Varanasi : le mythe

On aura tout entendu et tout lu sur Varanasi. L’ancienne Benarès, ville mystique où viennent se purifier les dévots, où ils viennent mourir pour en finir avec le cycle des réincarnations. Ce qu’on a surtout entendu c’est les avertissements sur cette ville bruyante, pleine de rabatteurs, où on se perd, etc.

Après notre voyage confortable à bord du Marudhar Express depuis Jaipur qui aura duré en tout et pour tout 19heures, nous avons débarqué, un peu comme à Delhi, en pensant que les Tuk-tuk allaient nous prendre la tête.

Contrairement à Delhi, ils étaient là, mais contrairement à ce qu’on pensait, ils n’ont pas été si saoulant que ça. Attention, je dis ça toute proportion gardée. On est en Inde. Ils étaient “juste” dix autour de nous, à nous poser la question “uniquement” une petite dizaine de fois.

On ne compte pas marcher dans ce bronx alors on arrive à un 30 roupies pour la course jusqu’au Meer ghat. Celui qui nous propose ça, c’est Krishna, un petit bonhomme d’une cinquantaine d’années aux dents déchaussées pleine de copeaux orange (ici ils mastiquent tous cette pâte orange qui leur fait faire de beau mollards) . Pendant le trajet, comme de par hasard, il nous demande d’où on vient et nous tend son (ses) petit(s) carnet(s) de notes où les gens qu’il a pris en tour la journée ils sont tous “très content super heureux de chauffeur qui leur a montré des coins inconnus et que c’est une super expérience”. Les deux Uruguayens que nous sommes (oui on alterne) connaissent la chanson, pour chaque tuk-tuk, c’est la même, alors on reste polis et on décline ses propositions.

“Voilà c’est ici”. On ne saura jamais si il a dit la vérité… Le fait est qu’on a marché pendant un moment pour retrouver notre chemin (une heure en fait, et sous une chaleur horrible).  Les galis (l’ensemble de rues étroites) sont des endroits intéressants, plein de vie, de couleurs, d’animaux aussi.

Pendant notre recherche, on nous propose, évidemment, des hébergements pas chers, de l’herbe, des massages, un rasage… Parfois c’est la même personne qui propose le tout.

Quand on trouve enfin notre logement, nous sommes assez contents qu’il soit dans une rue calme, car la circulation a beau être interdite dans les galis, les motos ne se privent pas d’y rouler à fond et de klaxonner à tout va. C’est ça l’Inde, on en a rien à foutre d’autrui! (mais je ne vais pas m’attarder sur le sujet).

Une fois les sacs posés, on se dit qu’on va foncer aux ghats, ceux dont on parle tant. Ce n’est qu’après une sieste de deux heures que nous parviendrons à décoller (la classe sleeper a beau être confortable, on avait comme du sommeil à rattraper).

Et après tout ce suspens, cette attente pour voir ces ghats… la déception.  On en entend trop, et finalement, j’ai ressenti autant de dévotion dans la ville ultratouristique de Pushkar (voire même à Udaipur). C’est pourtant bien. On prend plaisir à marcher sur ces marches où, pour une fois, on a de la place. Les personnes qui proposent des tours en bateau ne le demande qu’une fois, et on ne nous embête pas trop. L’impression que j’ai eu, c’est celle d’une ville assez calme (par rapport à ce que j’en attendais), pour l’Inde, je le redis.

Je ne vais pas tout mettre en détail car je pense qu’un journal d’Ambre devrait suivre. Hier soir, nous avons pu assister à une espèce de cérémonie qui, bien qu’intéressante, m’a fait pensé à un spectacle sur les quais d’une station balnéaire (peut être que les ballons dora, les cornes luminescentes, gadgets fluorescents n’y sont pas pour rien).

Aujourd’hui, nous allons continuer notre exploration en attendant de prendre le bus ce soir pour Sunauli, et rejoindre demain le Népal .

Gros plan sur les ghats par Ambre

Nous sommes allés marcher le long des ghats, à gauche avait lieu une crémation. Ou plutôt, des crémations. Je n’ai pas photographié, je suis restée loin. Un homme s’est approché, enclin à “discuter”. Il m’a parlé, sans le savoir, de la “vraie Inde”. Je n’ai rien demandé, et il a parlé. “Pas de photos”. “Je comprends”. Il travaille à l’hôpital, quelques mètres plus haut, là où les gens viennent mourir. On les descend là, où une crémation vient de commencer, et ils se consument pendant environ trois heures. On les prépare, ça coûte cher. Environ 9ooo roupies pour un corps de taille moyenne. Ça se pèse au kilo. Pour les bébés et les femmes enceintes, c’est différent: on les laisse au Gange, on rend les corps au fleuve… Il y a un corps qui arrive, un autre, sous un tissu rouge et jaune, porté par quatre hommes. Ils vont le baigner dans le fleuve pour le purifier, avant de le remettre aux flammes. Ils l’enduisent d’un produit spécial, pour le faire brûler. Je ne vois rien d’autre qu’un vulgaire bûcher. Il n’y a presque personne. C’est désordonné. Banal. Il nous explique que la famille n’a pas le droit d’être là. Je ne comprends pas ce qu’il dit ensuite. Peut-être, que la cérémonie doit avoir lieu sans interférences malheureuses, que pour la tranquillité du corps, pour que l’âme demeure en paix, il ne doit pas y avoir de gens qui pleurent autour. Pas de tristesse. Il me semble qu’il raconte aussi une légende sur laquelle est basée ce code. Mais son anglais (ou mon ouïe) est aléatoire. Il s’applique de nouveau à parler des circonstances de la crémation et je devine combien cela n’est plus qu’une machinerie commerciale… Il nous dit combien un corps mort est plus lourd, combien cela le rend plus cher. Il en vient à insister pour que nous approchions. Je refuse, par respect des morts et de leurs familles… et je vois une jeune blanche revenir de la crémation, donner à manger au chien. Elle vient de prendre des photos. Je me demande de quel type de respect on parle, ici. Je sais que si je le suis, alors je pourrais photographier… Tout ça n’est qu’une question d’argent. Et que ce n’est que cela. Sauf pour ceux qui payent, les veuves, veufs, orphelins, ceux qui ne savent comment faire autrement que de payer la crémation (un bûcher au bord de l’eau pleine de déchets) pour respecter leurs défunts. Qu’ils reposent en paix.

Nous continuons notre marche, du côté droit cette fois-ci. Il n’y a plus de tas de cendres mêlés à des tas d’ordures mais une vaste esplanade peuplée de rabatteurs. Il y a quelques temples rouges, de belles façades rongées par le temps, gagnées par une poésie mélancolique, des dalles attaquées par l’acidité de la pisse, des hommes qui travaillent à mettre en place quelque chose: surement les piliers d’une fête religieuse. Il y a un homme, barbe blanche et rousse (teintée au henné), turban orange vif, habit blanc, orange et rouge, collier de fleurs, visage cuivré peint de blanc, orange et rouge pointé entre les deux sourcils, un homme aux trois couleurs dont on pense immédiatement: voilà un homme pieux. Quand vous passez devant cet homme, méditant idéalement en haut des escaliers avec perspective sur le Gange, il vous lance tel un automate (radar à visages pâles): “photo!photo! Only 10 roupies!”  Voilà à quoi ressemble la religiosité, la ferveur, le fanatisme varanasien. Mais je n’ai peut-être pas tout vu.

  1. didouanouchka
    20 juin 2010 à 6 h 41 min

    😯 Ce voyage en troisième classe fut réellement confortable ❓

  2. Lanckhor
    20 juin 2010 à 13 h 01 min

    Tres bon site que je suis silencieusement depuis plus de six mois (a part peut être le fond noir qui fatigue les yeux). J’adore le style d’Ambre que Loïc semble de plus en plus adopter a sa manière. Avec un parcours d’une telle richesse, un tel courage dans le compte-rendu, on pourrait envisager une forme éditée (et illustrée) pour en faire un classique des Tours du Monde!
    Bon courage pour la suite, je vous reste fidèle 🙂

  3. 21 juin 2010 à 16 h 23 min

    Merci! Effectivement, nous aimerions bien en faire “quelque chose” à notre retour… En attendant, c’est vraiment un plaisir de lire un message aussi encourageant! Et désolés pour le fond noir… On aime bien faire partager notre fatigue 😉
    A très bientôt…”Lanckhor?”