Sur la route en direction de Barréal

Le salon rouge de Buenos Aires, la petite vache, Julian, les baskets blanches, le bosniaque et le brésilien

14 février, Buenos Aires.

 

Mes parents viennent de nous rejoindre à Buenos Aires, il est difficile d’échapper à la voix de ma mère, vive, à sa parole rapide, à ses mots pleins d’intensité et de jeunesse. Comment trouver le temps ou la façon d’écrire dans cet univers de parole ? L’avion a atterri hier vers dix-neuf heures, ils sont arrivés en taxi vers vingt heures trente. Maman a passé sa tête dans la pièce rouge où nous nous étions réfugiés pour attendre. Souriante, de grands yeux. Mon père a suivi, égal à lui-même, le sourire et les yeux à demi ouverts. Nous avons bu la bière offerte par le jeune de l’accueil (une Quilmes). Quel bonheur de se mettre à discuter là, simplement, de retrouver son Français et de grignoter les mini pizzas achetées à la boulangerie gitane de San Telmo. Le quartier est ouvrier, assez pauvre, vivant. Le café Tortoni ne nous a pas déçus hier soir, et même complètement enchantés, avec son spectacle « Nuestro embajador el tango ». Une histoire un peu mixée de tango argentin, de sa naissance à son apogée du danseur solitaire aux danseurs masculins jusqu’au couple hétérosexuel. Les musiciens étaient superbes. Papa a chanté la vie en rose, représenté pour un soir la France au café Tortoni. Loïc a été invité à danser par la tanguera (avec ses tongs de marche, son pantalon taché, sa chemise froissée). Le spectacle s’est terminé, les artistes sont venus nous saluer, nous sommes retournés à notre cellule du 810, Humberto Primo : quatre lits superposés dans une pièce minuscule avec des lockers défoncés et des murs douteux. L’auberge en elle-même reste sympathique, rougement accueillante. Ce matin, visite du marché de San Telmo, du micro centro. Buenos Aires est plaisante, surprenante parfois, parisienne par endroits. Arrivés à la gare El retiro hier après-midi vers quinze heures, un jeune homme nous a demandé de l’argent, avant de devenir agressif. Dans le centre, un homme nous a aspergés d’un liquide vert… et proposé de nous nettoyer. Merci, on connaît la chanson. Sur la place principale, un « sin techo » s’est montré insistant et insultant. J’ai vu des baskets pendre à des fils électriques et une Suissesse m’a expliqué que cela marquait la présence d’un lieu de drogue libre. Là, la police autorise le deal, la consommation. Un moyen de contrôler le marché de la drogue, de le situer. En cas de meurtre, le lieu de drogue libre est fermé. Nous avons quitté Rosario après avoir discuté avec Julian, l’un des employés de l’hostel, collé à son verre de maté. Je l’ai questionné sur son activité artistique (après l’avoir entendu jouer du piano et chanter). Il joue dans plusieurs groupes, dont un groupe de murga, musique traditionnelle joviale, vivante. Le groupe comporte dix-huit personnes, ce qui est difficile à gérer, nous dit-il. Et d’autant plus intéressant qu’une grande part du travail consiste à discuter autour d’un verre, à se connaître, à s’entraîner. Il nous conseille d’aller en Uruguay pour le carnaval. Le carnaval argentin est une « pâle copie du carnaval brésilien », le carnaval brésilien est impressionnant, mais moins riche que le carnaval Uruguayen, dont la moitié des habitants vivent, et qui se prépare tout au long de l’année, qui puise, aussi, son énergie, son inventivité, son authenticité dans ses racines noires arrachées, ses influences africaines. Julian vient d’une petite ville au sud de Buenos Aires. Il aime Rosario en hiver, quand les activités culturelles se multiplient. Il dit que les routes argentiques comptent parmi les plus dangereuses, que les gens ne savent pas conduire, que la mortalité est très élevée. Il dit que « la che » vient sûrement des Italiens, qui ont leur manière de parler, gestuelle, et de parler en chantant. Il dit que le maté est un peu une drogue, et qu’il l’aide lors des réveils difficiles.

 

15 février, Buenos Aires.

 

Visite de Buenos Aires de onze heures à dix-huit heures. Buenos Aires est une belle ville, très belle, même, aux avenues excessivement grandes et bruyantes. Les jardins de Palermo, parasités par quelques poubelles improvisées, restent des lieux très agréables pour marcher, s’arrêter, caresser l’un des nombreux chats qui y rodent. Le cimetière est lui aussi peuplé de chats, sans doute plus rachitiques. Les tombes sont loin d’être rachitiques, et au contraire, gonflées de richesses, cossues, géantes. Étonnamment, les maisons de pierre, de marbre noir et de ciment ne sont pas les élévations, les figurantes du sous-sol où continuent de mourir les morts, mais le lieu même où ils demeurent, où les cercueils s’accumulent à hauteur d’yeux. Le grand centre commercial (où le centre culturel Borges a élu domicile) est rutilant, d’une architecture très noble. Les bâtiments qui l’entourent sont tout aussi impressionnants, chatouillent le ciel. Les rues sont très animées, et comportent une vie très différente de San Telmo, dont l’animation populaire tranche avec le côté affairé et organisé dans la vitesse de la Recoleta ou du Microcentro. Quant au port, il est plaisant. Large, tranquille, bordé d’une skyline chic. Nous l’avons longé hier soir, et mangé à la Cabana de las lilas, peut-être le meilleur restaurant de ma vie après celui de Saint-Geniez d’Olt. Le lieu, peuplé d’images de vaches et de cuisiniers toqués, est fascinant. Le service est excellent, malgré l’absence de sourire et la rapidité excessive (les Argentins servent comme ils roulent). Nous prenons deux babybeefs de 800 grammes et deux de 500 grammes, accompagnés de pommes de terre soufflées, de frites, de purée et de salade. Le bœuf est grillé dans sa couche de sel, tendre, savoureux. Une petite vache rouge nous indique la cuisson. Elle a l’air très sympathique. Nous buvons un Luigi Bosca 2 007. Au dessert, le plaisir de recevoir quatre parts de cheese-cake (et sa confiture de lait — quoi d’autre ?) et quatre coupes de champagne (puis huit), le chef de service ayant remarqué la petite carte glissée entre les mains de papa, les sourires, les yeux embués de maman, les accolades. Ayant appris que Loïc et moi étions de futurs mariés.

 

16 février, Buenos Aires.

 

Petit-déjeuner dans le salon rouge vers neuf heures, départ pour la Boca vers dix heures quarante-cinq. Nous nous éloignons du centre-ville pour entrer dans un quartier beaucoup plus populaire où les bâtiments commencent à prendre du charme à mesure que les façades se dégradent. Un mur un peu en ruine face au passage piéton qui fait la transition entre le centre et la Boca nous donne un échantillon de ce que nous allons rencontrer au cœur du quartier. De la couleur, des mannequins difformes et néanmoins humains aux fenêtres de maisons trompe-l’œil, des volets de bois, de la tôle peinte. Le lieu devient un peu moins « sur », nous longeons le stade de foot, où nous remarquons que les gradins sont particulièrement proches du stade, que la fosse n’existe pas. Un peu plus loin, la rue est consacrée à la vente de produits (touristiques) de l’équipe de la Boca. Les gens se font prendre en photo devant Maradona, pour trois personnes. El Caminito se trouve à quelques pas de là, où les bus pour touristes se concentrent. La présence excessive de touristes dans un univers très coloré contraste avec celle des sans-abri et de quelques visages ravagés. Deux baskets blanches pendent au fil électrique devant la fenêtre où nous faisons prendre une photo sépia en habit de gangster pour soixante pesos. Le lieu est très photogénique. Un chat passe sur le toit de l’une des maisons en tôle. Un rideau beige, léger, bouge derrière la fenêtre d’une maison rose et vétuste. Un petit homme tire une charrette pleine de sacs devant une façade pâlissante, entre deux arbres, bien verts. Un vendeur de journaux lit, l’air apaisé et indifférent à l’agitation de la foule touristique bruyante et multicolore, son papier gris, à côté d’un chien remué par ses rêves, et devant lequel un papier indique : Nicola. Le tango est à l’honneur dans les peintures des marchands. Les gens mettent leur tête dans les trous creusés pour eux aux dessins de corps de tangueros. D’autres prennent un cours le temps d’une photographie (payante). L’eau rentre dans le port avec des milliers de bouteilles de plastiques et de déchets qui s’entassent, flottants, contre les murs sombres. Nous nous perdons un peu en voulant quitter l’avenue principale. Nous rebroussons chemin lorsque nos yeux se frottent à la misère, se posent sur la possibilité de devenir victime de ses conséquences (physiques et psychologiques). Les maisons sont égales à toutes celles que la masse d’appareils photo fixe encore un peu plus, un peu plus loin. Les couleurs sont simplement moins vives, le bleu, passé, la réalité de l’intérieur, des murs qui ne sont plus que des façades, montre des lieux vides, des lieux noirs, sans électricité, sales, habités de cadavres de bouteilles, meublés par quelques chaises, d’une table où fume encore une cigarette. J’ai envie de prendre des photos, les bâtiments marginaux tatoués de quelques couleurs persistantes, fleuris par une végétation parasitaire, me tentent. Je me retiens ; je ne veux pas poser de regard inopportun. L’appareil photo est un vampire qui doit être invité à entrer.

 

Nous regagnons le Buenos Aires « chic » et mangeons au restaurant Siga la vaca, au bord de l’eau. Nous remarquons l’homme de la table derrière nous, le soupçonnons d’appartenir au FBI. Il semble nous observer. Un peu plus tard, mon père demande une bouteille à emporter à la serveuse. La serveuse au tablier avec une tête de vache nous apporte une bouteille de vin. De la part de l’homme au polo, de la table de derrière, nous dit-elle. Il n’est plus là. Nous restons interloqués. Il réapparaît, se rassoit à table. Nous le remercions. Il nous dit que c’est lui qui nous remercie, car il aime nous regarder, que nous lui avons offert une image de la famille qui lui rappelle sa propre famille, qu’il garde si loin de lui, étant marin. Il est bosniaque. Il dit reconnaître en nous la sincérité des rapports humains. Il ne semble pas vouloir parler plus, vouloir garder du silence sur notre image, pour qu’elle reste une image. Il baise la main de ma mère, la mienne, et va s’assoir à une autre table, avec d’autres gens. À notre gauche, un Brésilien veut nous prendre en photo. Il nous dit qu’il est bourré, me malaxe l’épaule gauche tout en parlant, il nous dit qu’il adore ce restaurant et qu’il vient tous les jours pour boire du vin à volonté, et qu’ici les gens font la gueule, que lui, il aime les gens souriants. Il parle, il parle, il parle, est évidemment très sympathique, jeune, bourré.

 

4 mars, Montevideo.

 

Mes parents sont arrivés le treize février à Buenos Aires. Aujourd’hui nous sommes le quatre, une vingtaine de jours, donc, et beaucoup de choses à raconter.

 

L’arrivée a Buenos Aires, en taxi pour les fifis, en bus pour nous venant de Rosario, les retrouvailles dans la pièce rouge de l’hostel inn de San Telmo, le quartier où il vaut mieux éviter de se perdre…
La visite de Buenos Aires et de tous ses quartiers éclectiques, La Boca étant celui qui nous a le plus marqués, par ses contrastes, ses couleurs autant que sa noirceur. Le tango, qu’il faut, contrairement a ce que l on pense, chercher. Les petits shorts des filles, la viande de la Cabana de las lilas, les nuits bruyantes, la tranquillité du port, les moustiques.

La location d’une Gol trop petite, immédiatement suivie de la route interminable entre Buenos Aires et Mendoza, ou, parait-il, il y a des gauchos (nous n’avons vu que les statues et petites maisons rouges devant lesquelles il faut klaxonner — cf Gauchito Gil — et aussi un homme rentrant dans son ranch avec son 4*4 nous proposant de l’aide : #non merci nous avons juste renverse un litre d’huile dans la voiture#), que nous avons faite de nuit, finissant par nous allonger sur un bord de route, dans l’herbe, première fois sans abris pour mes parents.
La belle Mendoza, ses rues tranquilles, un hôtel à l’odeur de moisi, mais quand même propre, la route des vins la plus moche de tous les temps.
La route jusqu’a Barreal, autrement dit les virages sur routes étroites non bitumées, l arrivée dans le désert, la vue sur les Andes, sommets enneiges, et soudain l’oasis, la verdure qui se découpe dans le paysage pastel. Barreal, où nous dormons dans un camping aux installations rustiques, ou les pizzas sont bonnes, et le vin pétillant comme le vin italien. Le gérant est sympathique, et fait du canoë avec sa femme dans la piscine. Eugenia et son fiance le grand tatoue lunettes de soleil noires nous offrent du vin de San Juan, comme ça, pour qu’on sache, qu’on goûte. Le chien de la rue San Martin — celle qui mène au fleuve où nous nous baignons — veut jouer avec papa au lancé de pierre.
La route jusqu’a San Blas, la route 40 ou vous ne croisez pas un chat pendant des milliers de kilomètres, et seulement un kiosque a une intersection ou un gars bronze et très accueillant (pour de vrai) vous vend du pain sec et lourd pour 6 pesos, San Blas, regroupement de petits villages typiques ou nous avons échoués un peu comme de baleines après avoir découvert que les routes argentines sont rares a être asphaltées, et qu’éviter un million de nids-de-poule, c’est épuisant. Ou nous avons dormi, les ours, dans la voiture, les parents, dans la tente, dans une chaleur épouvantable, au milieu des corbeaux perchés aux arbres secs, sur une terre craquelée.
La route jusque a Cafayate, rouge, enchanteresse, forets de cactus et paysages de western, rochers immenses et miracles de l’érosion, villages déserts et villes sales avec parcs ombrages, regards interrogatifs et population tranquille, vignobles harmonieux et domaines riches, montagnes colorées. Visite du site inca de Quilmes, l’une de nos rares marches. Cafayate, où nous faisons l’une de nos nombreuses parrillas avec l’aide du propriétaire de l’hostel, lieu sans prétention, de campagne, reposant.
La route encore, jusque a Salta, magnifique, rouge et verte, peuplée de formations rocheuses (dont le crapaud) et de canyons, ou nous nous faisons arnaquer sur le prix d’un saucisson de lama néanmoins absolument délicieux. Le mal de dos, les pieds de papa à droite et à gauche de mon siège, les ongles jaunes a couper stp, l’arrivée dans Salta décevante : on ne dormira pas ici. L’absence énervante de moustique (bon sang on nous avait promis des moustiques et rien ! tant pis on utilise quand même nos produits). La route de meilleure qualité jusqu’à la station essence qui nous sauve tout juste de la panne, a 200 km de Salta, au milieu du nulle part qui habite l’espace jusqu’à Corrientes. Des vaches, des prés, des champs. Et cet hostel en construction a cote de la station essence à qui il ne reste qu’une chambre pour 3. Nous nous en contentons, le lieu, en brique, est agréable, nous y dormons très bien. Il y a un congrès de vétérinaires — je demande a l’un d’entre eux s’il est camionneur, je ne sais pas comment il le prend.
Corrientes, une ville plaisante, pleine de pêcheurs (si ce n est de poissons) et de buveurs de maté. Victime d’une inondation une semaine avant, les accès aux berges sont fermés. L’eau est brune, comme les gens. L’hostel dans lequel Hugo de l’office du tourisme nous trouve quatre places est un havre de paix, le plus bel hostel depuis 6 mois pour nous.
La route, toujours, entre Corrientes et Iguazu, ou nous passons des champs a la jungle, les palmiers, les bananiers, les paysages luxuriants où les oiseaux sont tellement nombreux que Loic n’arrive pas a éviter le meurtre de deux d’entre eux (sans compter les milliers de papillons qui finissent par jaunir le pare-brise). Les parents sont sages, quoi que tordus, a l arrière, on prend quelques portraits mémorables de leurs siestes inconfortables.
Portraits mémorables aussi des chutes d’Iguazu qui sont de véritables merveilles naturelles, et qui donnent aussi a voir un sacre panel de touristes emballes dans leurs capes de pluies multicolores achetées a la sortie du bus. La beauté des cascades nous fait oublier l’entrée similaire a Disneyland et l’ambiance petit train touristique. Nous visitons le côté brésilien le premier jour, le côté argentin le deuxième jour. Pour 200 pesos, notre chambre d’hotel donne vue sur la piscine, les bananiers, nous sommes les seuls a utiliser la parrilla, nous pensons avoir fait le tour de toutes les manières différentes de loger. MAIS ! non ! Après le dortoir aux lits superposés ultra bruyant, le camping sauvage, le camping apprivoise, le dortoir luxueux, l’hostel de bord de route pour camionneurs (et vétérinaires), la chambre d’hôtel a l’odeur de moisi un peu glauque, la voiture aux sièges 10e classe, le petit appartement avec piscine, nous n’avions pas encore expérimenté la chambre avec draps peuples de rognures d’ongles, de poils et de cafards. Ah ! Et j’allais oublier : de paillettes aussi. Explications : “non, mais vous comprenez, le carnaval, tout ça, le ventilateur, c’est normal, des paillettes et des poils dans les lits”. On avait déjà paye, et le lieu était sûrement le plus potable de la ville de Monte Caseros, ou ne viennent pas d’étrangers. C’est du  moins ce que nous dit la femme de ménage (ou la femme tout court…) que nous croisons le matin, et qui est fascinée de rencontrer des Français… Mais comment a-t-on atterri a Monte Caseros ? Détour de 6 o km sur notre route pour trouver un logement, désespères de rouler sur une artère ou il n’y a rien, VRAIMENT rien.
La route, youpi !! entre Monte Caseros et Buenos Aires, ou nous n’avons pas le temps de visiter le parc national las palmeras ni Colon, mais ou nous apercevons quand même l’immensité de la palmeraie où vivent les perruches vertes et les maisons sur pilotis qui bordent le Rio Parana. De l’autre cote du pont, Buenos Aires nous attend, et nous avons la chance de trouver immédiatement un logement, une chambre pour 4 au 4e étage d’un vieux bâtiment d ou nous voyons le côté gris de Buenos Aires. Les garçons vont rendre la voiture, les filles prennent leur douche. Pour la dernière fois, nous mangeons une parrilla, et pour la première fois, dans un restaurant, une brasserie ou nous sommes les seuls touristes. Copieux.
Le lendemain nous reprenons nos sacs sur le dos, et nous voilà partis pour l’Uruguay, destination Colonia del Sacramento, ville paisible de l autre cote du Rio de la Plata, ou il fait bon se reposer. Se loger coûte un prix fou, et nous restons a l’auberge El Espanol, la moins chère, avec une immense grille pour accueillir nos viandes et poissons. La ratatouille, ce soir la, sera délicieuse.