De la gravitation chinoise

Quand j’étais petite, ma maîtresse me disait que si je creusais un trou, de ma salle de classe de Pignans-les-pins, je finirais par atteindre l’autre bout du monde, le pôle opposé: LA CHINE.
Que là-bas, tout était inversé.
Je me suis demandée comment je ferais pour tenir debout la tête à l’envers.

J’ai un scoop: j’ai beau être de l’autre côté de la terre, mes pieds touchent le sol, mes cheveux retombent sur mes épaules. Et pour être honnête, je me demande toujours comment c’est possible…

“Que là-bas, tout était inversé”.

Quand il fait jour en France, il fait nuit en Chine.

Quand on dit “non non François il ne faut pas roter en public”, Li rote sur le siège de derrière.

Quand on dit “tiens je vais consulter mon facebook” en France, “et en profiter aussi pour mettre des photos sur picasa”, en Chine, on dit : “tiens comme on ne peut accéder ni à facebook ni à picasa et bientôt plus à son courrier”, “à la place je vais allumer la télé et regarder une émission sur la Chine -en chinois- et ses heures de gloire”.

Quand Jacqueline dit à Robert en France :”Tu as mis de la mort-aux rats dans le sellier, du produit anti-cafards dans les placards et coupé le serpent en deux dans le jardin?”… “mMM  viens là que je te dorlotte ma minette” “miaou” (dit la minette), Li dit à Yang : ” Tu me ressers un peu de laoshugan (rat aux épices) assaisonné aux cafards fris? Si il reste du songshugan (écureuil), j’en reprendrais aussi un peu avec de la soupe de serpent… Ah! Et Mamie vient prendre le thé toute à l’heure, prépare lui un peu de chat” (vous aurez noté que Li est un peu machiste).

Quand Marie-France dit à Ernest qu’elle va rejoindre sa famille en Guadeloupe, Pierre (qui est noir) se fait montrer du doigt, dévisager dans ses moindres recoins et épier dans ses moindres gestes dans la ville de Canton.

Bref. Quand la terre tourne rond en France, elle ne tourne pas rond en Chine. Quand elle tourne rond en Chine, elle ne tourne pas rond en France.
Et ce qui est fou, c’est qu’en réalité, elle tourne rond des deux côtés (ou l’inverse. Demandez plus de précision à Jean Louis A.) Et que pour ne pas vous mentir, on arrive pas en Chine en creusant un trou, mais en prenant, si on veut aller vite, l’avion. Autrement dit: en montant dans un engin qui vole dans les nuages… Cela vous semble-t-il  vraiment plus rationnel?

Notre vraie arrivée en Chine

Après notre découverte de Hong Kong, de la joie d’arpenter la ville la plus ordonnée au monde (oui, Singapour finit seconde), le bonheur de pouvoir être soi-même (il faut respecter certaines conditions: être non fumeur, par exemple, mais quant à être blanc, ça ne pose pas de problèmes), nous faisons connaissance de l’Empire du milieu, troisième plus grand pays au monde, un milliard quatre cent vingt millions d’habitants…

Le 9 juillet, à 11h35, nous prenons un bus rose en partance pour Canton (Guangzhou). Sièges confortables, annonces en chinois qui nous valent la perte d’une bouteille d’eau presque vide et d’un sachet en plastique “city super” dans le mauvais bus… L’immigration est on ne peut plus banale. Il y a notre premier cafard chinois, mais il a l’air gentil. Personne ne nous embête ni ne vérifie les bagages. Ils demandent simplement à Loïc son passeport (histoire que la caméra les filme quand même en train de faire quelque chose). Voilà, nous sommes en Chine. C’est ce que je me répète quand le bus reprend sa route et que je regarde les paysages défiler (des grattes ciel dont le gris pâlit avec la distance, des étendues vertes, des temples à étages perchés aux sommets des collines) tandis que la dame assise à notre droite se met à chanter avec conviction. Elle a les mains sur le front, les yeux fermés, et elle chante… comme si ce n’était pas fou de chanter dans un bus, comme ça, des graves aux aiguës, la voix abimée et en chinois en plus. Le bus se transforme bientôt en standard téléphonique, et j’ai une révélation: on est pas en Chine pour dormir.

Alors je me réveille et je pense à tout ce qu’il nous reste à découvrir ici sur les lois du renversement et de la gravité.

…Et je m’endors. Arrivés à Guangzhou, nous marchons jusqu’à la station de bus, que nous trouvons grâce à ce nouveau sens de l’orientation dont j’ai déjà parlé ailleurs. On se sent des superhéros de l’orientation. Pour fêter ça, nous mangeons à Mc Do après avoir été accompagnés par deux “mecs, des vrais” (du genre qui se grattent en regardant un match et en attendant la bière) dans l’ascenseur. Ils nous demandent d’où on vient et si on vient ici pour faire le plein d’affaires pas chères. Ils ont l’accent slave, avec des “Gll RR” quoi…

A 20h30, le bus part pour Guilin. Un jeune chinois vient discuter avec nous,bien qu’il peine à parler anglais. Il est vraiment très gentil, et nous donne son numéro si nous avons besoin d’aide. Il nous dit que comme ça, maintenant on connait quelqu’un a Guangzhou. Il est à la fac de sport. Il me rappelle tous les chinois avec qui je vivais mon quotidien à la cité universitaire d’Aix. Intelligents.
Les filles sont toutes (presque toutes) en minijupe et talons-gratte-ciels. Joli à regarder.

A 5 heures du matin,  nous arrivons à Guilin, où nous rencontrons un jeune sénégalais qui voyage pour affaire. Il achète les pompes 5 yuans, et il les revend… Je remarque ses chaussures, et je me dis :” tiens, c’est des adidas, pas comme le t-shirt du jeune garçon, un “abidas”.”.. Je souris.

A 7 heures, le bus part pour Yangshuo. Les paysages nous rappellent la baie d’Halong… sans eau. C’est beau, serein. 300 000 habitants… c’est ce qu’on peut appeler un village en Chine. En France, c’est presque une capitale.

  1. Didouanouchka
    12 juillet 2010 à 15 h 34 min

    …Tu me fais tourner la tête…mon manège à moi c’est toi…Je suis toujours à la fête…

  2. huguin
    14 juillet 2010 à 15 h 36 min

    Salut les oursons ( ou peut-être salut les pandas )j’ai commencé mon trou dans le jardin pour vous rejoindre à bientôt surveillez bien le sol si vous voyez un monticule ce n’est pas une taupe c’est moi! Bisous JF

  3. Lionnel
    17 juillet 2010 à 10 h 54 min

    Introduction fantaisiste qui m’a bien fait sourire. Note à moi-même : éviter Canton, si jamais de passage en Chine! 🙂