Hymne à Taiwan

29 septembre 2014. Arrivée à la gare TGV de Tainan. C’est propre, aseptisé mais accueillant, jolis palmier et service top niveau, sans compter le train fantôme que l’on entend passer comme un sifflement en sourdine — une plume de bruit comparée aux valises à la traine — derrière les palissades qui le cachent. Nous aurons l’occasion de le voir plus tard (paraît-il qu’il est très design); le rendez-vous avec le 3e millénaire est pour après-après-après demain (nous faisons le détour pour récupérer nos billets et passer la nuit « quelque part avant la ville »). Cette gare est encore un nouveau visage de Taiwan, pour nous qui venons d’user nos pneus de vélo (pas exactement les nôtres) sur ses routes. 450 km au compteur, qui finalement nous semblent rikiki. On en voudrait plus, plus de Taiwan, si ce n’était deux choses: les moustiques à l’heure de se reposer, et la saleté qui nous recouvre de la tête aux pieds. Avec nos vélos montés à la mode sac poubelle (anti-pluie) et nos habits, cheveux, épidermes, en piteux états après 6 nuits à l’état sauvage, on est pas loin d’avoir atteint notre état totalitaire de sans domicile fixe. Malgré tout, on me sollicite quand même pour l’arrivée-souvenir à la gare TGV, petit trophée photographique pour le taïwanais tout excité d’avoir complété le trajet Taipei-Tainan (et de trouver, à l’arrivée, une touche d’exotisme avec des longs cheveux – gras). J’envie son enthousiasme. Moi, j’halète comme un chien, sort la langue et pense très fort à une glace. Mais même avec mon petit air blasé emprunté à Daria, je ressens à propos de Taiwan un enthousiasme comparable à celui de ces cyclistes. C’est un des plus beaux voyage (dans le voyage) qu’on ait fait. Je suis absolument impressionnée, sous le charme, conquise par cette île qui donne énormément sans ne rien promettre ou prétendre d’avance. J’ai déjà envie de revenir, même si c’est dans 15 ans, au moins pour voir si Taiwan restera la même. L’île est riche de beaucoup de choses, mais celle qui me marque le plus est la qualité de son accueil. Détente, patience, simplicité, amitié. Ce sont les mots qui viennent avec les visages qu’on y rencontre. C’est beau, c’est agréable, c’est accessible et d’une simplicité soulageante pour voyager, même quand on ne comprend rien à la langue (tant pis, on a rarement ce qu’on pense avoir commandé à manger, mais au moins, on ne se fait pas arnaquer, on nous aide, etc. etc.) Taiwan a les qualités que nous recherchons quand nous voyageons: pouvoir dormir n’importe où n’importe quand, sur un banc, dans un temple, sous la tente, dans un poste de police : partout ; pouvoir manger n’importe où et n’importe quand, dans les marchés, les boui-boui de bords de routes, les chaines standardisées, les boulangeries, les épiceries-pièces-à-vivre-garage-etc. Ces 6 derniers jours à vélo ont été très excitants, de même que les premiers jours passés dans la capitale, Taipei. Cette ville est géniale, verte, pleine de vélos, pleine de vie. Elle est aussi un peu grise, un peu trop étalée, polluée – mais je ne sais pas, il y a quelque chose à Taipei qui vous fait oublier ses défauts. L’amour?? Peut-être bien, oui,  peut-être bien que nous avons déjà développé un amour pour Taipei et son pays, différent de celui de l’israélien que nous croisons aujourd’hui et qui nous dit que « Taiwan, c’est bien, mais les taïwanais sont le peuple le plus bête au monde ». Ah bon? Dois-je ajouter qu’il nous dit qu’il faudrait un 11 septembre en France pour qu’on en finisse avec la crise musulmane? Monsieur je sais-tout à la sympathie du commerçant, mais me laisse bouche-bée devant tant de prétention et d’assurance en ses propos barbares, venant soit disant du peuple le plus élevé et intelligent. Oui, les taïwanais suivent un rang, et apprennent à être polis plutôt qu’à parler anglais et penser par eux-mêmes: ça ne veut pas dire qu’ils sont débiles pour autant. Simplement différents, et meilleurs que nous dans d’autres domaines que la révolution. Bref, ce n’est pas des taïwanais, nous, dont nous nous plaindrons, mais juste du typhon qui a laissé ses traces sous forme de pluie torrentielle durant notre premier jour à vélo, et de l’air difficilement respirable de ses villes côté Ouest, où le pays étale ses réseaux comme une gangrène industrielle : il faut bien que Made in Taiwan vienne de quelque part. Notre petit tour de Taiwan à vélo, qui nous conduit de Taipei à Tainan en passant par la côte Est et avec deux trajets en train (Yilan-Taroko pour cause de déchainement météorologique et Taitung-Kaohsiung par manque de temps) redonne vie à nos muscles et nos envies de voyage. Prendre le temps de parcourir un pays à vélo redonne ses vraies mesures à la vie. Je réalise, un soir où nous pouvons prendre une douche au poste de police de Duli, après 4 jours à pédaler et dormir par terre, la chance que j’aie d’avoir à laver mes pieds en frottant. Comment l’expliquer? Je regarde juste mes pieds, si noirs, et me dis que je me douche chaque jour sans même être sale, et que j’apprécie aujourd’hui de rendre ce geste signifiant. Se laver n’est plus une habitude ou une nécessité sociale; c’est un bonheur, je libère mes pieds de leur noirceur et donne à l’eau un sens qu’elle n’a parfois plus. Pendant ce voyage, on a très souvent dormi dehors. Certaines personnes chez qui ont faisait notre pause lit nous regardaient avec étonnement. Pourquoi vous dormez à la gare, restez ici! Pour apprécier. Bien sûr, il y a une question d’économies. Mais pas qu’une économie de moyens. Un lit a toujours plus de sens quand vous venez de passer une semaine dehors. C’est la même philosophie qui conduit à prendre un vélo plutôt qu’un engin à moteur : arrivés au sommet, je vous assure, la vue semble plus belle. Parce qu’elle l’est.

Nous avons donc expérimentés Taiwan pour vous (;)), et on confirme: allez-y! Ok, il y a des tremblements de terre et des typhons, des bus de touristes chinois comme des coulées de boue sur les sites religieux ou panoramiques et des moustiques qui s’étalent sur vous comme sur un pare-brise quand vous roulez de nuit, mais il y a aussi, si vous en voulez, la liberté qui vous attend!

J1 : top départ du centre de Taipei, et j’ai déjà la classe.

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 N1 : Nuit à l’abri d’un temple, quelque part sur la 31

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 J2 : De « quelque part sur la 31 », nous retrouvons notre route (mais pas grâce aux panneaux!), rejoignons la 9 par les champ de thé et découvrons Taiwan en pente et au soleil, jusqu’à la mer, une boulangerie, Yilan, et les intempéries : train pour Taroko national park le soir.

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N2 : Le policier de Taroko nous fait signe que nous pouvons dormir en face de la station, mais pas à la station, pour cause de serpents venimeux (espérons qu’ils ne traversent pas la route, donc!) DSC03049.JPG

 J3 : Boucle dans le parc de Taroko, avant de rejoindre la fameuse côte Est et sa piste cyclable à partir d’Hualien (à vrai dire, pour les lecteurs qui veulent faire Taiwan à vélo, c’est même là, Hualien même, que la piste est la plus agréable), puis de la quitter pour remonter la 193, où nous roulerons de nuit jusqu’à trouver le spot parfait pour dormir : un terrain de baseball.DSC03055.JPGDSC03056.JPG DSC03058.JPG DSC03065.JPG DSC03083.JPG DSC03090.JPG DSC03096.JPG DSC03104.JPG DSC03110.JPG DSC03125.JPG DSC03127.JPG DSC03129.JPG DSC03130.JPG

N3: Dormons sur un terrain de baseball près de GuangfenDSC03138.JPG

 J4 : Remontons les rizières puis redescendons pour rejoindre la côte et la route 11.DSC03144.JPG DSC03148.JPG DSC03151.JPG DSC03155.JPG DSC03157.JPG DSC03158.JPG DSC03160.JPG

 N4 : Première douche et première nuit complète au poste de police de Duli, avec superbe paysage au petit matin.DSC03165.JPG

J5 : Nous longeons la côte, la route est facile mais l’ombre manque terriblement : arrivés à Taitung, les patisseries, elles, ne manquent pas. Superbe et délicieux marché de nuit.DSC03171.JPG P1180842.JPG DSC03177.JPG DSC03181.JPG

 N5 : Le jardin d’enfant du parc de Taitung, où les taïwanais viennent faire leur exercices quotidiens et tai chi.

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 J6 : train entre Taitung et Kaohshiung : je n’ouvre les yeux qu’à deux reprises en 4 heures de trajets, et le paysage est chaque fois magnifique (sauvage, montagneux). Sur la côte Ouest pourtant, les choses changent : le paysage encombré et industriel prend le dessus. Arrivés à Kaohsiung, nous reprenons la route pour Tainan. IMG_1043.JPG DSC03196.JPG DSC03197.JPG DSC03205.JPG DSC03215.JPG

 N6 : Nous reposons sur les bancs de la gare TGV, en compagnie des chiens fous et des moustiques. Demain est un jour nouveau : hotel et rangement des vélos avant de repartir pour Taipei.

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