De Paris à New York en 13 instantanés

La première fois que nous sommes allés à New York, c’était le 16 août 2009. Première étape de notre tour du monde, nous avions arpenté la ville du sud au nord et d’est en ouest, sans prendre une seule fois le métro – sauf pour aller de l’aéroport à Chelsea où nous avions réservé une chambre dans une auberge. 4 jours, une trentaine d’heures de marche, et l’impression d’avoir changé de monde en quelques heures d’avion. J’avais rêvé dans les nuages et l’atterrissage ne m’avait que propulsée plus haut encore dans un espèce de lieu intemporel, voire futuriste, au-delà du marchand de sable et dans un monde de géants. Cette fois, la seconde fois, la sensation est la même – l’innocence en moins. New York, c’est tout ce qu’on a déjà expérimenté d’une façon ou d’une autre, la ville en mille fois plus grand. Le métro : ça va plus vite (on se croirait dans un TGV rouillé) ; les boissons : la taille normale est deux fois plus grande que celle que l’on connait en France, idem pour le dentifrice ; les bâtiments : la moyenne est de 20 étages, et caetera. Cette fois, nous avons expérimenté New York autrement. Non pas en la mangeant des yeux, mais en essayant de rentrer dans son rythme. Non pas dans la mouvance estivale, mais dans l’énergie hivernale. On a même pris l’ascenseur.

Instantané 1 : Dormir (ou pas) à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle

21 mars 2013, 1 h

« Le maître de vos nuits blanches a encore frappé » : j’ai bien fait de prendre un Harlan Coben avec moi pour dormir à l’aéroport de Roissy (à vrai dire, c’est Loïc qui l’a pris). Il n’y a qu’à Paris que j’ai vu ça : des fauteuils entiers éventrés, des tables rayées au cuter, des réunions de SDF et des travaux jusqu’au bout de la nuit dans le hall de l’aéroport. Roissy, le maître de vos nuits blanches. Marteaux-piqueurs et junkies. Flics qui vous réveillent à l’instant même où vous sombriez enfin dans un sable mouvant : « Vos billets. » Du coup, ils virent les SDF. Ça manque de partir en baston avec l’un d’entre eux : « Vous savez ce que c’est vous la rue, hein ? » « Ça fait trois ans que je vis là et vous venez me faire chier ! » Au moins, le Café leur donne les invendus. Et puis ça gueule dans tous les sens, une vraie foire à la saucisse ou au poisson, une femme se chiffonne avec une autre, un homme menotté passe avec une escorte de policiers. J’entrouvre les yeux alors qu’une femme approche son nez pour nous renifler : c’est le millième sursaut d’un sommeil paradoxal. Elle a l’air de chercher quelqu’un, dans un espace déformé par la drogue. Au moins, on ne nous met pas dehors, et les banquettes, bien qu’éventrées, sont confortables. Contrairement à la plupart des aéroports, ici, on peut s’allonger tranquille : il n’y a pas foule. Je retourne à mon thriller – qui se passe à Paris, tiens.

Annette nous rejoint à l’aéroport vers 5 heures, les yeux gonflés de sommeil et une valise orange à la main. On boit un café en attendant qu’il fasse effet. Dans l’avion, je m’occupe en lisant les consignes de sécurité en cas de crash, en feuillettant le magasine Duty free avec un certain ennui et en regardant Anna Karenine (plutôt bien) et Hitchcock (pas mal non plus, mais fin un peu décevante) dans l’avion, pendant que Loïc emmagasine les pires films sortis dernièrement : « vu qu[’il] ne peut pas les regarder avec [m]oi ». Nous arrivons à New York vers 11 heures.

Instantané 2 : Aller de Newark à New York

On n’a même pas fait exprès, mais on a trouvé : la méthode la moins chère pour aller de l’aéroport de Newark au centre de New York. Quelques pas de plus à faire en sortant de l’aéroport, et on trouve un arrêt de bus qui mène à Newark Penn station (à ne pas confondre – ce qu’on a fait – avec New York Penn station – une question que l’on va souvent se poser pendant le voyage ; mais, nom d’une pipe, pourquoi est-ce qu’ils utilisent toujours les mêmes noms ?!) L’immersion est directe ; vous êtes dans le New Jersey, seuls blancs à bord du bus (on ne peut pas s’empêcher de faire la distinction, même si ici, on a l’impression que la question raciale, du moins superficiellement, s’est  envolée), avec la sensation amusante d’être dans le dernier film de Michel Gondry, génialissime : The We and the I. Dehors, le temps est grisailleux, il pique un peu le nez et les doigts, attaque la peau de nos lèvres pour la transformer en peaux du désert, craquelées. Le paysage est plein de ces immenses camions qui vont vite, avec ces museaux que l’on ne trouve pas en France, fiers et allongés. On suit la route qui va vers là où tout se passe, tout le reste, je veux dire, de l’activité industrielle, tout ce qui s’exporte dans les médias ; l’épicentre new-yorkais. 1,50 dollar, et nous sommes à Penn Station. D’ici, on nous aide pour trouver le train qui mène au World Trade Center, ligne rouge, 2,5 dollars et une file derrière nous qui nous maudit de mettre autant de temps pour réussir à insérer le billet dans le bon sens. Tant pis, ils prendront, avec nous, le prochain train. Arrivés à World Trade Center, là où l’on trouve l’architecture changée par rapport à 2009, où le vide était béant, et où il y a maintenant la plus haute tour américaine en construction, il faut faire quelques mètres pour prendre le métro pour Brooklyn, où nous devrions trouver nos clés. On achète le New York City pass : une semaine de trajets illimités, 30 dollars. Bref, on peut donc aller de l’aéroport de Newark au World Trade Center pour 4 dollars, et 30 minutes si on évite de se tromper.

N’ayant pas trouvé les clés, on se réfugie dans le bar le plus proche. Très sympa. On fête notre arrivée et le fait de s’assoir enfin sur quelque chose qui ne bouge pas, on mange des ribs énormes aspergés de sauce barbecue et on charge le portable d’Annette qui finalement a mal été branché. Ah ah ah. On finit par emprunter le téléphone du serveur tatoué et Geoffrey nous confirme que les clés sont bien là où il nous a dit. On finit par les trouver. On note au passage qu’on est mille fois mieux accueilli aux États-Unis qu’en France (le service étant rémunéré par les pourboires, mais aussi parce que la mentalité est différente : ici, il y a un vrai sens du service : pas même besoin de demander pour que les gens s’arrêtent et vous viennent en aide, ayant remarqué que vous piétinez).

L’appart est super. Le quartier est génial. On se croirait dans le Cosby show. Et le voisin du dessous embaume la totalité de l’immeuble avec l’odeur de Bob Marley. Il y a le journal sur les marches qui s’effritent et du Pepsi au frigo.

Instantané 3 : Photograsiter les musées

22 mars

Visite du central park. On mange dans Times Square, choisissant au hasard un des spots les plus clichés : Apple bies. On croise Batman, Spiderman, … Bizarrement, ils ont tous l’air d’avoir sacrément souffert : barbes blanches, kilos en trop… Il y a même la statue de la liberté en tenue militaire et un muppets rouge qui fume. De quoi réjouir les enfants.

Visite de la bibliothèque de New York, aussi belle que dans mes souvenirs. La recherche de w.c. rythme nos journées. De même que celle d’un bonnet que l’on ne trouvera pas : les magasins n’ont que la collection été, alors qu’on annonce de la neige pour demain.

Visite de Central station, puis on regarde le Crysler Building en pensant que c’est l’Empire State. Je ne retrouverai les cireurs de chaussures qui m’avaient tant fascinée à l’été 2009 qu’à l’entrée de cette gare.

Visite du Moma : la queue fait tout le tour du pâté d’immeubles ; heureuse surprise : en moins de 5 minutes, on rentre ; mauvaise surprise : Loïc doit aller déposer son sac et la queue dure, cette fois-ci, une demi-heure. La visite des musées a été littéralement transformée par l’apparition du numérique. Visiter un musée, c’est photographier. Ça donne le vertige tant les visiteurs se pressent, à tous les sens du terme, pour collectionner les toiles dans leur carte mémoire. Ils passent devant l’œuvre sans la voir, l’enregistrant sur un support éphémère. Que restera-t-il de l’art ? Une impression de rétine photographique, un instantané à remettre à plus tard, une émotion pour l’ordinateur, un globule de possession ? Mais il y a de toute façon trop de monde pour apprécier. Ici, c’est Le Cri qui est la Joconde. D’ailleurs, je ne m’attendais pas à ce que Le Cri diffère autant des reproductions que j’avais pu en voir : j’étais persuadée que c’était de la peinture, et c’est de la craie grasse. Piètre observatrice, moi aussi. Mais je n’en sais pas plus, la foule pressée contre le tableau m’ayant empêché l’accès au cartel : on a la sensation que Le Cri va se mettre à parler, à répondre aux questions des photographes amateurs, aux iPhone, aux iPad, aux reflex et aux compacts qui sont penchés sur lui comme la horde de journalistes au-dessus des politiques de peu d’intérêt.

Mis à part cette effervescence photographique, le Moma me déçoit. Je n’y vois que des œuvres rangées dans des pièces trop étroites connectées entre elles par des escalators, et malgré une architecture de recoins vertigineux et de volumes cubiques plutôt intéressante, un manque presque cruel de ludicité. Je me rappelle des musées écossais, et ils me manquent à cet instant précis. Accumulation de pièces et de perspectives qui n’ouvrent que sur elles-mêmes. L’âme de l’œuvre se ternit avec les murs blancs. Mais il faut peut-être visiter avec une foule moins épaisse, moins bruyante…

En sortant, on tombe sur un lingot d’or, impossible à photographier. Une lumière intense reflétée par un immeuble de verre au bout de la rue. Je ne pourrais pas l’atteindre : on a rendez-vous de l’autre côté, au Crocodile Bar. Pour une boisson achetée, une pizza offerte. Elles ne sont pas grosses, mais on atteint les 20 à la fin de la soirée, et la pâte est succulente. L’ambiance est géniale, grouillante et feutrée. Aux douze coups de minuit, Annette se transforme en trentenaire : on la prend dans nos bras avec un Happy Birthday.

Instantatané 4 : Avoir 30 ans à New York

23 mars

On sort acheter des muffins pleins de parfums pour fabriquer un gâteau de fortune à Annette. Pas d’anniversaire sans souffler de bougies. J’en plante quelques une dans les muffins, et je prépare la petite mise en scène de cartes / chèques de ses amis et des photos de son enfance jusqu’à aujourd’hui. À force de rire, on réveille nos hôtes, qui espéraient dormir jusqu’à midi. Le midi, on se perd dans Chinatown, on finit par tomber sur un restaurant où on mange très bien. En fin d’après-midi, on prend l’ascenseur gadget (au plafond, Obama qui vous regarde et des images des USA qui défilent, montées par Walt Disney ?) qui nous conduit au 70e étage du Rockfeller center (Top of the rock) en quelques secondes. La vue, s’il n’y avait pas tant de monde, serait un choc. New York sous cet angle renverse les habitudes de pensées : on entre dans l’univers vertical de la lumière qui habille les étages et de l’horizon où le soleil vient tout juste de se coucher. Un groupe de Chinois nous interpelle, car c’est l’anniversaire de l’une d’entre eux : ils demandent à toutes les personnes présentes de chanter pour elle.  Ce que nous faisons, en échange de la même chanson avec « Annette ». Happy birthday to you Aneth, happy birthday to you… Nous quittons l’espace immense, la vue intégrale sur Central Park et plongeante sur l’Empire State pour un petit restaurant mexicain convivial et étroit, El Patron. Tacos, fajitas aux gambas sur plaque chauffante, guacamole, margaritas et Corona, conversations aussi chaudes que la braise sur le luxe qui deviendra la blague à répétition « Loïc, on entre chez Vuitton ? »… puis c’est le rituel du métro, et on est au sommet du 230 fifth, après que le molosse de l’entrée nous ait regardés dans le blanc des yeux et demandé ce que nous aimions boire avant de nous laisser rentrer. Là, on boit (du coca pour moi), on danse, on se gèle sur le toit, mais la vue sur l’Empire State Building réchauffe les coeurs. L’ambiance de la boite est sympa, pas de dragueurs, pas d’excès, de la bonne musique. Malgré tout, pas fait pour lesgrandsours : ce concentré de société de consommation nous donne envie d’hiberner dans nos peignoirs rouges.

Instantané 5 : Vivre le graffiti

24 mars

Réveil tardif, tranquille, Geo nous prépare un brunch. Ballade dans Williamsburg, le « coin le plus branché » de Brooklyn (et de NY sans doute). L’atmosphère, ici, est vraiment « cool ». Je ne sais pas comment le dire autrement ; ça respire la liberté, la créativité. Sans doute l’odeur des tags et du béton décomplexé. Un taxi démarre en trombe et embarque une poubelle avec lui. Évènement sensationnel de la journée. On file vers Soho voir à quoi ressemble le lieu de Gostbuster. On n’arrive pas à savoir si c’est une mise en scène ou si les chaussettes de pompiers qui trainent sont des vraies.

Au menu du soir, riz gluant.

Instantané 6 : (Aperce) voir la statue de la Liberté

25 mars

On se décide pour Staten Island en ferry. Il se met à sévèrement neiger. On ne voit la statue que dans un épais brouillard. On se rassure en se disant que c’est un point de vue original. La neige ne cesse pas, et une fois arrivés sur l’île, on rebrousse vite chemin. On mange un burger au comptoir du Corner Bistro, à Greenwich. En marchant dans ce quartier bobo plein de petits immeubles flanqués d’escaliers de secours extérieurs et à la robe de briques, on tombe sur Magnolia, connu pour ses cheese-cakes. 7-8 dollars la part. Mais ils sont beaux. On visite Wall Street sous la neige, on embrasse les bourses du taureau, on entraperçoit la cathédrale avant de tenter d’aller au MET : pas de chance, c’est fermé. Tant pis, on aura au moins visité la boutique du musée. On passe devant le zoo de Central Park : ouah, des chèvres, et une vache ! Mais avec la skyline new-yorkaise en fond, ça vaut le coup d’œil. En redescendant la 5e, on a droit au supplice d’Abbercombie : Annette veut faire des emplettes, et nous ressortons presque traumatisés de cette expérience du shopping humain, où les gens font la queue dans le froid pour pouvoir entrer dans le magasin et tenter d’essayer à leur tour un panier de fringues qu’ils dévorent des yeux. Des joggings et des chemises à la mode surf. Je dois dire que la déco intérieure est plutôt réussie. Si ce n’était l’odeur qui donne la nausée. Dans ces conditions, le shopping devient une attraction : space mountain génération mode.

Instantané 7 : Marcher sur des rails dans le Meatpacking

26 mars

En route pour le mémorial. Trop de monde, trop de queue ; on file vers Chelsea, où on visite le marché. MAGINIFIQUE marché (le lieu est construit avec des formes métalliques travaillées, couleur grise ou rouille) – mais le comptoir à homard est fermé. La highline n’est pas loin, on marche le long des rails, au-dessus de la ville ou tout contre les bureaux, les appartements ; on marche au rythme d’un métro fantôme avec nos pieds. Le lieu est fascinant. Puis c’est la traversée de Chelsea, avec ses allées de vitrines pleines de fourrures, que l’on retrouve sur des grands baraqués sortis tous droit d’un clip de R&B comme sur ces belles blacks au déhanché un brin provocateur. Annette prend un hot dog à un des innombrables marchands ambulants qui sillonnent les avenues. On finit par rejoindre Madison Square, où travaille Geoffrey, à deux pas du Flatiron building. Pause Mc Do. Après-midi shopping – il paraît que c’est typiquement new-yorkais ? Au moins, c’est totalement nouveau pour moi. Victoria secret ou comment faire passer de la gnognotte fluo pour de la lingerie top model (en la faisant porter par des top models – la mise en scène dans ces grands magasins est impressionnante, et on s’arrête volontiers pour regarder le défilé sur l’écran géant : quelles poitrines, tout de même ! Mais bizarrement, ce sont des femmes coqs, elles font penser à des paons plus qu’à des paonnes…) Lévis ou comment résister à la tentation (CE magasin est fait pour moi, simplicité et tradition). On achète des cartes postales, pas franchement fameuses, mais à force de chercher, on va finir par ne jamais en envoyer. On va au pied de l’Empire State. La composition du bâtiment n’est pas fantasque, n’a rien de magique, mais sa hauteur reste magistrale. Il s’impose, de marbre, comme le roi d’un jeu d’échecs. On quitte le centre pour Colombia University, où l’on mesure l’immensité des structures (quelles bibliothèques !) mises à la disposition des étudiants. On pousse la marche jusqu’à Harlem, que l’on traverse du nord au sud. Le quartier est résolument noir, plutôt animé quoique somme toute plutôt cousu dans la discrétion. Comme on pouvait s’y attendre, il y a plus de pauvreté. Certaines rangées d’immeubles sont colorées, faites de pigments rouges, noirs, gris. Et gondolées. Les rues sont larges, on aurait envie de plus d’intimité, mais on sent que le lieu regorge de lieux souterrains, plus feutrés, derrière les vitres des barbiers, derrière les rideaux décoiffés. Le jour tombe et nous prenons le téléphérique de Roosevelt island vers Manhattan. C’est superbe. Court, mais superbe. De retour vers Times Square, nous entrons dans l’hôtel Marriott pour aller prendre un verre au 48e étage. On est saisi par la beauté et le glamour du lieu. On nous place et nous sommes un peu déçus : c’est le seul endroit où la vue est obstruée par un bâtiment. Le temps de se demander où nous préférerions être, la vue a changé… Nous sommes sur une plaque qui tourne ! Ce lieu est à ne pas rater : boire un cocktail travaillé, servi par une belle plante afro-américaine, avec une vue à l’infini sur les lucioles des buildings, des ponts et des avenues new-yorkais, et tourner sans avoir à mouvoir le petit orteil. Sentir chaque minute comme un degré. Sentir la chaleur d’un cocktail à 360 degrés. À 20 h 30, nous rejoignons Geo et Marie à Williamsburg, pour manger japonais.

Instantané 8 : Manger une glasse à Coney Island

27 mars

Envie de faire une pause avec la ville. Le temps est superbe, nous prenons le métro pour Coney island. Le temps s’étire, la ville s’allonge et la pauvreté se découvre. On arrive enfin à Coney island, qui a des airs de fête foraine délaissée. Les w.c. de la station de métro sont pleins de bouses et de vomi, et bien sûr, vides de savon. Ça change un peu. On arrive sur la plage, qui n’a rien d’extraordinaire, mais qui nous fait un bien fou. On commande des hot dogs, un sandwich au homard, on prend une table de pique-nique avec les Américains en vacances puis une glace un peu plus loin : oh my god, it was expensive, but so delicious ! La plage est envahie par les Russes : il semble qu’on soit tombé dans leur quartier. On décide de faire une attraction : le Cyclone. Cette montagne russe (ah !! je comprends mieux..) qui a 85 ans nous fait plus peur que n’importe quel roller coaster moderne. On a la sensation qu’on va s’envoler avec les rails, dans un éclat de rouille, de bois et de poussière. À faire absolument.

Tant qu’on y est, on a envie d’aller au zoo. Mercredi, c’est la journée des enfants, non ? Direction le Bronx, autrement dit à l’opposé exact du lieu où on se trouve, déjà à des années-lumière de Manhattan. Le zoo du Bronx est le plus grand des États-Unis. Il a même reçu un prix pour son bon traitement des animaux. Le Bronx a des airs d’Harlem. Quartier à première vue vivant, mais un peu livide, coloré et pourtant terne. Au zoo, on est bouche bée devant les tigres. Mais l’ours polaire nous fait peine, car il fait les 400 pas. Et pour le reste, la plupart des animaux ne sont pas là. Sauf les hyènes : mais qui a envie de voir les hyènes, non, mais franchement ? Les girafes sont enfermées dans une pièce, avec une peinture de savane en fond. J’espère qu’elles apprécient. Quant au roi Lion, il faut aller à Broadway pour le voir… Sur le retour, on fait les courses en face du Barclays center. Incroyable ce que les jus de fruits sont gros et bon marché. Incroyable ce que le papier toilette est cher. Repas chez Geo.

Instantané 9 : Redécouvrir Wharol

28 mars

AHHHhhh ce matin, pas de métro. C’est décidé, on marche. On descend Brooklyn, rien d’intéressant jusqu’à ce que nous arrivons dans les Heighs, où l’architecture est riche, et rappelle l’Angleterre. Le quartier est vraiment plaisant, avec toutes ses petites boutiques indépendantes, ses cafés, ses toboggans, ses maisons élégantes et ses juifs. En hiver, les jardinets devant chaque porte donnent des airs de tombeaux aux maisons.

Nous continuons à marcher, dans l’idée de rejoindre Ikea, où j’ai vu qu’un ferry partait pour Manhattan. Le pont traverse l’autoroute, les avenues deviennent désertes et on marche dans un quartier qui de typicité, d’authenticité, passe à un aspect de plus en plus glauque, désert : on est dans la « cité ». Finalement, on arrive sur les docks, desquels on voit la statue de la Liberté entre deux conteners. Le Ikea est bien là (je commençais à avoir peur de nous avoir égarés), en face d’un parking pour les bus scolaire jaune, et le bateau aussi. Nous profitons de l’attente pour écrire quelques cartes postales. Il se met à pleuvoir. Le Water taxi nous conduit de l’autre côté en 20 minutes, peut-être moins, et donne des points de vue intéressants sur la statue et la ville. Il est gratuit pour les clients d’Ikea. 5 dollars pour les autres. Nous remontons Wall Street et visitons Soho, où nous nous arrêtons manger dans une sorte de marché couvert, où on peut trouver toute sorte de nourriture. Dommage que nous ne trouvions pas ça en France. Un endroit où l’on paye au poids, où l’on vous cuisine à la minute un plat de pâtes ou de riz, une salade, et où vous pouvez vous assoir un moment. En sortant, Annette craque pour des cupcakes : je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi bon. Georgetown cupcakes. Un délice. Des gourmandises jolies qui semblent conçues pour des magazines de mode féminin. Soho est un quartier génial. Nous nous aventurons dans quelques galeries, assez pour noter la différence incroyable qu’il peut y avoir entre chacune. L’accueil varie entre les hostiles (pfff, ils ne vont même pas acheter ces prolétaires de touristes), les naturels (hello, faites comme chez vous, nous on déballe les cartons), les relous (bonjour on peut vous aider ? vous êtes artistes ? acheteurs ? et quand vous avez passé la première dame aux grosses boucles d’oreilles la seconde, bien brossée, tête haute, arrive derrière), les sympas (ceux qui font des blagues et à qui ça ne pose pas de problèmes si vous prenez leur galerie pour un musée, posez des questions, trainez…) Je ne m’attendais pas non plus à trouver dans ces galeries autant de trésors. Du Wharol, Mars, Morris, Chagall… Et je ne m’attendais pas non plus à ce que ces galeries nous donnent autant à mâcher : de la nouveauté, même dans le supposément connu : saviez-vous que Wharol avait peint le père Noël, des chaussures de danse, Dracula ? Elles ont quelque chose de vivifiant par rapport aux musées. Peut-être parce qu’elles ne muséifient pas, justement. Elles offrent un autre regard, pour certaines d’entre elles moins convenu. Peut-être la meilleure façon de découvrir des artistes que l’on ne connaissait pas et de redécouvrir les autres… Soho est également truffé de boutiques chics, et de marché de créateur où l’on peut trouver des vêtements originaux (et aussi des ouvre-bouteilles importés de Chine que nous avions achetés 10 yuans – quelque chose comme 1€ – là-bas et qu’ils revendent 18 dollars ici…) Nous rejoignons Geo et Marie à East village, où nous trouvons un tout petit restaurant très sympa où grignoter le plat régional : burger frites, mais aussi des pois chiches fris, des beignets de cornichons géants, des beignets de saucisse… Léger, quoi. On a vraiment la sensation qu’ici, il n’y a pas de limite à la créativité. Les décorations intérieures, même dans les toilettes, rivalisent d’inventivité.

Instantané 10 : Plonger dans la mémoire du 11 septembre 2001

29 mars

Nous réservons des places pour le Mémorial (afin d’éviter la queue). Le temps est magnifique, on a envie de se poser sur un toit  et de siroter le soleil. À la place, on découvre les fontaines qui remplacent les deux tours jumelles. Ground Zero. Et on tombe encore plus bas, avec la chute d’eau qui file vers un trou noir, un puits sans fond qui semble relier le ciel et la terre comme the survivor tree, un poirier qui bourgeonne à mesure de son enracinement. Ce lieu à présent chargé de douleur (dommage que le film sur les survivants – émouvant, bien que très « américain » – se trouve au beau milieu du magasin souvenir : une tasse collector ? Un tee-shirt avant-après ?) est d’un calme paradoxal. Les ouvriers sont partout, en train de reconstruire le nouveau centre urbain ; le touriste aussi, se prenant une photo souvenir devant les fontaines souvenirs. Pourtant, on sent un calme, un repos de tous ces noms gravés dans la pierre, qu’on a envie de caresser avec les doigts. L’architecte qui a dessiné les fontaines (Michael Arad) a vraiment fait quelque chose de précieux. Pour les jeunes de ma génération, le 11 septembre 2001 aura vraiment été un évènement marquant. Je me souviens l’incompréhension devant les images, et surtout mon père qui, me ramenant (ou m’amenant à l’école) montait le volume de la radio en me disant « shht » : on écoutait, abasourdis, le son d’un effondrement dans la voix du journaliste et l’annonce souterraine d’une guerre à venir. Plus tard, c’est une tonne de questions qui affluaient, sur la possibilité d’un complot. On est encore bien loin des réponses aujourd’hui.

En sortant, on a toujours envie d’un verre en terrasse. On cherche un rooftop, mais celui que l’on trouve n’ouvre qu’à 17 heures. Aujourd’hui, pas envie de faire grand-chose, on a les pas terriblement lourds. On s’arrête pour picorer dans un restaurant « organic » dont on a trouvé l’adresse dans une bibliothèque du coin (pause-pipi oblige, on s’assoit deux minutes pour jeter un œil aux guides sur NY), artichaut et pizza à l’épinard nous lavent un peu l’estomac. On marche dans l’Upper East side, en direction du Guggenheim. Finalement, on y retournera le lendemain (puisque le samedi, c’est « pay what you wish »). On redescend la 5e avenue en bus, jusqu’à Chelsea où on rejoint Marie et Geo sur un rooftop magnifique, avec piscine. Ce sera définitivement mon activité préférée à New York : regarder la ville d’en haut, un cocktail à la main. Je fais un test de grossesse dans les plus belles toilettes jamais expérimentées, avec vitres donnant sur l’immensité new-yorkaise à la lumière du couchant. Négatif. De retour à Brooklyn, on se fait livrer un festin turc.

Instantané 11 : Faire une pause Lindt à Bryant Park

30 mars

Geoffrey nous cuisine des pancakes, Marie des crêpes aux œufs, bacon… On est bien soignés. De nouveau une journée shopping. Annette essaye une bague chez Cartier. Deux, à vrai dire : « Are you sure you wanna try this one ? » (5000 dollars, tout de même) C’est pas parce qu’on n’achète pas qu’on peut pas essayer, non ? La boutique est très belle, et on y est bien reçu. On se rend également chez Tiffany, 4 étages de diamants. Malgré la réputation du magasin, je trouve l’endroit moins plaisant. Nous entrons chez Lindt histoire d’avoir des chocolats gratuits, et on ressort avec 60 dollars de chocolats… Avec la déco de Pâques, difficile de résister. Et en plus le petit compliment à l’entrée, qui change Loïc des moqueries sur ses cheveux frisés : « Do you want a chocolate ? oh i love your hairs ! » New York, c’est vraiment cool.Peut-être le moment de noter d’ailleurs à quel point les New-Yorkais sont stylés, à quels points ils ont un style indépendant emprunt de créativité. Et les boutiques sont superbes : même pour quelqu’un comme moi, allergique au shopping, elles sont à visiter. Parmi tant d’autres, la boutique Converse est très belle : mur de chaussures accordées au couleur du drapeau américain, comptoir où l’on peut demander un design personnalisé pour ses chaussures et regarder le staff s’en occuper, chaussures sur lesquelles ont peut écrire soi-même… On fait un tour à Bryant park, derrière la bibliothèque, pour manger un cône Lindt.

Le soir, on visite Guggenheim et je suis envoutée par son architecture ingénieuse. Si seulement tous les musées étaient comme celui-là. Un vrai bonheur pour le spectateur que de pouvoir arpenter un musée sans avoir à choisir sa salle, de haut en bas sans avoir à prendre d’escalier, et surtout un musée à taille humaine, qui ferait presque penser à une immense galerie. Les toiles se trouvent comme le long d’une ballade ronde, en épousant les traits moulés d’une traversée de l’art. Il y a surtout des œuvres du groupe Gutai. Je suis heureuse de voir enfin des toiles que j’avais étudiées et dont je mesurais mal l’impact. La salle qui me touche le plus est celle consacrée à l’artiste indien Zarina, Paper like skin. La façon que l’artiste a de traiter le papier comme un épiderme, et de créer un espace de méditation sur la surface piquée, soigneusement lacérée, discrètement griffée, fait remonter les sens vers le rapport sensible de notre corps à l’écriture, au temps, à l’autre, au lieu, notre rapport de déchirement fusionnel à l’être et au picotement de l’existence, qui gratte, qui caresse, qui donne à penser l’infini dans un cœur de papier froissé. Je ne connaissais pas cet artiste. Je regarde son œuvre comme un livre d’émotions, un papier blanc où il n’est pas besoin d’écrire en noir pour raconter. Le musée a aussi quelque chose de ludique, surtout lorsque Geoffrey et Loïc s’amusent à faire des ombres chinoises derrière l’installation d’un écran et que les gens s’arrête pour regarder avec intêret : une performance ? ou lorsqu’ils se mettent à regarder une toile en se baissant / remontant, se baissant / remontant… jusqu’à ce que ceux qui arrivent derrière fassent de même : mimétisme, dites-vous ?

Le soir, nous testons un restaurant coréen. Pas le meilleur épisode de notre périple new-yorkais. On attend un moment, mais ils sont hallucinement organisés. Les clients ne cessent d’affluer dans le petit restaurant, on nous parque à chaque coin de mur et on vire petit à petit ceux qui mangent pour ceux qui attendent pour manger. On prend la commande pendant qu’on est debout, et à peine assis nous recevons nos plats. Il manque celui de Loïc. Je n’aime pas trop le mien, mais alors que je tourne la tête 3 secondes, vraiment 3 secondes, peut-être même 2, je me retrouve avec de la sauce pimentée dans le plat. La serveuse m’a mis du piment, et ma bouche s’enflamme. Je me dis que c’est l’expérience coréenne, tant pis. Ils apportent la note avant même qu’on ait fini, et on laisse 10% de pourboire, en se disant que ça doit être suffisant (et aussi parce que leur machine à carte bleue est en panne). En sortant, on se fait littéralement agresser et on nous oblige à payer 20%. Bref, on s’énerve un peu même si c’est aussi notre faute, car on avait qu’à dire que le service était mauvais, ou payer un pourboire conséquent (mais vu le mal qu’ils se donnent, on avait pas trop envie de rechigner). De retour à l’appartement, j’ai envie de sortir, de profiter de notre dernier samedi soir à New York, mais Loïc et Annette, qui sont malades depuis ce matin, sont désormais hors service.

Instantané 12 : Fêter Pâques à la new-yorkaise

31 mars

On cache des œufs dans l’appartement et on gonfle des ballons en attendant que Geo et Marie se réveillent. On tente d’aller voir l’expo de Games of thrones, en vain. Trop de monde, tout est complet. Une partie de la 5e avenue est fermée pour la parade de Pâques, on en profite pour regarder ceux qui se sont habillés pour l’occasion. Un lapin femelle de 12 ans environ passe à la télévision en mangeant sa carotte. On fait un tour dans le Meatpacking, pas loin de la higline, pour trouver un endroit où bruncher. On s’arrête finalement dans Greenwich, où on prend des œufs pochés sur lit de saumon et muffin anglais. L’endroit est « branché ». Retour à Brooklyn, dans notre maison rouge, pour récupérer Annette la malade et nos sacs. On prend le bus à Port Autority pour se rendre à l’aéroport. 16 dollars, 50 minutes. L’heure tourne et on commence à avoir peur. La sortie de New York est embouteillée, il pleut averse. Le chauffeur, sans doute un mexicain, a bonne mine, et nous rassure : vous y serez à 19 h 20. Dans le bus, je discute avec des Colombiens, surprise de retrouver le fil de mon espagnol un peu perdu. Je me dis que les colombiens ont l’air aussi gentil que ce que l’on m’en a dit, qu’il faut que l’on y aille (en Colombie), jusqu’à ce qu’il me tende sa carte en me disant qu’il loue des appartements, pas cher, 1500 dollars pour 2 semaines, vraiment pas cher pour nous les Européens : je vois qu’il bafouille sur le prix : évidemment, il m’a pris pour un poisson. Je suis un peu déçue, mais c’était sympa de tester mon espagnol quand même. On saute du bus au terminal C et courrons vers l’embarquement. Ouf, il est encore temps, et on est accueilli par un petit bonhomme : « Fuentes ? Fuenntesssssssssss !!! » : et il nous montre son badge : « Familiaaaaa !!!! » On a le même nom, et ça a l’air de le rendre vraiment très content. Lui est philippin. Il dit à ses collègues de prendre soin de nos bagages. On embarque finalement à l’heure, et on passe la nuit au-dessus des nuages, à essayer de nous endormir en vain. On passe de la nuit au jour, dans le ciel, la transition est belle. On échange la lune, rouge, puis blanche, contre le soleil. À l’intérieur de mon hublot, de la glace.

Instantané 13 : Retrouver Paris

1er avril

Arrivés à Paris, on prend le RER, 9€50 pour rejoindre Paris. Un Rom joue de l’accordéon : je me glisse dans la peau d’une touriste : ah, Paris ! Mais la première vision de Paris est loin d’être romantique. Il faudra attendre de prendre le métro à Denfer et de voir défiler les immeubles haussmanniens se découpant sur un ciel bleu pour sentir son cœur chanter gaiement. Annette habite au pied du métro Dupleix. Face à la tour Eiffel, dont on voit le sommet derrière les toits gris. Ca aussi, ça donne envie de chanter. Et Paris est si basse. On cherche une boulangerie : tout est fermé. On a quitté New York la grouillante et on regagne un monde dépeuplé, où les cyclistes paraissent bien tranquilles et où les clochent s’apprêtent à sonner. Il n’en fallait pas plus pour que l’on s’endorme et manque de rater notre train, à quelques secondes près. Toulon, nous revoilà de justesse.

5 minutes suspendues à New York sur Vimeo

  1. Anne Philippe
    10 avril 2013 à 8 h 10 min

    Ne manquaient que les photos pour que le reportage soit complet, sinon parfait … et bien voilà qui est fait ! Néanmoins … peut-on réclamer pour renouveler notre plaisir, quelques petits dessins … égratignures savantes et suaves que sait si bien réaliser l’illustratrice ?

    1. 10 avril 2013 à 8 h 18 min

      Ils sont sur les cartes perdues dans l’univers postal 😉 Il faudra que je m’y mette, mais ce n’est pas à l’ordre du jour…c’est vrai que les dessins se lisent plus facilement 😀 et merci à ma plus fidèle lectrice !