25/04/2553 – Bangkok

Quelques gorgées de bière “Leo”, que j’ai choisi pour l’étiquette (un irrésistible léopard menaçant), et je fais de petits rots, sans honte, puisqu’ici, c’est presque un rituel. Loïc tape un article – encore un. Je trouve que depuis que nous avons l’ordinateur, nous tapons trop “d’articles” qui ne sont finalement que des accumulations de nouvelles banales. Pourtant le voyage ne perd pas sa saveur, bien qu’il me repose plus qu’il ne motive mes pensées ou ne stimule mes neurones en ce moment. Le climat politique à Bangkok donne pourtant à penser, et nous nous retrouvons au centre d’un bras de fer qui pourrait être le sujet de véritables “articles”. Je ne sais trop quoi dire de cette situation, et n’étant pas journaliste, nous décidons de fuir pour visiter une île thaïlandaise, Ko-Chang. Au lieu de ne trouver que du sable fin et de l’eau limpide, j’y trouve de quoi me révolter (et écrire). L’industrie touristique s’étant installée dans les lieux édéniques, cela devient un enfer pour qui a appris à partager l’espace naturel avec qui en est le roi (je veux bien qu’on utilise l’image du léopard pour vendre des bières, j’accepte moins qu’on anéantisse son territoire en ne mettant aucune règle à la présence touristique sauf : Payer avant d’entrer). L’animal est pris au piège dans son propre espace sauvage. On utilise des appellations : “Parc national”. A Ko-Chang, il faut payer pour voir la vue (400 Bahts), voir la cascade, les coraux. On vient observer la vie sous-marine : les thaïs restent sur la bateau, jettent à l’eau des sacs entiers de pain, observent les poissons se gaver, les employés accrochent les bateaux au coraux, pieds palmés, les piétinent. Quand on leur demande : “Mais pourquoi ne dites-vous pas aux touristes de cesser de donner du pain à hot-dog aux poissons?”, ils répondent : “Thaï people like to feed fishes. Do you want bread?”. Ecosystème, ils ne savent pas ce que cela signifie, et ils sont les patrons des agences de plongée d’un “parc national”.
La thaïlande est particulièrement mauvaise en tourisme, et cela parce qu’elle possède des richesses incomparables. Un touriste ne pourra pas dire non à l’exploration de l’une des ses fantastiques barrière de corail. Ils le savent. Font juste payer. Ne se donnent ni la peine de vous expliquer, ni de vous sourire. Pour cela, il vous faudra aller voir des agences dirigées par des étrangers…
C’est qu’il y a de quoi tomber amoureux de ce territoire. Ko-chang possède des forêts magnifiques, des plages superbes, les poissons y sont d’un bleu éléctrique, les coraux de multiples formes, vert, orange, rose pâle, réagissent à votre passage, s’ouvrent et se ferment, paraissent des sexes féminins, les pics immenses des oursins ondulent légèrement avec le courant, effraient et ravissent, comme de belles dames noires, élégantes, ils possèdent un œil bleu, et des touches d’orange au bord de leur rondeurs. Il y beaucoup à observer. Mais attention, les gilets fluos débarquent en tapant des pieds…
Et de l’autre côté de ce monde tranquille (quand ce n’est pas l’heure de pointe des bateaux), les barricades de bambou se renforcent à bangkok. Des bombes explosent à la station de métro de Silom, alors que nous cueillons des bananes devant la terrasse de notre bungalow.
Lorsque nous revenons, le calme de nouveau, et des policiers plus nombreux. On contrôle nos sacs à l’entrée des transports en commun, des portails électriques sont installés un peu partout, la station Silom est fermée. Évidemment tout semble normal, les gens rentrent comme chaque soir chez eux, se laissent porter par le métro comme les pics noirs par les vagues.
J’aimerais pouvoir comprendre les conversations, mais les gens ne parlent pas beaucoup entre eux, et peut-être ne parlent-ils pas de la situation politique, seulement du temps. Quoi en dire? Il semble que les choses soient bloquées. Le rouge et le “sang versé” ne feront pas cesser la corruption. Il n’y a qu’elle, on le sait bien, qui est, et qui restera, blanche.

  1. Lionnel
    26 avril 2010 à 21 h 42 min

    Article intéressant, une fois de plus. Ce tourisme débridé que tu décris m’avait été rapporté une fois par un jeune homme de retour de ce pays. Il est toujours saisissant de constater à quel point certaines populations ne réalisent pas la richesse de leur patrimoine, notamment naturel. L’argent et la cupidité semblent parler bien plus que les concepts d’écosystèmes ou de préservation et c’est bien dommage. J’espère que les autres contrées que vous visiterez dans la région seront plus préservées et authentiques.

    Bises à vous.

  2. didouanouchka
    27 avril 2010 à 16 h 22 min

    Banales … les nouvelles ? NON … captivantes ! Merci Ambre 😉

  3. 27 avril 2010 à 17 h 32 min

    Heureusement la Thaïlande ne se réduit pas à ces obscurités touristiques (bien que mon article soit très négatif). Disons que c’est un pays vraiment très paradoxal, où les gens s’explosent les boutons en public (cf photos picasa), vous rotent à la figure, et vous regarde de travers si vous entrez avec des chaussures ou mettez les pieds sur un banc public… Les thai ont beaucoup de politesses et en même temps une grande inconscience vis à vis de la nature, beaucoup de désinformation (ce n’est peut-être pas contradictoire). Les préoccupations sont ailleurs. Mais je ne vais pas me remettre à disserter de nouveau! Peut-être que je suis aussi “énervée” après eux parce que leur pays est l’un des plus agréables que nous ayons traversé.
    Merci pour les commentaires!

  4. 28 avril 2010 à 2 h 31 min

    Salute ombre et merci pour ton article mais forcement ko chang n’etait peut-etre pas le lieu “paradisiaque”par excellence,des iles des belles,des vrai,c’est au sud qu’il faut aller,ko liphey par exemple en face des eaux territoriales malaises,la c’est magnifique et les thais sont tres differents de ceux qui ont investis ko chang…va voir et ecris tu m,en diras des nouvelles,et si tu as le temps passe par l’issan,la c’est encore plus…..
    Jeff de pangkhan

  5. 28 avril 2010 à 14 h 36 min

    dommage, nous n’aurons pas le temps de voir d’autres iles, nous sommes arrivés au cambodge aujourd’hui, et ayant passé la frontière en Malaisie le mois dernier, n’avions eu droit qu’à un visa de 15 jours en Thailande. Pas suffisant pour explorer d’autres lieux que des circuits touristiques souvent dégradants pour l’image thaï -je ne détaille pas de nouveau. Au Sud, côté mer, nous n’avons été qu’à Railay(très beau) et Phang Nga(industrie touristique!!). Mais tu es là pour donner un autre point de vue, et c’est très bien, surement parce que tu as pris plus de temps pour connaître la Thaïlande.
    A bientôt!
    Ambre