Regard sur la Chine

La Chine nous inspire peu de commentaires (peu d’articles), et pourtant, ce pays nous plaît énormément. C’est peut-être parce qu’il nous plait que nous ressentons moins l’envie d’écrire à son sujet. Je ne vais pas retourner cette phrase dans tous les sens, mais l’idée, c’est que nous nous sentons à l’aise, que rien ne choque “la Ambre” des articles véhéments ou n’inspire celle des articles emportés, enjoués, bref, la Chine est juste un pays où l’on se sent, d’une façon ou d’une autre, chez soi.
Et pourtant, encore un “pourtant”… c’est incontestablement le pays de l’autre, là où l’on comprend oui quand vous dîtes non, là où l’on pense en idéogramme quand vous vous servez d’un alphabet, là où s’amoncellent les étages quand on construit des lotissements, où on loge toute une population dans vingt mètres carrés étiré jusqu’au ciel quand nous vivons dans cent mètre carrés dispersés sur terre…
Il suffit d’une boulangerie avec des croissants chauds, du sourire des gens, toujours prêts à vous aider, d’un parc harmonieux, d’installations qui respirent (le paradoxe en Chine c’est que les gens doivent s’entasser dans des petits logements, tandis que les espaces publics sont assez larges pour accueillir un défilé national), il suffit de se sentir accueilli… pour se sentir chez soi. Je pense que nous sommes la bienvenue en Chine, et c’est une idée qui change de beaucoup de celle que j’ai pu avoir au cour de notre périple.
Bien sûr, ce n’est pas non plus parfait, et on se rend bien compte que la Chine n’est plaisante que dans la mesure où nous la “visitons”. Jerry, 20 ans, rencontré hier soir dans le dortoir de notre hotel-synagogue, étudiant en japonais qui rêve de venir en France (c’est “si romantique”…), nous dit qu’il aimerait plus de liberté. Ce n’est pas la première fois qu’un chinois nous parle de ça, et a des rêves d’ailleurs, d’un pays où les gens votent pour élire leur président, où ils peuvent “choisir”, d’un pays qui ne soit pas communiste, qui ne soit pas rouge… Ils veulent changer de couleur, mais se sentent incapables de changer quoi que ce soit sans se faire trancher la gorge. Car le risque, c’est ce qu’ils disent, est bel et bien de se faire tuer. Les chinois ont peur, et je me demande même parfois si ce n’est pas de là aussi que vient leur hospitalité. Ils sont bien éduqués, ici pas de “racailles”, mais une jeunesse étonnamment tranquille, sans signes de rébellion. Nous avons souvent été frappés par la gentillesse des chinois, une sorte de douceur inoffensive.
Et je me rends compte, en écrivant, qu’il y a énormément à dire sur la Chine, que j’ai peut-être menti en disant que cela ne m’inspirait pas. Car il faudrait parler de ces regards qui se transforment en lueurs enfantines joyeuses quand vous vous adressez à eux, de ces regards transportés, sans doute, par ce que vous représentez pour eux, vous le voyageur étranger, européen, libre, qui, en posant une question (sur quelle rue suis-je?) est soudain accessible, il faudrait parler de toutes les rencontres que l’on fait sans parler chinois, et qui ne sont pas moins celles d’une interprétation de regards que les rencontres anglophones. Je veux dire que peut-être qu’il y a autant à dire sur ces rencontres manquées que sur celles qui se font sur la base d’un langage. Car pour le dire plus concrètement: les chinois ne parlent pas anglais. Sauf dans les hôtels, mais on ne parle plus des mêmes interactions…
Mais je n’ai plus le temps d’écrire, il faut aller acheter nos billets de bus pour Vladivostok, et heureusement me direz-vous, ça commençait à “partir en live”. Je sais que ce qui vous intéresse, c’est de savoir: “Et la muraille de Chine alors?”, “Et la cité interdite de Pékin?”..
Je vous parlerai d’elles dans le prochain article, au retour. Ici, il ne faut vraiment pas se laisser avoir par le temps, tout étant toujours complet et rendant souvent les trajets infernaux. Et puis, les tigres nous attendent…

  1. didouanouchka
    30 juillet 2010 à 10 h 28 min

    Merci Ysé … c’est vraiment beau … Je me languis de lire les impressions de Vladivoskok … Mamouchka

  2. Lanckhor
    30 juillet 2010 à 12 h 36 min

    Tiens, vous ne passez pas par la Mongolie?

  3. Lionnel
    5 août 2010 à 22 h 08 min

    Vraiment? Me voilà étonné,tant la Chine est une destination qui me rebute.

    J’ai donc hâte de lire vos articles,mes chers grands ours.
    🙂

  4. Lionnel
    9 août 2010 à 22 h 13 min

    Coucou,les grands ours!:-)
    Tout va-t-il bien pour vous? Pas de coulée de boue sur votre trajet?