Enfants jouant en haut du temple Phnom Bakeng

1er mai, Fête du travail (ou personne ne cesse de travailler), Siem Réap

Dernier jour à Angkor : nous avons troqué nos bicyclettes contre un tuk-tuk. Une boucle de soixante-quatre kilomètres pour se rendre au Bantey Srei, le joyau d’Angkor, le temple des femmes, finement sculpté dans de la pierre rose. C’est dans le détail qu’il faut observer ce lieu qui n’impressionne pas par sa grandeur, mais par la minutie de ses ornements. À la fin de la visite, une brève exposition renseigne sur ce qu’il y a à savoir sur Bantey Srei et Angkor en général. J’ai seulement retenu : que trois matériaux différents sont utilisés dans la construction des temples, la proportion de chacun dépendant de la période (préangkorienne, angkorienne, postangkorienne) ; qu’à ces trois périodes correspondent deux religions différentes, hindouisme (sacrificielle) et bouddhisme (philosophique), elles-mêmes sectionnées en deux croyances distinctes ; que Malraux a écopé de trois ans de prison en tentant de piller un bas-relief au temple de Bantey Srei, réduits à un an grâce à la France qui le sacrait quelques années plus tard ministre de la Culture… Pour les détails (passionnants, mais pleins de noms compliqués), il a des milliers d’experts qui ont écrit là-dessus. De retour à Siem Réap dans l’après-midi, nous avons visité la ville, bien fade à côté de ses trésors environnants. Le plus agréable à Siem Réap restant d’observer les vendeurs de coquillages (ramassés dans les eaux troubles et polluées des étangs), les tuk-tuk souriants vous proposer une course, les cochons morts être transportés à l’arrière d’une mobylette. Vers 17 heures, la pluie s’est mise à tomber. Il est 18 heures, nous sommes en train de manger nos délicieux mangoustans dans notre chambre perchée au bout d’un escalier de secours à la new-yorkaise. Le petit escalier de fer se trouve en vis à vis avec la pièce de vie de la famille de la pension. Une grande pièce dénudée de meubles, où les enfants jouent à même le sol, se balancent dans un hamac, dorment sur un matelas (tout dépend de l’heure à laquelle vous passez), où les adultes bavardent, préparent à manger. Cette pièce a quelque chose très beau. Le bois foncé et la lumière qui s’y rencontrent la rendent épanouie, humblement accueillante, et, comme la dame qui y épluche des légumes, ou la jeune fille qui lave des vêtements avec ses pieds dans une grande bassine en fer, souriante. Des sourires, au Cambodge, il y en a vraiment beaucoup.