Rio de Janeiro vu d'en haut

Un avis sur Rio de Janeiro

13 mars, Rio de Janeiro.

 

Nous sommes arrivés à Rio hier matin, passés par la station de bus très loin de ce que promettait jusque-là le Brésil (luxe, propreté, des w.-c. même un peu trop grands, exagérément étudiés pour avoir envie d’y rester longtemps), arrivés dans un lieu plutôt sale, désorganisé et habité par des rodeurs. La gare de Rio n’a pas un panneau pour vous indiquer les départs des microbus pour le centre, fait payer les toilettes, possède un « office du tourisme » qui consiste en un meuble blanc derrière lequel deux sièges noirs éventrés laissent voir la mousse jaune. Personne, donc, il faut se débrouiller… en portugais. Rio n’apparaît pas d’emblée telle qu’on l’imagine (ou telle qu’on la voit en carte postale) : les rochers disparaissent derrière une couche épaisse de pollution. On ne voit finalement pas grand-chose de Rio avant d’arriver à l’hostel — même si le cobrador de l’autobus nous fait faire de long en large Copacabana en insistant pour nous prévenir quand il faut descendre, et qu’il oublie à chaque fois. La troisième est la bonne. L’hostel est pas mal (nous avons été obligés de réserver la première nuit, Rio étant overbookée). Nous allons quand même chercher un autre logement, les chambres doubles étant toutes complètes. Nous ne trouvons rien de libre, je me baigne dans l’eau de la célèbre plage Copacabana, qui n’est rien d’autre que du sable sur quatre kilomètres, de l’eau tiède qui pique les yeux, cicatrise les croûtes, et ramène sur vous son eau brune ponctuée de déchets blancs. Le temps s’annonçant mauvais pour les jours à venir, nous décidons de prendre un « tour » afin de voir le maximum de choses de Rio en un jour ensoleillé, aujourd’hui. Et nous en prenons vraiment plein la vue.

 

15 mars, Rio de Janeiro.

 

Rio est ravissante et décevante. Depuis que nous voyageons, nous avons cru remarquer que toutes les villes se ressemblent. On apprend, en les épluchant, à noter les différences, à être attentif aux nuances, à repérer les contrastes. Mais lorsque l’on s’attend à trouver un visage différent à chaque pays, on se trompe. Le centre européen est partout, il n’y a « que » la culture ancestrale, des natifs, originale, qui colore autrement les lieux. La culture telle qu’on la voit dans les campagnes et les villages s’efface là où la « grande ville » naît. Là, l’Europe rencontre les États-Unis, formant un mélange exotique (pour nous) : les gratte-ciel fréquentent l’architecture coloniale. Les couleurs vives, et la façon dont la pauvreté occupe la ville, présente sous une multitude de formes (heureuses ou tristes), nous rappellent que nous ne sommes ni en Amérique du Nord ni en Europe. Les choses, ici, nous paraissent toutes un peu plus « vivantes ». Traversées par une histoire plus tourmentée.

 

Rio de Janeiro possède les trois ingrédients de la recette « Amérique latine » : buildings rivalisant de hauteur et de modernité, centre historique à l’européenne, vieilles façades colorées, bâtiments de bois… Mais elle est absolument à part. Je crois ne pas me tromper si je dis que cette identité hors du commun vient de ses favelas, et de la cohabitation détonante entre ces microsociétés marginales et la ville dans toute son officialité-carte-postale.

 

Douze millions de personnes vivent à Rio. Trois millions d’entre elles habitent les favelas. Toutes les collines de Rio, sauf le quartier de Santa Teresa et peut-être quelques autres exceptions, sont des favelas. Autrement dit, dès que vous commencez à monter, que le terrain devient pentu, que vous apercevez un amoncellement de maisons et de baraques, vous entrez dans une favela. Le reste de Rio est plat, et plus tranquille (plus gris, aussi). Du haut du Corcovado, la vue sur les plages, les immeubles sur terrain plat et les favelas sur les collines est saisissante. Rio est un tissu aux motifs parfaits. Loin d’être parfait en réalité, la coexistence est difficile et la criminalité très élevée. Certaines favelas sont hors de tout contrôle (la semaine dernière 7 morts dans une altercation avec la police, il y a trois mois un hélicoptère descendu depuis la favela qui jouxte l’aéroport international). Pour le touriste, Rio reste la rencontre idéale entre la plage, la forêt tropicale, le centre high-tech, les ruelles tortueuses et superbes de Santa Teresa (la petite Montmartre), les favelas qui grignotent les rochers. Pao de Açucar, el Cristo Redentor, le stade Maracana, la rue du Carnaval (sambodrome), Lapa où l’artiste chilien Selaron a travaillé des années durant à l’amélioration de son quartier ayant connu une période de forte criminalité dans les années quatre-vingt/90, la grandiose et surprenante cathédrale San Sebastien, les 90 km de plage, la musique, l’animation, le shopping, les noix de coco. Et en plus de cela, une réussite en matière de mélange de culture (pour ne pas dire de couleurs de peaux).

La déception vient avec le taux de pollution élevé, l’incohérence de certaines installations et le peu de souci accordé à la préservation de site tel que Pao de Açucar. Mais les choses sont en train de s’améliorer, pour sûr.