Visages Andalous

28 septembre, Séville

Une semaine sans écrire. Mes parents nous ont rejoints pour quelques jours. C’est comme si plus on multipliait le nombre de personnes, plus le temps était divisé. Je suis sur le toit d’une auberge sévillane, je surplombe l’animation de la place et quelques cours intérieures. Chaque maison ouverte sur le dehors et à la fois recroquevillée sur son secret. C’est le principe du patio. Le vent est venu chasser la pluie.  Il fait à la fois frais et atrocement lourd. Je suis comme droguée. Par le trajet, la fatigue, les émotions, et le rhume qui traîne un peu. Je repense à la semaine qui nous a menés de Madrid, la capitale de l’Espagne, à Séville, la capitale de l’Andalousie. Nous n’avons pas eu envie de rester plus longtemps à Madrid, et mes parents ayant pris la route pour Malaga, nous avons trouvé un point de rendez-vous à Cordoba. Entre temps, une nuit à Tolède, très belle ville, très riche et très touristique, plantée à une heure de Madrid, et qui restera pourtant pour moi sans cachet particulier. Le voyage est aussi une question d’humeur. On colle sur la ville le bout de scotch que l’on a à l’esprit. Je ne sais pas pourquoi, mais le mien ce jour-là était gris sablé. Le tourisme a vraiment dû changer la physionomie des villes. En cherchant un supermarché, nous nous sommes éloignés du centre, et avons parcouru une autre cité, différemment vivante, inexplorée, sympathique sans être belle, celle où l’on peut sentir l’atmosphère d’un lieu moins… photogravisité. Rien à y voir, tout à sentir. Et voilà comment nous avons acheté une boîte d’olives et des chips au Dia, consommés plus tard sur la terrasse de l’auberge Oasis : très bon rapport qualité-prix, au passage. Tiens, un groupe de femme chante et tape des mains. Ambiance flamenco. Loïc revient avec un bol de thé.

Donc, pendant ces quelques jours, visite de Cordoba et son centre magnifiquement historique, nuit dans une auberge très sympathique et bière à touriste, du genre que vous payez quatre fois le prix… On ne nous y reprendra plus. Et cela fait des souvenirs… Le lendemain, après la visite de la charmante Cordoue de jour, nous nous arrêtons dans un petit village, et jetons notre dévolu sur le bar du centre : la Puerta del Sol. Là, les papis vous saluent et on vous accueille avec une rare chaleur rayonnante de simplicité. Cuisine excellente, on a peur de l’addition et elle s’avère ridicule. Alors on fait comme les locaux, on ajoute un melon et un saucisson. L’ambiance de ce lieu, les hommes accrochés au bar, les familles autour de la table, les travailleurs du jour accoudés devant leur soupe froide, l’ambiance de ce lieu est incroyable. On nous demande si on veut du rab’ (Loïc impressionne par sa capacité à faire briller l’assiette), on nous fait goûter les tapas du coin, on nous chouchoute et c’est un bonheur rare, vraiment. Tout à coup, oui, on aime l’Espagne, profondément. Ah, le pouvoir des papilles…

On s’en va digérer sur les bords d’un ruisseau émeraude, avant de retraverser les déserts d’oliviers jusqu’à Malaga, où l’on trouve un autre foyer. La Residencia universitaire San Paula, où l’on aime l’accueil simple et les grands couloirs labyrinthiques. Malaga est étonnante. D’abord, surtout quand on y passe en voiture, un peu déroutante, quelque chose de Marseille. Puis finalement accueillante, jeune, multiple, sans trop de touristes, sans trop de travailleurs, sans trop de fainéants… et sans trop de beauté non plus, mais pleine de charme. Équilibrée dans son désordre. Nous nous baignons, buvons des mojitos, mangeons du poulet… bref, un air de vacances, sa mélodie même, avec la touche la plus exotique dans le regard possédé des vieilles dames trop maquillées qui lancent le dé sur les tables en pierres des quartiers périphériques. Le mercredi soir, pinte à 1 euro… On en profite un peu.

Puis la route entre Malaga et Motril, où l’on trouve la très belle plage de Nerja. Bananiers, galets, eau turquoise et ville blanche. Les balcons de l’Europe sont beaux, mais résolument touristifiés. Nous quittons le bord de mer pour les terres, et les paysages se font de plus en plus hostiles. La générosité des oliviers devient l’âpreté des herbes brûlées. Puis c’est la visite de l’Alhambra, arrivés à Grenade, qui nous époustoufle. Jamais rien vu de tel. Le Taj Mahal peut se rhabiller. Il est magnifique, bien sûr, en apparence, mais la richesse intérieure de l’Alhambra, ses parures valent tous les subterfuges maharajiens. Le travail du marbre et du bois, par-dessus tout, impressionnent. Et le site devient intéressant lorsqu’on y observe les marques du temps : un mur partagé entre tel et tel siècle, ceci voulant également dire entre tel et tel règne : catholique et musulman. Il y a l’empreinte de Dieu, ou plutôt de la FERVEUR humaine, dans chaque pièce sculptée… Les plafonds… Les fontaines… La vue sur Grenade est aussi prenante, des quartiers militaires dont on ne devine plus que les fondations.

Nous trouvons une autre ambiance dans les Alpujarras, où nous arrivons de nuit après avoir bravé les dangers de la ville de Grenade : les sens interdits d’abord, puis les rues où l’on sue et se ronge les ongles à essayer de faire passer l’auto entre deux murs (le panneau disait bien : attention pas plus d’1 mètre 80 de large… on a bien failli y laisser nos ailes), la fourrière évitée de justesse pour le parking enfin trouvé qui était en fait destiné aux livraisons jusqu’à telle heure, enfin les interminables bouchons de fin de soirée… La petite ville de Lanjaron nous offre donc encore une autre atmosphère, petite ville de montagne longiligne où les petits vieux remplissent les fauteuils de comptoir et les allées de chaises tournées vers la route. Nous choisissons l’Hôtel Central et ses chambres spacieuses, très vieilles, mais soignées, pour 32 euros. Le couple âgé qui s’occupe de l’hôtel est un des plus attachants que l’on a croisé. Encore une bonne surprise quand nous allons prendre le menu du jour au restaurant de l’hôtel voisin, où le service est formidablement souriant et attentif, la nourriture sympathique et surtout très bon marché. Le lendemain, nous grimpons un peu la Sierra avec le Duster, et tombons sur un troupeau de chamois en train de traverser la colline noire, qui a brûlé. Le village compte, derrière des rideaux de lambeaux noirs, une épicerie qui vent de tout, sauf l’envie du jour : un sirop. Les maisons sont blanches, et la lumière, malgré les nuages, éblouissante. Nous redescendons vers Grenade, où nous prenons le bus de 15 h 30 pour Séville… La plus grande ville andalouse nous attend.

 

  1. Anne
    2 octobre 2013 à 19 h 25 min

    Tout est saisissant de réalité…et beau ! Loïc avait raison : pas besoin de photos … mais à condition d’avoir Ambre comme mémoire vivante 🙂