Des noces de cuir dans le maquis

C’est vrai, on vous avait habitués aux voyages avec un sac à dos et une paire de baskets. Mais déjà, on vous avait étonnés avec la BMW-hôtel en Norvège. Et on revient ce Noël avec le séjour à Murtoli. Murtoli, c’est le nom d’une famille, d’un domaine, d’un lieu exceptionnel. C’est vrai, le paradis, un tour du monde nous l’a appris, est à l’intérieur. Mais quand même, dehors, il en existe aussi qui communique avec ce qu’il y a en vous – d’humain, de curieux, de beau ?
La Corse : terre de passion. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais de mon côté, de mon petit intérieur, j’ai envie d’y parler plus, d’y rire plus, d’y courir plus, d’y jouir plus, d’y manger plus, d’y penser plus… La Corse : on y vit à fond, et simplement. Ce que les maîtres des lieux proposent, de ces lieux dont on sent de toute façon qu’ils resteront sauvages, libres et entiers, ce sont 2600 hectares, 60 kilomètres de piste, une plage de 8 km de long, une crique, le maquis, une grotte et des bergeries ici et là dans lesquelles faire une halte pour… vivre plus. Respirer la nature, la Corse, l’air du luxe, le sanglier, l’eucalyptus, la terre, les savons de l’Occitane, le romarin planté dans son morceau d’agneau. La halte, on aimerait qu’elle dure toujours. Le Paradis, c’est l’idée qu’on en a, non ? Après une vie de préoccupations diverses, l’éternité avec vue sur la mer… et le lion de Rocapina. Au détour d’un col, un portail à la fois imposant et discret vous ouvre les portes du bonheur, de l’exclusif, de l’immensité intime.

De la publicité ? Non : il s’agit de transmission. L’héritage que s’applique à mettre en valeur la famille Murtoli, on a envie, quand on l’a découvert, de le faire partager aussi. De vous chuchoter à l’oreille : « allez-y » – mais que ça reste un secret. Donc, vous parcourez la piste, râpez un peu la jupette de la golf, passez des flaques et peignez votre carrosserie avec de la terre, bravez les épreuves de la route, quoi, et gravissez une autre colline jusqu’à arriver, au bout de quelques kilomètres, par le même sentier emprunté par les moutons, à « votre » bergerie. Oui oui, elle vous appartient tout de suite. Pour une nuit, mais peu importe, vous l’adoptez. C’est une histoire d’amour. La piscine, la roche, le bois, les oliviers, le bouquet de rameaux et de romarin, le paysage entier, la vallée et la mer, les vaches et les oiseaux, les formations rocheuses animales et les pierres sur les tuiles, la couronne de sapin sur la porte et la chaussette au dessus de la cheminée, le peignoir molletonné et le lit immense, le feu dans la cheminée et le livre sur la chasse : tout vous appartient pour 24 heures. Franchement, vous regardez le lion de pierre, et vous vous sentez le roi du monde. De la jungle corse. Le roi de vous-même : en phase avec votre être. Et quand, le lendemain, vous entendez le léger grincement du portillon en fer forgé et un tout petit bruit devant la porte, vous savez que c’est le petit-déjeuner qui est arrivé. Noël avant l’heure : Saint-Nicolas est discrètement passé. C’est l’heure de déguster les produits régionaux ou sélectionnés avec soin.
Le soir, nous sommes allés au restaurant de la Grotte, avons marché dans la nuit, entendant les sangliers, jusqu’à ce lieu magique, où Karim nous a servi avec autant de sourires que l’on aimerait en recevoir chaque jour. Le chef nous a salués : ici, peu importe que vous soyez Madonna ou juste vous, on vous accueille de la même façon. Nous étions seuls dans le restaurant. La grotte est sublimissime. Parée pour Noël, des branches de sapin formant des plafonds entiers. Éclairage à la bougie, arbouses en chemin de table. Waouh. De la terrine de grive en entrée et son pain chaud, bien juteux, de l’épaule d’agneau et ses légumes de potager, du fiadone (au brocciu et à l’orange) : purs délices de générosité. Un vin de Calvi et vous rentrez sereins jusqu’à votre humble havre luxueux. Et ne me demandez pas si les grands ours ont goûté l’eau de la piscine à débordement un 22 décembre : c’est une évidence. Je l’ai dit, ici, on vit plus. Et : oui, elle était gelée. Un bol d’eau norvégienne (on est habitués).

Nous sommes le 24 décembre, il est trois heures du matin et je profite de ma nuit blanche sur le bateau pour écrire. J’ai un peu mal au ventre, le bateau tangue et nous avons bu la bouteille d’Etchart rescapée du mariage il y a deux ans jour pour jour. Cher Papa Noël, j’aimerais une bergerie à Murtoli. Merci au domaine, à Valérie, pour leur accueil. Merci à la Corse d’être si belle et farouche, et de nous avoir donné deux jours de soleil magnifique, un couchant rose sur Propriano, de la brume descendant les collines d’Olmetto, un sourire de papé à Bavella, la drôle d’image de deux ados à capuche venant de voler un oranger à Sartène et dévalant les escaliers, enfin cette perturbante présence sur la route pour Palombaggia : deux têtes de sanglier sur un rocher tagué « FLCN ». Ça vit, la Corse.

  1. Anne
    16 mai 2014 à 4 h 50 min

    Comme tu as raison Ambre, la Corse, “on a envie d’y vivre plus” … “Oui oui, elle vous appartient tout de suite” … Même “Pour une nuit, mais peu importe, vous l’adoptez”.