Dimanche d’août, de Modiano.

J’ai lu Modiano un mardi de février. Un de ces jours où le Sud ne ressemble pas au Sud, où il pleut sur la côte d’Azur autour et dans le train entre Pignans et Toulon. Où le Sud ressemble au sud de Modiano, à des paysages aveugles. A des paysages sans regards, des visages devenus paysages, comme dans les tableaux de Modigliani. A ces jours, ces mardis de février, où le Sud des dimanches d’août a disparu dans la grisaille, emporté par le soleil aveugle.

Car le récit peut se découper ainsi : il y a le dimanche d’août où le soleil permet toutes les espérances, promet une vie paisible, et tous ces autres jours maudits, où les gens disparaissent et réapparaissent dans un mystère languissant.

Je ne connais rien à Modiano. Il m’a intrigué, longtemps, sans que je ne prenne jamais la peine d’en lire plus d’une page. Parce que son nom me rappelait Modigliani, et parce que les titres de ses livres défilaient comme des mannequins, proliféraient, même. C’est tout.

A mi-chemin de ma lecture (quelque part sur un rail), j’ai voulu m’arrêter. Pas encore pour cette fois-ci. Ce n’est pas que ce n’est pas bien, mais ce n’est pas assez bien. J’entends autour les voix du train : ce n’est pas assez bien. C’est un peu mou, même pas nauséeux. Un peu fade.

A mi chemin, on m’a dit que Modiano était l’écrivain de l’errance et de la recherche, on m’a dit que le père de l’écrivain était un collabo, que Modiano reconstruisait des histoires de persécutions réelles et imaginaires entre le sud et paris (c’est tout ce que j’ai retenu, l’ingrédient qui a rendu possible la reprise de ma lecture trop passive et démotivée).

J’ai plus apprécié la seconde moitié. Finalement, ce n’est pas trop mal. Ce n’est pas merveilleux, mais c’est pas mal. Il y a les traces de quelqu’un qui sait, qui maitrise. Qui écrit. De quelqu’un qui sait se passer des mots, qui maitrise la vie propre des mots, ses soupirs et ses élans d’imperfections, qui écrit vrai. C’est comme si l’auteur n’écrivait pour personne, tout en sachant bien que ce qu’il fait est une matière à lire, est texte. Précisément, il ne prend pas la peine de multiplier les mots ou de les dilater. Au contraire, il contracte. L’écriture est muette. Elle ne murmure pas non plus, pas de râle discret, il parle comme parlent les jours. Comme parlent les dimanches, jour étrange de repos, d’un repos paradoxal comme le sommeil.