Les grands ours au Royaume Uni

21.10.11, dans l’avion.

Embarquement sur la piste. Il y a des queues partout. À l’enregistrement, aux passeports, dans le couloir, sur la piste, dans l’avion. Les places ne sont pas numérotées. Nous sommes les derniers de la file, mais trouvons quand même deux places à côté. Au décollage, pas de palmiers. Le soleil rend la mer éblouissante, l’aile de l’avion coupe la vue en deux : à droite, la terre, à gauche, l’eau. D’en haut, l’île de Porquerolles semble absolument déserte. Toulon, au contraire, paraît très peuplée. La rade est belle. D’Hyères, je ne vois pas grand-chose sauf un bout de Giens quand l’avion bascule vers l’Ouest. Les vagues rident la mer de façon à donner l’impression de voler au-dessus d’une tapisserie bleue – et brillante. Dans l’avion, mal au cœur et aux oreilles : l’isolation est une isolation de low cost. Dans le magazine Ryan Air, il y a un extrait du calendrier 2011 des hôtesses en maillot de bain. La nôtre aurait pu poser : blonde aux grands yeux bleus, chignon tiré et rouge à lèvres sur jambes longues. Mais pas très souriante.

22.10.11, Great Tew.

Traversée de l’aéroport longiligne de Stansted, échangeons 1100 euros contre 854 pounds, arrivons au comptoir de Hertz, où, prête à nous donner les clés, la dame rouge aux cheveux jaunes nous retire soudain leur garde : « your credit car dis decline ». Shit. Il y a un souci avec la MasterCard. La dame gentille à l’air froid nous laisse passer tous les appels nécessaires, et comme d’habitude, inutiles. Dernière nous s’amassent les clients. La dame froide à l’air gentil s’éclipse et revient avec un papier jaune : elle nous fait une fleur. Nous laisse partir sans caution et avec les clefs d’une golf 6. Parking n°77, la voiture grise cligne des yeux orange. Wouaou. Quel confort. Nous quittons le parking et Loïc a un doute : arriverais-je à conduire sur la gauche avec un volant à droite et des vitesses sur ma gauche ? Les routes sont larges, les voitures disent : l’Angleterre est riche, le paysage est vert, plat – des arbres, des arbres… Nous finissons par quitter l’autoroute et prendre la route minuscule qui nous mènera à Great Tew. C’est un pas dans le temps. Il fait nuit et les lumières éclairent des maisonnettes à la Blanche Neige. Nous nous arrêtons pour demander notre direction dans une auberge de bord de route. Personne au comptoir, et la fille du restaurant est d’une froideur déconcertante. La chaleur du lieu ne colle pas avec l’atmosphère hivernale. La route est une succession de hameaux dont la vie se concentre chaque fois autour d’un pub. À Great Tew, notre auberge est charmante, mes cheveux restent accrochés un peu partout aux poutres auxquelles je me cogne. Ce matin, petit déjeuner énorme, et la serveuse d’hier ne nous dit pas bonjour : j’avais bien dit à Loïc que le pourboire, c’était au moins 10 %. L’Angleterre, c’est cher. Et il fait beau.

22.10.11, vers Cheltenham

Nous avons percuté un animal. Choc violent. L’aile gauche est froissée. Un réceptionniste indien fait semblant de nous aider. L’Angleterre me fait peur.

Visite des Cotswolds. Hors du temps, cimetière aux arbres taillés, toujours un pub éclairé. Des animaux écrasés et décapités le long des routes. Des villages enchantés aux gens insipides. Des hommes à béret, des fermiers dans de luxueuses berlines. Moi qui ne peux toujours pas ouvrir ma portière. Oxford, magnifique : Disneyland pour étudiants. Quelle architecture ! Richesse, élégance, jeunesse. Nuit dans la voiture, tordus quelque part au-dessus des lumières lointaines de Cheltenham, sous les feuilles rousses.

23.10.11, Snowdonia

Routes à virages, petites et mignonnes, comme tout ce qui est anglais, sans pour autant être accueillant. Route jusqu’à la mer –je n’attendais que ça, traverser vite le pays de Galles pour voir la mer. Le Pays de Galle est un joli pays qui frissonne. Joli, mais qui ne retient pas. Le littoral ressemble à la Normandie. Une eau plus verte, une lumière d’un jaune plus pâle. Nous visitons la cathédrale de St David’s, surprenante et superbe. Les tombes, toujours, comme des pierres de vérités échouées ici et là. Le ciel, bas, lourd… le fameux couvercle. L’obsession : combien va nous prendre Hertz pour le « damage » ? Quelle autre solution ? Quel était cet animal ? Nous n’avons rien vu surgir, aperçu des pattes frapper à ma gauche. Route sinueuse encore, et nuit dans le près d’une ferme à l’entrée du parc Snodownia. Pluie, flaques, feu avec du bois mouillé, tasse de thé tiède accroupis entre les limaces : vacances à l’anglaise. Pas envie de trainer au Pays de Galles.

24.10.11, Lake district

Visite de Chester. Départ à pieds depuis le park&ride (principe qui permet de garer gratuitement la voiture puis de prendre un bus pour le centre-ville). Belle, très belle ville entre des murs romains. Je me sens à Strasbourg. Route jusqu’à la région des lacs, que nous ne verrons finalement qu’à la tombée de la nuit. À Hawkshead, on nous demande 50 £ pour camper : merci, nous dormirons dans a voiture, c’est moins cher de se prendre une amende. Accueil antipathique. Nous mangeons dans un pub génial. « Ça ne vous fait rien, il ne reste que cette toute petite table, là-bas au fond dans le coin… » : vraiment génial. Tapisserie en tissus à carreaux, petit banc pour petite fenêtre à colombage, ambiance feutrée et chaleureuse. La nourriture est EXCELLENTE. La bière aussi. Canard sur lit de choux au cherry. Cheese-cake et pudding au caramel chaud… Tout est fait maison, on ressort un peu bourrés et heureux sur le chemin de nulle part qui nous fait nous arrêter dans un premier parking de bord de route. Au loin, les lumières des voitures nous paraissent menaçantes ; nous parcourons encore quelques kilomètres avant de trouver un parking isolé. À 6 h, une voiture nous rejoint, puis repars… Assez pour nous réveiller. Je rêvais qu’un loup voulait manger le renard qui se trouvait dans la maison. Qu’est-ce que je préfère ? Le loup ou le renard ? Au lever du jour, timide, pluvieux, nous filons vers le dernier lac avant de prendre l’autoroute pour l’Écosse.

L’Écosse ! Nous sommes le 25, et l’Écosse nous a déjà séduits, en quelques heures à peine. Les gens sont plus sympathiques. Le patron de la guesthouse, la femme à qui je demande notre direction, l’employé d’Hertz-Glasgow qui rit en demandant si c’est un éléphant qui nous a percutés, et nous conseille de passer par un garagiste plutôt que de payer plein pot chez eux. Nous visitons Glasgow, en friche, une espèce de New York hyper agréable – New York, le côté Brooklyn, tons rouges et gris, parkings défoncés, salle de gym dans un hangar. La ville me plait beaucoup, surtout le quartier excentré où nous sommes, West End, et cette sublime guesthouse, dont le chat énorme, un Félix obèse, me persécute quand je prends son fauteuil pour écrire. Très bon restaurant pas loin de l’université (qui comme toutes les universités d’ici est un château), où nous goutons le haggis. Au dessert, cheddar avec fines galettes au beurre, pomme, compotée, raisins frais.

26. 10.11, Musée de Glasgow

Les musées écossais sont vraiment géniaux. Ouvertes à l’enfance, à l’humour, les collections sont présentées avec une méthode « comparatiste ». Passé/Présent, Soi/L’Autre… Il n’y a pas de séparation, d’un côté, le musée de l’Islam, de l’autre, Le Louvre, etc. Il y a, face à face, des objets du monde entier, l’armure d’un Micronésien du XIXe face à celle d’un anglais. Les histoires sont racontées par des « gens », l’Histoire est montrée comme une sélection d’histoires. Tout, ici, est au pluriel, on prône la multiculturalité, on incite à la pensée, sans gravité. C’est un peu moraliste, mais léger. Les cartels s’adressent à l’enfant qu’il y a en l’adulte : au reste de souplesse dans nos cervicales pensées. On nous parle d’un marin, « the nicest person in Glasgow », disaient ses voisins, de cette mère, cette femme, qui  nous raconte la mort de son fils le jour où il portait un tee-shirt des Celtic. On nous informe aussi sur la façon dont les collections sont réunies et dont le personnel du musée entre en contact avec les autres cultures (ils inventent le musée-responsable, dirait-on). En lisant une frise historique, je mets une pensée dans un coin de ma tête : quand on cherche à détruire un homme, ou plutôt le pouvoir qu’il représente, on le déloge : on le prive de lieu.

Au premier étage, les peintures (Allemagne, Italie, France…), et pour chacune d’entre elles, un cartel-livret plastifié où l’on apprend qui est le peintre, quel est le sens de son œuvre, ce que l’on a pu dire de lui (une citation de lui ou d’un critique de son temps). Le musée est ludique, franchement fascinant et antiprétentieux. À l’image de Glasgow. Il donne son sens à la diversité –melting pot d’objets.

27.10.11 Glasgow -> Fort Williams

Camping sous la pluie avec paysages d’orangeries lunaires. Écoute du deuxième CD acheté au hasard à Glasgow, Elbow (avons envisagé comme signe du destin le fait de reconnaitre la pochette comme notre repose bière du pub de Hawkshead) et Noah and the whale. La musique va avec le temps, les notes roulent le long des vitres.

Nous avons visité deux garages. Le premier nous a permis de pouvoir rouvrir ma portière (tout en aggravant les meurtrissures de la carrosserie). Le second nous a confirmé qu’il faudrait remplacer l’aile, et que cela prendrait du temps. Cet accident nous aura au moins permis de partir à la rencontre des garagistes écossais (serviables). Nous avons marché trois heures sur le Ben Nevis, entre les fougères, dans le brouillard et les arcs en ciel, avant de reprendre la route. Visite de Plockton, le village aux palmiers. Par beau temps, il parait que l’on reconnaît les eaux caribéennes… Nous avons juste croisé des poissons morts avec vue sur le château. La route est on ne peut plus étroite. Et superbe. Sauvage désert, où la circulation pourtant est assez régulière pour rendre la conduite stressante. Nous passons Ullapool (pas un chat, trois gosses qui jouent au ballon dans la nuit et ce vieux qui roule son tabac). Nous nous arrêtons dormir dans un chemin de centre de recyclage. Un camion passe, mais ne nous dit rien. Ce matin, nous partons pour Durness par l’A835.

29.10.11

La route entre Ullapool  et Durness est enchanteresse. Désert aux mille oasis, les reliefs sont doux, les couleurs, automnales, chaudes. Parfois, on  croit rêver : un cerf traverse, puis deux, puis trois… un troupeau de ces têtes boisées défilent sous nos yeux. La route se rétrécit encore, et on ne croise plus personne. La mer, comme le ciel, est à la fois sombre et lumineuse. À Durness, elle ne s’écrase pas violemment contre les roches, mais s’étale, turquoise, le long des plages de sable fin. Les moutons sont partout, indifférents aux monstres à quatre roues. Nous arrivons à Dornoch vers 16 heures, espérons y trouver une chambre dans le château. Mais il y a un mariage : le château est plein pour tout le week-end. L’office du tourisme nous oriente vers un autre endroit –glauque. Nous décidons de pousser jusqu’à Inverness. Inverness se révèle être une belle ville animée. Et le Bed & Breakfast où nous trouvons refuge nous laisse les yeux écarquillés devant tant de charme, les narines ouvertes à tant de délicieuses odeurs (émanant de la cuisine comme de la chambre). Nous avons été chanceux : La maison affiche complet, mais Loïc décide de quand même tenter  le coup. Quelqu’un vient d’annuler sa réservation. Elle nous donne leur chambre et nous fait payer moins cher, le « deposit » de l’annulation faisant la différence. Chanceux, vraiment, car c’est là la chambre la plus accueillante que nous ayons jamais eue. Porto en carafe et ses deux verres, thé « de luxe », savon fait main, crème de massage, peignoirs sur-douillets, chauffés… Et cette baignoire sur pied, et ce coton égyptien autour des coussins immenses… Sans parler du petit déjeuner fabuleux… Tout, de A à Z, sent l’authentique, avec la touche de luxe qu’il faut à des voyageurs fatigués de rentabiliser la voiture en dormant dedans. La propriétaire du lieu a  perdu son mari il y a 5 mois, elle porte en elle le deuil, le retrait et la générosité. Le soir, nous mangeons dans un « restau » que je prends d’abord pour un casino. Les hommes boivent et gueulent, les familles se retrouvent là pour engouffrer quelques bières et un burger bon  marché. Ça nous change de l’univers pompeux des restaurants trop bien tenus, trop polis et silencieux.

30.10.11

Visite à Volkswagen. Il faut aller voir le body shop, fermé le samedi. Route des whiskys. Aberlour fermé. En fait, à part Glenfiddich, toutes les distilleries sont fermées. Les paysages, ici, sont plus que jamais bucoliques, et roux. Dégustation du Glenfiddich 12, 15 et 18 ans. Je préfère le 12, teinte verte, goût de poire. Loïc sort premier de la classe alcoolique, il répond le premier à : sentez et dîtes moi lequel de ces trois tonneaux est espagnol. On nous explique tout, comme c’est en anglais et que le lieu est bruyant, je ne retiens presque rien. Que des images et surtout des odeurs très fortes, à vous rendre saouls. Du malt, sec, mouillé, du caramel, de l’eau bouillie…

Une biche passe devant nous, fabuleusement gracieuse. Je crois vivre un ralenti quand le pompon blanc traverse (et me dit qu’au vu de sa petite taille, et de la façon dont elle élance ses pattes, c’est surement cela que nous avons laissé sur le bord de la route – Loïc pense que c’était un chien). Nous traversons les Cairngorms. Ultra joli.

20h. Derniers délais pour commander. Ici les services commencent à 17h30, et se terminent généralement très tôt. Des enfants dans les couloirs, sorcières et démons cuisinent ; Halloween a déjà commencé, et on nous a déplacés de l’étage du bas à celui du haut : les musiciens demandent plus d’espace. Tables retirées, on installe baffles et piano. L’Écosse est tout entière dans cette maison en bordure de rivière, dans ce petit village dont les lumières signalent les endroits chauds. Des endroits comme ici, où la petite sirène version moderne nous sert, sexy, à côté de son fantôme mâle, et où 5, 8, 12 musiciens s’accordent tour à tout pour donner le rythme de la soirée. La musique raconte des histoires, entraine, rapproche, entre deux flutes, violons, basse, accordéons, banjos, cuillères en bois… Et notre burger, qui arrive bientôt. Nous sommes à Dunkel, derrière la fenêtre sale qui donne sur la rivière, derrière les rideaux à carreaux. Deux filles tricotent en bavardant. Dracula continue d’arpenter les escaliers. Des fées viennent d’arriver et papillonnent autour du bar tandis que la batterie se met en place. Loïc est aux toilettes. Le burger, énorme, est là.

30.10.11

Nuit dans la voiture. Impossible de trouver un coin tranquille qui ne soit pas effrayant (forêt hantée de hangars à radars, propriétés privées…). Choisissons le parking boueux.  Réveil à 6 heures, deux pastilles militaires pour deux cafés chauds. Le jour qui se lève et la voiture qui redémarre. Radio : nous apprenons que nous changeons d’heure. La route est verte, paisible – avec la peur, toujours, de voir sortir de nulle part un animal.

Des châteaux, des rivières, la forêt d’automne et les sapins prêts à fêter Noël. Il est 7 h et nous errons dans Perth vide. Décorations et vitrines oscillent entre Halloween et Christmas. La lumière à la fois jaune et blafarde d’Écosse vient briller le long du courant. Érable rouge. Cimetière de pierres plantées. Nous repartons pour Edinburgh. Aire d’autoroute : rafraichissement du visage et des dents – quand même, les cheveux sont gras. Nous arrivons à Edinburgh par sa banlieue : des maisons victoriennes et des jardins. Il semble qu’ici, la banlieue n’ait pas le même sens. Presque aucun immeuble, du relief, et la mer. Edinburgh a vraiment tout pour plaire. Nous toquons à plusieurs portes avant de trouver une chambre libre. Lit à baldaquin, tableaux (chacun sa lampe), moquette, comme tout le reste, bleu roi. Et la cheminée sans feu que décorent les pignes de pins. Lovely. Nous sommes accueillis par le jeune patron. Ce midi, visite du château. Les châteaux m’ennuient assez vite. Ce que j’aime, c’est la vue. Errances encore et visite de la cathédrale. Par chance, des musiciens y répètent un concert. Là, enfin, nous ne sommes pas noyés dans le flot touristique. Après-midi, musée national d’Écosse. Chouette. Comme à Glasgow, les maitres mots sont diversité, ouverture, passions, transmissions. Je dirais aussi : tout et n’importe quoi… mais on trouverait ça négatif. Dans la rue, une scène drôle : deux grosses femmes passent devant le miroir grossissant, et s’esclaffent de se voir transformées en énormités. C’est l’heure de boire et de manger.

31.10.11 Edinburgh. 19h30

Personne ne s’arrête et l’homme à la guitare chante, au pied d’une porte haute. Belle voix. Il chantait déjà tout à l’heure quand nous sommes passés, il y  deux heures, sur la Royal mile. Il y a  peu d’animation par rapport à ce que j’imaginais, pour un soir d’Halloween. Des groupes de personnes déguisées suivent les conteurs, qui arriveraient presque à nous faire croire aux monstres. Ils s’appliquent en tout cas à narrer avec précision les exécutions qui ont eu lieu sur telle ou telle place de la ville. Des choses étranges surviennent pourtant réellement. Il y a une demi-heure environ, un renard passe devant nous, l’air désorienté. Il file vers les poubelles d’une rue sombre. Nous avons fait le tour de la ville, nous avons surtout perdu notre matinée entre Volkswagen côté ouest et Volkswagen côté Est. Horreur : route barrée, impossible de trouver notre direction, nous les calmes du volant avons même fini par nous disputer : « t’es une mauvaise copilote » ; « c’est toi le mauvais conducteur ». Bref, nous avons fini par trouver le body repair et après harcèlement le monsieur a fini par nous sortir un devis (celui d’une autre golf). Rien de rassurant, vu le montant (plus de 900 £). Monsieur finalement sympathique, mais qui ne pouvait que nous confirmer ce que nous avons souvent pensé ces derniers temps : « It’s bad luck ». Boaf. On fera avec. On a de quoi payer, c’est déjà ça (si la CB marche…)

Notre hôte est musicien, lui et sa copine (vendeuse de bijoux) ont décidé de reprendre ce Bed and breakfast il y a 6 mois. En entrant tout à l’heure, il jouait de la guitare, un ami à lui, de la cornemuse.

Fish and chips. L’homme à la guitare s’est arrêté de jouer. De nouveau, marche jusqu’au château. Le vent se lève. Les gens comment à arriver. Il devrait y avoir un spectacle. On patiente, longtemps. La parade commence, et la pluie se met à tomber. Le cortège se sépare en deux. Les inconditionnels et les frileux. Nous prenons la route des frileux. L’hôtel est à 25 minutes de marche. Ce soir, séance lavage/séchage. Suis crevée. Pumpkins aux fenêtres : j’adore.

1.11.11

Temps superbe. La mer est d’un bleu profond. Nous quittons Edinburgh avec l’idée d’y revenir. Nous nous arrêtons faire des courses et flânons un bon moment dans le magasin, rayon gâteau. Prenons un whisky au hasard, après avoir demandé les conseils du vieil employé : voyons Mademoiselle, il n’y a pas de whisky fort ou doux, il n’y a que des whiskys différents pour des goûts différents. Des différences de techniques et de maturations.

Ce matin, délicieux petit déjeuner : fruits rouges, bacon grillé sur pancakes. Loïc s’est étiré dans le couloir : violent choc pour le lustre, une ampoule de cassée. Sorry.

Nous roulons à présent en direction de Newcastle. Champs au bord de la mer. Vert, jaune, bleu. Soleil éblouissant (qui aurait cru que nos lunettes de soleil nous manqueraient en Grande-Bretagne ?)

À faire en rentrant : écrire à la reine d’Angleterre au sujet des animaux écrasés. Prendre des cours d’histoire. Boire du thé avec des gâteaux – on  en a assez pour tout l’hiver.

Assise dans le parc à bouses de vache de Cambridge, une coccinelle noire aux points rouges vient de se poser sur moi. En me levant, j’ai mis le pied gauche dans une bouse bien fraiche : cela porte bonheur, m’a dit Loïc. J’ai aussitôt pensé qu’on avait encore des chances de passer à côté de la franchise… Ce soir, aéroport de Stansted, le verdict tombe. Entre le coût de la location et la franchise, nous payons 1070 euros. Nous arrivons à Londres plus légers, sauf une bouteille de whisky et des caramels en plus. Visite de Cambridge ce matin. Belle architecture, mais sentiments partagés. Ça sent le stress et le snob. Marche jusqu’à Grancester. Paisible, abritée de la ville, de la circulation, et sous le toit du pound (riche). Petit coin de paradis anglais (pour les propriétaires des villas aux statues de bronze). Hier, sept heures de route entre Edinburgh et Cambridge. Au compteur aujourd’hui : 2089,1 miles (3362 km). Attendons le bus pour Londres.

3.11.11

Londres. Fresque lumineuse, sous la bruine, vivante. Nous décidons de marcher entre Baker Street, où nous laisse le bus, et le 871 Fulham road, où vivent nos hôtes, Kevin et Joséphine. Les rues sont interminables. Les sacs sont lourds et surtout mal équilibrés, mais la ville est assez excitante pour tenir jusqu’au bout. Aujourd’hui, nous apprenons que nous avons fait 8 kilomètres… Quand nous arrivons à l’adresse donnée, une tête se penche à la fenêtre : le rendez-vous parfait (nous leur avions juste envoyé un mail deux semaines auparavant pour leur dire que nous arrivions le 2).Kevin travaille dans le bar à vin juste en dessous : petite moustache et gilet de français. Nous buvons (oh sacrilège) une bière dans ce bar à  vin fourni, avant de monter manger le plat que nous prépare Jo. Sur nos oreillers, produits de bains et Ferrero rochers. La classe. Merci les amis.

4.11.11

Voilà. On a visité Londres. Comme on a pu, mais on a visité Londres. Paysage industrialo romantique, espace paradoxal de modernités désuètes, patchwork de civilisations. Bien vivante, très vivante, agitée, grise et or, tentaculaire, grouillante. La Tate modern, le museum of London, la Tamise, le shopping, l’exubérante richesse, les minettes, les belles bourgeoises rouge-à-lèvrées, les ventres opulents, les hommes en noir devant les bars, ce magasin de livres fantastiques dans la rue classée porno, la lumière comme un éclair qui disparaît vite… Depuis  le début du voyage, elle n’a pas cessé d’être là. Je m’attendais à rentrer le corps presque moisi, imprégnée comme une éponge, d’eau de pluie, mais non, le temps a été clément. Sauf cette fois où nous avons pique-niqué sous le parapluie. Et les nuits. Kevin vient de monter, toujours énergique. Tac tac tac, les marches, le verrou, la chemise à fleurs apparaît. Il nous dit que les renards, il y en a partout. Il dit que ce sont des renards junkies. Le lendemain, nous en croisons un sur le chemin pour prendre le bus. Déception. L’humain aime dire qu’il a vu des choses extraordinaires. Est-ce que c’est assez extraordinaire d’avoir eu 15 jours de temps sec ?

5.11.11

Première fois que je ressens le mot peur : une idée fixe, un soulèvement paraplégique.

Nous quittons Londres vers 11h, arrivons à l’aéroport une heure et demie après. Nous réorganisons les bagages après les avoir pesés : ils sont trop lourds. Je reviens du pèse-bagage et Loïc discute avec une brune… Ludivine !!! Une éternité que je n’ai pas vu cette fille délirante, cette fille que je trouvais simplement super (une chaudasse drôle pleine d’inspirations langagières, physiquement généreuses et constamment souriante) sans pour autant que nous ayons jamais été amies. Ludivine, et son copain au regard noisette, à l’accent canadien et à l’allure intelligente, Ludivine qui revient du Canada, nous dit-elle, après un an sans avoir revu ses proches. Nous sommes dans le même avion. Nous embarquons, le vol se passe correctement (sauf ces écervelés de Marseillais qui s’obstinent à faire chier le monde – et l’hôtesse en particulier), jusqu’à l’atterrissage… Turbulences. L’avion commence à piquer, se redresse pour atterrir, mais vire de gauche à droite sans arriver à se stabiliser. La voix de l’hôtesse ne nous rassure pas « Ladies and Gentleman… Ladies and Gentleman… ladies… » On approche de plus en plus le sol, et on entend, j’entends, dans ma tête et tout autour : « mais ce n’est pas possible ! On ne peut pas atterrir comme ça !! » Je sers la main de Loïc et ce sont les secondes, les minutes, les plus longues de ma vie. L’avion remet les gaz avant de toucher le sol : on redécolle. On ne nous dit rien. Il y a un fou rire général. Ça sent les nerfs et la transpiration. Je ne peux pas décrocher mon regard d’un point flou face à moi. L’avion fini par se stabiliser dans les hauteurs, et le capitaine annonce qu’il va retenter un atterrissage à Marseille. Visiblement, les perturbations ont disparu en l’espace de dix minutes. Plus on s’approche et plus j’ai peur ; mais enfin on atterrit, violemment, mais sans problème. Applaudissements des mêmes qui iront surement porter plainte ensuite. À l’arrivée, file d’attente pour contrôle des passeports. Dans la file, je reconnais un visage : « On se connait non ? » « Tu t’appelles Ambre ? » « Oui ! » « L’Italie, il y a dix ans, on avait été dans une maison un week-end »… Ludivine attend son escorteur, qui doit la mener à Nans les Pins. Merci mon Dieu, nous avons trouvé un moyen de rentrer quelque part (et ce sera chez les parents de Loïc). Nous revenons et c’est le déluge. Toutes les routes sont inondées, les rivières débordent, oui, c’est vraiment le déluge et ses trompettes apocalyptiques. Le Var est en alerte depuis plusieurs jours. Mais enfin, on a atterri.

  1. flo
    7 novembre 2011 à 17 h 40 min

    c’est comme ca que je les aime les grands ours, ca m’a manqué de lire vos aventures! je n’ai pas encore tout lu, ce sera mon roman de la soirée en revenant de la danse, mais je suis contente de voir qu’apparement ambre a eu plein de choses à noter! bises

  2. Anouchka
    7 novembre 2011 à 19 h 22 min

    Comme d’habitude, c’est chaleureux, coloré, drôle, pertinent, tendre, et
    les photos toujours aussi belles. Merci Ambre.

  3. 8 novembre 2011 à 12 h 57 min

    Comme si on y était!
    Ah? oui, j’y était, c’est vrai :D.
    J’aime!

  4. 8 novembre 2011 à 12 h 58 min

    j’étais avec avec un s évidemment…Shame on me

  5. Flo
    12 novembre 2011 à 3 h 54 min

    Mais.. mais comment vous faites pour tout casser ? ^^’
    Il y a trois ans, nous étions allés 5 jours à Lake District. C’était super sympa, un petit coin de campagne anglaise blindée de lacs, et où les gens commencent à avoir un accent écossais incompréhensible. On avait séjourné dans un “youth hostel” squattée principalement par des retraités, pas cher, très confortable, vraiment accueillant et chaleureux et au bord d’un des lacs avec une vue imprenable. Faudrait qu’on y retourne, mais sans la pluie cette fois…

    1. 12 novembre 2011 à 9 h 47 min

      On est effectivement passé dans le Lake District, sans la pluie mais à vitesse grand V… dévoreurs de paysages… et casseurs: c’est notre réputation dans ma famille 😉
      Contente d’avoir de tes nouvelles… Comment va le Japon (et maman et bébé ?) (quand on aura regagné nos 1000 € on se mettra à y songer sérieusement -au Japon, pas au bébé… :D)
      On t’embrasse!

  6. Johanne
    14 novembre 2011 à 17 h 49 min

    J’ai l’impression d’avoir vu ces photos mais en vitesse grand V ! héhéhé