De Marseille à la frontière espagnole en passant par “Vi”

12 septembre, 14 h 46, Port-Leucate

Trois nuits à Marseille, le temps de découvrir une ville multiculturelle, à la fois endormie et énergique. Vitalité de la mer et tranquillité des terrasses, animées malgré tout par les éclats de voix, les accents à l’huile d’olive côtoyant ceux aux burgers et aux sushis. Visite du Mucem, dont l’architecture m’épate. Du fer tordu au milieu d’une mer partagée entre le turquoise et le bleu sombre, trouées de lumières, terrasse enchanteresse et couloirs de métal. Et puis autour, reliant à la terre du continent marseillais, le fort Saint-Jean, sa tour, sa pierre ocre, son chemin de ronde ouvrant au quartier du Panier, jusqu’à la basilique rayée. Superbe, vraiment. A l’intérieur, une collection un peu légère, mais c’est de l’histoire de Marseille dont il s’agit. Le musée m’a semblé avant tout éducatif. Un bon point. Sur les pages du livre d’or, quelques remarques très salées, le mécontentement de trouver des expositions « pauvres » et un contenu trop léger. Pour moi, la possibilité enfin d’ouvrir le musée à plus de monde, de rendre accessible la connaissance de sa ville, des raisons de sa mixité, d’y trouver son histoire comme dans un livre pour enfant — souvent, ce qu’il y a de plus intelligent. Il manque néanmoins quelque chose au Mucem pour se démarquer. Il n’est ni ludique comme le sont les musées de Glasgow, où l’on a envie d’apprendre à jouer ou de jouer à apprendre et où l’œuvre agit dans le vrai sens d’une découverte, ni sérieux comme le sont la plupart des musées d’Art ou d’histoire. Il y a, ensemble, de belles choses, puis quelques unes sans trop d’intérêts. Il y a, surtout, cette architecture prenante, que les expositions n’arrivent pas à faire oublier : on préfère regarder au-dehors qu’entrer dans le tableau. Il y a aussi quelques films, des films d’animation surtout, qui montrent que le Mucem se veut au goût du jour, et qu’il fait travailler des équipes variées, qui prouvent que le projet est global et que le musée est en lui-même une véritable œuvre, la composition de différents chefs d’orchestre. On sait apprécier ce travail et cette diversité, et cependant on préférerait ne pas les voir. Être dans l’œuvre, sans que la structure intérieure ne puisse être directement perçue. En ce sens là, le musée est effectivement (comme on l’entend dire), un peu nu. Un peu trop évident tout en étant recherché. Bref, on a aimé, mais on en attend plus. Le catalogue du musée est très bien. Après la visite du Mucem, Notre Dame de la Garde, l’immanquable. Rien à dire, le must de la vue, les dorures de l’intérieur, les marches qui traversent des rues bien mortes, un lundi. Le lendemain, mardi, Geoffrey & Marie from New York city viennent nous rendre visite : petit kebab pas terrible, double expresso délicieux, et nous repartons pour les calanques, où nous mettons une heure, depuis Luminy, à rejoindre les criques de Sugiton. Allemands, cigales et eau fraîche. Plaisirs de la baignade, évidemment. Nous regagnons l’hôtel, cherchons un moyen pour nous rendre en Espagne. Train, trop cher, Bus aussi. Covoiturage ? Nous trouvons une voiture qui part pour Narbonne le lendemain. Frédéric nous recontacte au petit matin, et nous confirme la possibilité de nous prendre, nous et nos gros sacs de voyage. Fred, un mec sympa, qui s’avère être un chef d’entreprise passionné, visiblement talentueux dans son métier, chauffeur un peu indiscipliné et homme à la personnalité amusante, peut-être croisé entre un pit-bull et un agneau. Nous prenons avec nous Élisabeth, la Marseillaise sympathique dont la phrase « ah ben je sais pas moi hein où je vais, c’est la première fois que j’y vais » devient un refrain, et un peu plus tard, Andrée, la Toulousaine a l’accent chantant qui dit « vi » pour dire « oui », traumatisée par la vitesse, et traumatisant mon genou : « aaaa ça freine » « aaaaa ça accélère » « mais il est fou lui keski fait, dis-lui de rouler moins vite oo dit lui vite qu’il roule moins vite fais quelque chose » Vi. OK. Donc, il y a l’anxieuse, le grand cool (Loïc), la gentille Marseillaise, la moraliste (moi), le chauffeur épicé, et la Mercedes Benz qui touche à chaque bosse et demande à ce qu’on lui gonfle les pneus (les voitures aujourd’hui sont intelligentes) : on est plein à craquer. Le voyage se passe, donc, pas si bien : il y a de l’électricité dans l’air entre chauffeur et passagers. Mais au débarquement des deux autres personnes, l’ambiance change, et l’on découvre enfin qui est cet homme aux mille histoires, qui téléphone et textote au volant, et insulte la moitié des conducteurs qu’il croise. Il nous invite à rester avec lui au chantier naval de Port Leucate : son bateau est en réparation, sur cale, un yacht de 20 mètres datant des années 1980. Nous plantons la tente entre deux bateaux. Et le soir, on s’improvise un dîner sur le pont. Vi, on peu dire qu’on s’amuse bien. Aujourd’hui, on remonte sur le bateau prendre le petit déjeuner. Puis le déjeuner… Ne sais pas quand nous partirons. En voyage, les racines poussent un peu partout…

13 septembre, 11 h. Loïc regarde les alarmes avec Fred. J’écris depuis le pont du bateau, avec vue sur d’autres bateaux sur cale, la plupart, des voiliers. Le soleil frappe, le vent souffle, je pense à l’Espagne qui nous attend bientôt. Nous traînassons un peu, en attendant que Geoffrey, qui devrait descendre vers Banuyls, nous prenne sur la route. Nous avons visité Port Leucate, ville complètement aseptisée, où le dentifrice coûte 3 € et qui donne l’impression d’être une maison de retraite étendue à un hameau portuaire moderne. Nous prenons notre douche grâce aux clés que nous prête Fred, et partageons la lunette des w.c. avec les pêcheurs du coin. Le peintre du bateau ponce et nettoie. Finalement, Loic fait la plomberie, Ambre, la cuisine. Notre chauffeur-hôte a pris des soles au pêcheur du coin, et je dois enlever les écailles d’un poisson tellement frais qu’il saute du plat. Nous finissons par les assomer pour que je ne les cuise pas vivants. Le soir, c’est Geoffrey, qui va rendre visite à ses cousines à Banyuls, qui nous récupère dans sa kangoo marron de location. Plus on descend vers le sud, et plus la route est belle. Les paysages sont secs, mais la mer est toujours là, pour s’hydrater les yeux. Geo nous dépose au camping municipal, niché dans une belle pinède.

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