Facebook & moi & moi & moi

Facebook. Une révolution. Des avis partagés. D’un regard hargneux [pfff c’est pour les nazes, la nouvelle génération de glandeurs-idiots], je suis passée à une vision fascinée. Facebook. Wouaou. Quel outil. Outil de défiguration, pansement, boîte aux lettres, marteau, laisse, caisse, espion. L’outil à tout-faire. Une boite à outils virtuels, et efficaces.
Je représente un type des utilisateurs facebook : celui qui a un compte, pas trop d’amis, suffisamment pour ne pas être ringard, quasiment pas de photos, mais juste assez pour qu’on me reconnaisse (en tant que fille jolie bien sûr), pas particulièrement d’infos, juste assez pour le dire: ce que je fais c’est ça, si je vous intéresse, il y a mon adresse mail, là, quelque part dans la boite.
Je suis l’utilisateur moyen de facebook, qui publie une actualité tous les 6 mois, qui ajoute un ami tous les 6 mois et, tiens, une photo aussi. Facebook me sert à rester en contact avec la plupart des gens, “prendre des nouvelles”, comme on dit. En vérité, à surveiller, traquer, espionner. Le potentiel facebook est un potentiel Derrick. Ça alimente les conversations : “t’as vu que … ?”; ou ça les vide : “oui, je sais, j’ai vu.”
Bref. Je ne navigue pas beaucoup sur ces eaux-là, juste assez pour voir que l’utilisateur minimum ne lâche rien de lui, même pas son identité, et l’utilisateur maximum, tout, jusqu’à sa moindre pensée : Éric “est aux toilettes”. Mais la subtilité de facebook est de faire de soi-même un petit Napoléon (pléonasme en effet), de faire de soi-même un personnage à la troisième personne, un personnage en activité, qui se regarde lui-même. Facebook le regarde. L’utilisateur maximum donne son corps à la science facebookienne, il vide sa personnalité  — et se vide par là de toute possibilité d’être plus profond que son goût prononcé pour la voile, le chanteur Ben Harper, les gâteaux aux fraises et le Mali. De cet utilisateur là, on sait tout: passé, présent, futur : il a un potentiel de projection contredit par celui de son inexistence même: sa présence sur facebook figurant de son absence à soi-même. Facebook, terrain de jeu, de chasse, de publicité.
Et que se passerait-il si facebook disparaissait? Facebook soutient la vie de millions de personnes. Il leur assure une existence sociale. On a jamais été aussi peu seul qu’avec facebook. Votre rêve était de partager chacun de vos instants avec ceux que vous aimez ? C’est fait. Et même avec ceux que vous n’aimez pas.
Facebook fait peur, facebook est beau et intelligent. Mais ce n’est pas de facebook dont les gens ont vraiment peur: c’est de la société dans laquelle nous sommes. Cet outil la résume si bien qu’il représente la révolution d’internet toute entière. World Wide Web. Une prison de liberté.
L’extravestissement de l’homme. Son épanouissement frénétique?
A quoi faut-il croire? Il semble que ce soit l’une des questions que se posent les non convertis avant de franchir le pas vers la religion facebook.
Mais alors qui ne sent pas concerné, appelé, vers facebook? Si ce n’est pas seulement un moyen de diffuser, d’informer et surtout de devenir fou et délinquant du web, et que c’est aussi un moyen, juste, d’exister sur la toile (autrement dit: le miroir du monde comme le tableau en son époque), quel profil humain est incompatible avec un profil utilisateur?
Le non-utilisateur est un septique résistant conservateur extraterrestre. Mais ne lui ôtons pas son mérite: il est indépendant. Lui, il n’a pas besoin de facebook. Alors voilà, pour, de non-utilisateur, passer à des utilisateurs intelligents, n’oublions pas de ne pas avoir besoin de facebook, et de le mettre au fond de son ordi comme la boite à outils à l’arrière de la voiture. A ne sortir que lorsque cela est nécessaire. Mais qu’est-ce qu'”être nécessaire”? Ne croyez tout de même pas que je puisse répondre à cette question. Amen.
Pardon: “J’aime”.

A voir: The Social Network.

  1. Johanne
    23 septembre 2011 à 8 h 30 min

    Un petit tour sur le blog “par hasard”. Bien résumé, l’effet facebook. À mon sens, c’est assez “dangereux”. Si tu es un utilisateur comme moi, tu t’en sers uniquement pour “espionner” la vie des autres (c’est assez inconscient puisque à l’origine, comme tu le dis, c’est pour “garder contact” avec certaines personnes), mais tu tiens à ne rien mettre sur ta propre vie. Une façon de “se protéger” mais en observant par contre le “blabla” du voisin. S’il faut “s’efforcer” à ne pas y jeter un oeil régulièrement, en toute honnêteté, ne vaut-il mieux pas supprimer son compte … ? Personnellement, j’y songe … Mais je connais beaucoup de personnes (des participants extrêmement modérés) qui y sont revenus … À méditer…

    1. 23 septembre 2011 à 8 h 57 min

      merci pour l’apparition 😉 !!
      je pense qu’il faut être un utilisateur détaché, enfin chacun fait évidemment ce qu’il veut (quoi que…l’utilisateur s’expose justement à des critiques sur ce qu’il entend être sa vie privée.. et qui ne l’est plus, donc à la possibilité d’être critiqué dans son utilisation même de facebook), mais que le refus total de facebook n’est pas forcément justifié. C’est quand même une technologie incroyablement puissante. J’aime l’idée de l’utiliser juste pour être “présente”, trouvable sur le net, et presque “être sociable” puisque maintenant, quelqu’un qui n’est pas sur facebook est vu comme une personne “associable”. Il ne fait pas “entièrement” partie de la société actuelle. Bon j’exagère surement. De voir le film m’a remué les idées. Facebook m’a semblé encore plus important qu’avant. Pas dans ma vie, mais dans la société. Un peu comme si chacun pouvait représenter son propre magasin (d’idées, d’images, etc.)

  2. 23 septembre 2011 à 10 h 54 min

    Je comprends bien ce que tu dis, et c’est intéressant et je suis peut-être naïve, mais à mon avis, passé un certain âge (30 ans ?), et pour certains utilisateurs, il ne s’agit plus d’espionner les autres ou de s’exhiber soi-même mais réellement de rester en contact avec des amis et membres de la famille dispersés géographiquement. En tout cas c’est comme ça que je l’utilise. Et pour moi qui travaille à la maison, c’est un peu comme une pause café pour prendre des nouvelles des copines.
    En revanche je suis hyper méfiante sur l’utilisation que fait FB de nos données et je n’autorise jamais aucune appli à avoir accès à mes données.
    (revenue sur ce blog par Hellocoton mais je crois que j’avais déjà lu ici des critiques littéraires et textes qui m’avaient bien plu).

    1. 23 septembre 2011 à 11 h 01 min

      Je suis d’accord avec toi, bien sûr il est possible de faire une “bonne” utilisation de FB, et je trouve même qu’on y voit souvent trop de négatif alors qu’à partir du moment où tu sais “”gérer” ta vie, c’est justement un outil génial! Je parlais des utilisateurs “maximum” , pour ce qui est du côté exhibition etc., pas des autres… (merci pour la parenthèse :)) Bonne.. pause midi?

  3. Anouchka
    25 septembre 2011 à 9 h 47 min

    J’apprécie cet article dans son entier, et …je suis ravie de me reconnaître en ce : ” non-utilisateur […] septique résistant conservateur extraterrestre […] indépendant [qui] n’a pas besoin de facebook.

    1. 25 septembre 2011 à 9 h 57 min

      bravo 🙂 mais que penses-tu de son utilisation (par les autres)? pour, contre? mitigé?

      1. Anouchka
        18 novembre 2011 à 9 h 30 min

        Je viens de prendre connaissance de ta question Ambre…mais, ne pressens-tu pas ma réponse : ni pour, ni contre, mais seulement une certaine indifférence, et un avis qui ne peut donc être que “mitigé”… avec une inclination pour le pour, lorsque l’utilisation en est intelligente (voir Delphine, un peu plus haut).

  4. Oracle
    26 septembre 2011 à 22 h 19 min

    Je ne saurai trop vous déconseiller d’être septique ou putréfiées mais libre a vous d’épouser les principes sceptiques.