous n’avons pas eu l’honneur de rencontrer des ours, des loups ou des couguars, nous déjeunons sur une aire de pique-nique, au-dessus de l’océan.

15 : 00 : Loïc me propose de faire une sieste sur la plage… Bonne idée.

15 : 30 : Alors que je suis en train de rêver à demi, m’interrogeant sur les heures de marées et me laissant envahir par tous les messages d’alerte concernant la traîtrise du pacifique et ses tsunamis, me demandant donc, tout en m’endormant, s’il est sage de s’endormir là, je conclus que nous sommes tout de même loin du bord, et l’océan conclut pour lui-même que cet éloignement ne justifie pas autre chose qu’un rapprochement… C’est ainsi que nous nous retrouvons à faire la plus grande lessive de tous les temps, après avoir essuyé une belle, certes, mais redoutable marée — ou seulement peut-être, le modeste débordement d’une vague de l’océan.

Loïc me dit avec malice : « Ce n’est pas toi qui voulais te baigner dans le pacifique ? » Eh bien le pacifique a décidé lui-même de venir nous donner un petit bain… et une grosse frayeur. Il faut dire que nous avions bien besoin d’une douche… Nous nous serions néanmoins passé des algues et du sel.

 

12 septembre

 

Le soleil a fait une petite partie de son travail, juste assez pour sécher mon pantalon — et c’est tout. Nous avons étalé les affaires un peu partout dans la voiture (qui en garde quelques traces…) et, après un bain de pieds qui s’est de nouveau transformé en bain de jambes dans le Pacifique, impressionnés par sa force, sa puissance, son caractère, nous avons repris la route jusqu’au lac Kennedy, au centre de l’île, où nous nous sommes baignés (lavés) dans sa délicieuse eau fraîche, miroir de reliefs dorés. Comme on dit, et parce que je ne trouve pas d’expression qui le dise mieux : UN PUR BONHEUR. Seuls au milieu des paysages les plus généreux… De nouveau, la route et ses forêts de cimetières d’arbres (des milliers de troncs blancs, nus, érigés vers le ciel), et nous faisons une halte pour la nuit dans un camping, en contrebas de la route, au bord d’un lac. Le feu de bois réchauffe nos raviolis en boîtes. Les étoiles sont au rendez-vous, superbes, éclatantes. Nous nous endormons très vite, repus de nourriture, d’images, apaisés. Vers 10 heures, le lendemain, nous remballons nos affaires. Nous n’aurons vu que des poubelles anti-ours : mais où diable  sont-ils passés? À présent, nous sommes dans le bateau qui nous ramène à Vancouver, où nous prendrons le bus pour Seattle dans quelques heures.

 

19 : 30. Coucher de soleil magnifique sur les montagnes de Vancouver. Inspection du bus à la frontière des USA. Encore un Mac Donald à notre actif (gastrique). Visite de Chinatown avant de prendre le bus, et premier choc. D’un côté, jolis jardins, écoliers en uniforme chantant en chinois, nénuphars, lions de pierre, chastes geishas. De l’autre, cour des miracles : boiteux, drogués, prostituées, infestation de figures ravagées, démolies, anéanties. Misère. Vancouver a, plus que toute autre ville, une double face. Le voyage ne permet pas d’accéder à ce que l’on voit, et il ne suffit pas, pour le dire autrement, de voir pour comprendre. Nous ne faisons qu’assister, et, loin de ce monde-là, nous conservons le nôtre. Faire le tour du monde ne revient jamais qu’à faire le tour de soi-même, de son propre monde, tout en trouvant le temps d’en observer d’autres.