Chantons sous la pluie avec Inès et Pedro

24 octobre, Alcobaça

Deux visages immenses débattent, les ridules prises entre les pixels, à propos de l’intelligence artificielle et de notre futur avec les robots. Une peau claire et une peau foncée, avec de grosses boucles d’oreilles, discutent de l’utilisation éthique des machines. C’est BBC World news, sur un écran LG qui fait la moitié de la taille du mur. Il pleut toujours, et mon moral commence à être affecté. Pourrait-on fabriquer un robot à diffuser du soleil ? Ce mois d’octobre aura décidément été très arrosé (pas de sens caché), et gâché un peu l’enthousiasme de la visite. La pluie, i hate it : on ne peut pas marcher, on peut à peine penser… Et quand on ose enfin sortir, ou qu’on a pas le choix, on se transforme en ÉLÉPHANT militaire (capes de l’armée oblige) — j’avoue que le fou rire nous prend quand même à chaque fois. On représente à nous seuls une cabine de 4m2 (photo à l’appui).

Mais nous sommes aujourd’hui dans un lieu qui nous plaît, la petite ville d’Alcobaça. Malgré le monastère qui la rend célèbre, demeure des tombes de Dom Pedro et Dona Inès de Castro, la ville est tranquille, authentique, avec de jolis coins et une chambre très bon marché, où nous sommes de nouveaux seuls — l’appartement entier est pour nous.

La minute culturelle pour les enfants

Qui sont Dom Pedro et Inès de Castro ?

Le prince Pedro (1320-1367), fils d’Alfonso IV, était l’héritier du trône portugais. Marié à Constance de Castille, cela ne l’empêche pas de tomber follement (la suite le confirme) amoureux de sa dame d’honneur, Inès de Castro (tout de même fille de nobles). À la mort de Constance de Castille, le roi, qui bien entendu désapprouvait la relation entre son fils et Inès (menaçant le trône portugais d’une influence espagnole), bannit celle-ci de la cour. On ne sait pas si le mariage a quand même eut lieu entre Pedro et Inès, de façon secrète, toujours est-il qu’il naît de leur union interdite trois enfants, et qu’Inès se retrouve rapidement décapitée : la scène se passe en 1355 à Coimbra. Le roi Alfonso décède deux ans plus tard, ce qui donne l’occasion au nouveau roi Pedro d’arracher le cœur des meurtriers d’Inès — de littéralement les arracher. Il fait également exhumer le corps de sa bien-aimée, et force la cour à embrasser sa main en décomposition pour la reconnaître reine. Les deux tombes, sublimement sculptées, sublimement pures, claires, travaillées, dans lesquelles se trouvent aujourd’hui Inès et Pedro sont placées, à la demande du roi, face à face, afin que, le jour du jugement dernier venu, ils s’érigent l’un face à l’autre dans l’église d’Alcobaça et se regardent immédiatement dans les yeux. Ca, c’est pour la petite histoire. Le monastère en a certainement bien d’autres à raconter. J’ai été impressionnée par la sophistication de sa cuisine, avec une cheminée immense en son centre, et tout autour, visages d’hommes distribuant de l’eau, tables de marbre géantes et arrivée directe de la rivière en son centre (détournement d’un petit bras jusqu’au monastère) : il paraît que l’on pouvait même y pêcher les poissons, pour directement les préparer. C’est un monde en soi, comme certainement tous les monastères, qui subjugue par l’intelligence de ses murs, et la finesse de ses détails ornementaux.

Pourquoi les pins maritimes qui longent les voies ferrées du Portugal ont-ils entailles et cicatrices ?

On en récolte la sève.

Pourquoi la sève ? Pour fabriquer de la térébenthine et la colophane, dit-on.

Infos pratiques

Entrée au monastère : 6 €

Inutile de payer si vous venez voir les tombes d’Inès et Pedro : elles sont au fond de l’église (sublime église), dont l’entrée est gratuite.

Chambres doubles à louer dans appartement (trois différents immeubles) : de 15 à 25 €. C’est propre, c’est simple, accueillant, parfait pour une petite pause à Alcobaça. La maman de Luis, qui gère les lieux, est adorable. Lui semble également très cool, pro et sympathique. www.alcobacahostel.com

À Coimbra, nous avons passé quelques jours dans une chambre de bonne, dans une ambiance étudiante — comprendre : au cœur de l’anarchie, de la fête et du bruit. Notre séjour est tombé la semaine de la fête des nouveaux étudiants, durant laquelle la ville se transforme en haut-lieu du bizutage, sorte de pèlerinage initiatique d’un bout à l’autre de la ville, en passant par les bars, avec des slips sur la tête, les fesses (quasi) à l’air, des canettes accrochées aux pieds et le visage grimé. Pour les anciens étudiants, port de la cape noire, flottant sur les pavés, parfois assortis d’un style californien, lunettes “police” opaque et cheveux dans le vent (ou sous la pluie). Coimbra, sans être une ville “magnifique”, a beaucoup de charme. Même son centre commercial, perché sur une colline, offre un beau point de vue sur ses vieux murs (pour une fois, ça vaut le coup de marcher jusqu’au Mc Do). L’université est majestueuse, mais elle me laisse indifférente, ne pouvant m’empêcher de la comparer aux campus de Cambridge ou Oxford, qui sentent le prestige à plusieurs kilomètres. Est-ce parce que les étudiants que nous croisons ressemblent à n’importe quel lycéen, et les différentes facultés à n’importe quel bâtiment un peu cossu ? Les églises sont impressionnantes, et la cathédrale surtout, qui semble combiner plusieurs styles et où la porte reste entrouverte, vers 19 heures, pour les curieux : nones et prêtres chantent face à l’autel, les colonnes conduisent le regard jusqu’au plafond, le long des parois sobres, immenses, dont les pierres semblent dorées. Coimbra, ce sont des ponts, des colonies d’étudiants qui se jettent dans l’eau du fleuve, qui errent jusqu’au lever du jour, des ruelles étroites et des églises à chaque coin de rue, c’est l’Europe dans une enveloppe portugaise.

Pratique

L’hostel Serenata  bien pour une immersion dans le Coimbra universitaire. Chambres très étroites, mais propres et bien agencées. On n’a pas plus aimé l’ambiance que ça, mais on ne peut être mieux placé à un tarif convenable (35 € chambre double). Petit déjeuner sans inventivité, mais copieux. Couloirs vides : le lieu est très beau, mais… trop grand. (On est jamais content, pas vrai ?)

25 octobre. Aujourd’hui, trombes d’eau. Et visite d’Obidos. La petite ville est perchée sur une colline. Elle constitue à elle seule un musée en plein air. La principale activité consiste à arpenter ses rues à la recherche de la plus étroite, ou de celle qui mène au château. Nous sommes dans une jolie maison d’hôte, en contrebas des remparts (Casa de relogio).

26 octobre. Aujourd’hui, GRAND SOLEIL !!!!!!! À 11 heures, dans quelques minutes, départ direction SIntra. On enfourche nos sacs (nos sacs nous enfourchent), nos baskets, et on prend le petit chemin qui mène à la gare, quelque part au milieu des champs, dont le personnel a disparu, mais qui a des affiches avec les horaires négligemment placardés à toutes les vitres. C’est le côté Far West du Portugal.

  1. Anne
    27 octobre 2013 à 7 h 00 min

    🙂 Inès de Castro était la dame d’honneur de Constance de Castille 🙂

    1. Ambre Fuentes
      27 octobre 2013 à 10 h 09 min

      oups… je corrige (encore des difficultés à comprendre le portugais ;))

  2. Peter
    29 octobre 2013 à 0 h 24 min

    Lire los DIARIOS d’un grand diariste en portugais : quel luxe ! Mais très formateur, n’est-ce pas, car on finit par mieux comprendre l’auteur (du fait de la réfraction due à la traductiion, etc.).

    Donc ravi de découvrir ce détail lors de vos pérégrination portugaises.
    Besos.
    P.